Coup de Cœur avec l’Artiste Plasticienne Béninoise Princesse Keïrath

Diplômée en architecture d’intérieur de l’Ecole de Design Art’Com Sup de Rabat au Maroc, Princesse Keïrath (née Keïrath  Zato à Cotonou en 1995) bouscule nos points de vue sur l’identité humaine, la royauté, la femme, la santé mentale, et la vie quotidienne. Un peu comme quand, désacculturé, perdu ou en doute, une petite voix nous interpelle et nous amