Il suffit d’un regard posé sur ses créations pour comprendre que l’on entre dans un autre univers. Un monde délicat, poétique et lumineux, où l’imaginaire se mêle à la tradition, l’esprit du sahel s’empare de la femme à travers des bijoux uniques. Cet univers, c’est celui de Yeeléna, créatrice de la marque « Sahelia », dont la pratique séduit depuis bientôt deux ans celles et ceux qui, dans un contexte de recherche permanente de solutions innovantes et d’authenticité, développent l’idée de déconstruire pour mieux reconstruire, tout en étant élégants, heureux de vivre.
De quoi nous avoir donné envie d’en savoir un peu plus sur ce beau projet, ses valeurs et sur la femme qui la porte avec beaucoup de passion et de douceur.

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Asakan : D’où vient le nom de votre marque ?
Yeeléna Balkouma : Sahelia Créations vient du Sahel, la région du monde d’où je viens et dont j’essaye de capter et de partager la beauté à travers les bijoux que je dessine.
Asakan : Pouvez-nous nous présenter ces bijoux ?
Yeeléna Balkouma : Les bijoux Sahelia ce sont un peu les bijoux que j’aurais souhaité trouver ; un mélange d’authenticité ethnique et d’élégance intemporelle, des bijoux qui racontent une histoire. C’est un mélange de lignes simples et tout à la fois d’opulence à travers les formes, les gravures et les pierres qu’ils portent. J’ai vraiment souhaité créer un pont entre culture ancestrale et modernité.

Crédit Photo: Sahelia Créations
Asakan : Quel type de démarche éthique suivez-vous ? Et comment créez-vous vos collections ?
Yeeléna Balkouma : Pour moi, la question de l’éthique a toujours été primordiale. Je crois qu’il ne faut pas être naïf sur le fait que tout ce qui est produit même en petites séries a un impact sur notre environnement, il est donc nécessaire d’interroger et d’améliorer tous les processus possibles. Alors, en termes d’éthique environnementale, nous travaillons uniquement à partir d’or et d’argent 100 % recyclés afin de n’utiliser que des métaux déjà extraits. Pour ce qui est de nos packagings, nous ne nous servons que de matériaux biologiques et recyclés (papiers, cartons) afin d’avoir le moins d’impact possible tout en gardant à cœur de proposer des écrins esthétiques et fidèles à l’identité de marque.
En ce qui concerne notre éthique sociale, nous prototypons et produisons une partie de nos collections au Burkina-Faso dans le Sahel avec comme ambition, de valoriser le savoir-faire unique des artisans bijoutiers traditionnels. Nous priorisons donc le développement de relations dans lesquelles chacun se sent respecté. Par exemple, nous ne négocions jamais les prix fixés par nos artisans.
Au niveau du processus de création, je dessine beaucoup, j’ai toujours un carnet sur moi pour croquer une inspiration furtive dans la vie de tous les jours. Ensuite les bijoux sont tous prototypés au Burkina, en bronze, afin d’avoir une idée du rendu et si le résultat me plaît, je retiens le design.
Asakan : On note dans vos propos un profond attachement à l’artisanat que ce soit au Burkina-Faso ou au Portugal. Comment l’expliquez-vous ?
Yeeléna Balkouma : Sourires… Je pense que c’est pour l’authenticité et l’âme qu’il donne aux objets. Le Burkina Faso où j’ai grandi est une terre de culture et d’artisanat, j’y ai donc toujours été sensible. En lançant cette marque, j’ai voulu que mes bijoux aient cette profondeur, cette âme, et, ayant une double culture africaine et européenne j’ai assez naturellement voulu aussi explorer les différentes possibilités proposées par les artisanats des deux continents.
Certains process sont plus intéressants en Europe et d’autres en Afrique, c’est pourquoi vous pourrez retrouver des collections 100 % réalisées dans le Sahel et d’autres prototypées dans le Sahel mais finalisées au Portugal.
Asakan : Collaborez-vous aussi avec des artistes designers ou autre ?
Yeeléna Balkouma : Non, la marque est jeune et pour l’instant, je réalise seule tout le travail de dessin et de design des bijoux, c’est une partie créative que j’aime énormément. Mais je suis tout à fait ouverte à collaborer avec d’autres artistes à l’avenir, je crois que la créativité est d’autant plus riche quand elle est partagée.
Asakan : En ce qui concerne les matériaux, de quelles manières les choisissez-vous pour que vos bijoux durent dans le temps ?
Yeeléna Balkouma : Mon objectif avec Sahelia a toujours été de proposer des pièces inspirées du Sahel et à la fois des bijoux premium qui gardent leur valeur et leur solidité dans le temps ; l’argent massif et l’or ont donc été une évidence depuis le départ. Mais j’ai aussi eu à cœur d’utiliser le bronze dans certaines collections car c’est un métal durable et symbolique dans le Sahel de par ses propriétés uniques. Il a également une souplesse et une solidité naturelle qui me permettent de développer des designs différents de ce que l’on peut faire avec l’or ou l’argent. Afin d’éviter le ternissement dû à l’oxydation du bronze, nous réalisons un placage or ou argent épais qui garantit la beauté et la longévité de nos pièces.


Les bijoux Sahelia Crédit Photos: Sahelia Créations
Asakan : Que voulez-vous ainsi transmettre à travers vos bijoux ? À qui s’adressent-ils ?
Yeeléna Balkouma : C’est ma vision du Sahel, une région du monde dont on ne parle pas assez et qui regorge de beauté, d’humanité et de spiritualité. J’ai eu la chance de grandir dans cette richesse culturelle, cette esthétique unique et ce sont toutes ces choses qui m’inspirent et auxquelles j’ai eu le désir de rendre hommage, en les traduisant en objets, en bijoux pour sublimer les femmes.
Les pièces Sahelia s’adressent à toutes celles et ceux qui sont sensibles à cet univers, qui recherchent des bijoux qui expriment à la fois l’élégance et l’authenticité, des bijoux comme des talismans qui parlent à la fois de leur propre histoire et des personnes qui les portent.

Crédit Photo: Saheli Créations
Asakan : Au-delà de l’inspiration sahélienne, avez-vous d’autres sources d’inspirations ?
Yeeléna Balkouma : Très honnêtement, mon inspiration principale c’est le Sahel, qu’il s’agisse de la richesse esthétique, architecturale, culturelle ou spirituelle des nombreuses ethnies qui produisent cette mosaïque unique. Sa nature me fascine également, le désert en particulier tient une place très importante dans mes créations. Et puis, les femmes, qui sont celles pour qui j’ai eu envie de créer Sahelia. Elles incarnent ce mélange de force et de sensualité que je m’efforce d’insuffler dans chacun de mes designs.
Asakan : Parlons un peu de vous. À quand remonte votre passion pour les bijoux ?
Yeeléna Balkouma : Ha, comme de nombreuses femmes j’aime les bijoux à travers leur capacité à donner du caractère, de la présence à un style, et surtout leur capacité à traduire sans dire un mot la personnalité de celui ou celle qui les porte en fonction de leurs designs, de leurs couleurs, des parties du corps sur lesquels ils sont portés. On peut deviner beaucoup de choses sur une personne juste en fonction des bijoux qu’elle porte.
Mais ma véritable passion pour les bijoux s’est développée il y a une dizaine d’années au Village Artisanal de Ouagadougou. C’est le lieu où je me rendais le plus à chacun de mes passages au Burkina pour trouver de nouvelles pièces, flâner entre les différents ateliers, échanger de longs moments avec les artisans et collectionner des trésors. Aujourd’hui c’est avec ces mêmes artisans que je travaille pour Sahelia Créations et j’en suis très fière.
Asakan : Est-ce que dans ces moments, vous savez déjà que vous vous dirigerez dans un parcours de créatif ?
Yeeléna Balkouma : En réalité, j’ai toujours été une créative, je dessine depuis toute petite et c’est une passion qui ne m’a jamais vraiment quitté. Quand j’étais très jeune je disais que je deviendrai dessinatrice de dessins animés, rires. Mais en grandissant j’ai gardé la créativité comme hobby et n’ai jamais envisagé d’en faire une activité à part entière avant le déclic qui m’est venu avec Sahelia Créations. Aujourd’hui la marque me permet d’explorer cette créativité à travers les bijoux que je dessine.
Asakan : Vous êtes aussi titulaire d’un master en Information-Communication et Démocratie participative et même, vous êtes actuellement dans la préparation de votre thèse. Comment l’expliquez-vous ?
Yeeléna Balkouma : Très jeune, j’ai souvent été très sensible à la justice sociale et à la notion d’auto-détermination des peuples, en particulier en Afrique. Ce master a été extrêmement enrichissant dans la compréhension des dynamiques économiques, politiques et sociales qui régissent l’espace publique et la construction d’un horizon collectif souhaitable.
Je crois à l’intelligence collective et à l’importance des enjeux de communication à la fois pour le vivre ensemble, et pour la co-construction de modèles politiques et économiques endogènes et adaptés à chaque société selon sa propre culture et ses propres spécificités. C’est un domaine dans lequel je continue d’ailleurs de travailler à travers le parcours de thèse dans lequel je suis actuellement et qui s’intéresse à la valorisation des apports sociaux, démocratiques et territoriaux produits par les associations de solidarité locales.
Asakan : Cette formation et cette casquette de chercheuse vous bénéficient-elles dans Sahelia ?
Yeeléna Balkouma : Je ne suis qu’au tout début de mon parcours de recherche donc c’est un peu difficile à dire pour cet aspect-là mais en ce qui concerne ma formation de façon générale, elle ne m’apporte pas d’outils concrets à proprement dit dans le travail sur le développement de la marque car il s’agit de deux domaines radicalement différents. Par contre, il y a tout de même des valeurs et une philosophie très forte qui m’accompagnent dans toutes mes décisions, un axe d’analyse qui me tient à cœur notamment dans toutes les démarches éthiques que l’on développe au fur et à mesure de la croissance du projet.
Je dirais plutôt que ce sont deux activités très différentes et à la fois complémentaires car elles représentent chacune une part de moi et de ce qui me tiens à cœur ; Un équilibre entre créativité et rationalité.
Asakan : Et en tant qu’entrepreneuse, quel est le plus gros challenge auquel vous êtes confrontée ?
Yeeléna Balkouma : Je dirais sans hésiter la solitude. Que ce soit dans la réflexion ou dans la prise de décisions, il faut être capable de faire confiance à sa propre vision et à ses propres choix. Le doute est un ami fidèle lorsque l’on entreprend, surtout quand c’est la première fois. Trouver les bons partenaires est également un challenge immense car cela passe par un long processus de tests et d’erreurs, de toute façon je crois que l’entreprenariat nécessite de s’adapter et de s’ajuster en permanence. Mais c’est un chemin très instructif et précieux dans lequel on se redécouvre et qui nous pousse à sortir de notre zone de confort.
Asakan : Depuis que vous avez lancé votre marque, nous imaginons que vous avez vécu des moments dont vous êtes particulièrement fière. Racontez-nous un de ces moments ?
Yeeléna Balkouma : Ma principale fierté est d’être parvenue à rendre tangible ce qui n’était avant qu’un rêve. Quand je vois des gens porter et aimer des bijoux Sahelia alors que ce n’étaient que des croquis dans un carnet, c’est la plus belle des satisfactions pour moi. En dehors de cela, l’une des étapes qui m’a rendu la plus fière est d’avoir été repérée et invitée à présenter mes bijoux à l’occasion du salon parisien Who’s Next 2025, cela a été une belle reconnaissance pour une marque naissante.

Crédit Photo: Sahelia Créations
Asakan : Quels conseils donneriez-vous à votre futur cliente ou client ou à quelqu’un qui aimerait suivre vos pas ?
Yeeléna Balkouma : A une future cliente, je dirais de ne pas hésiter à nous contacter si elle désire être conseillée ou en savoir plus sur la marque ou sur nos bijoux, je réponds à tous les messages et je serai ravie de l’aider à faire un choix ou à partager avec elle l’univers qui inspire Sahelia.
A une personne qui souhaiterait également se lancer je lui dirais deux choses : fais-toi confiance et sois patiente. Nous avons tous un regard unique sur le monde que nous seuls sommes capables d’apporter, et c’est précieux. En revanche, il faut faire preuve de beaucoup de patience et de résilience car le succès du jour au lendemain n’existe pas. Soyez capable d’apprécier le chemin.
Asakan : Tout à fait. Pour finir, avez-vous des projets en cours ou à venir ?
Yeeléna Balkouma : En ce moment nous travaillons sur une collection 100% Sahel, donc toutes les étapes de la production se font au Burkina. Cette ligne sera en bronze plaqué Or et Argent ; l’esprit et l’inspiration restent les mêmes mais j’ai voulu explorer des pièces avec une élégance un peu plus brute et des matériaux symboliquement forts dans le Sahel. Le bronze possède également des propriétés qui offrent des possibilités différentes en termes de designs. C’est une collection qui devrait sortir à l’été 2026. Restez connectés !



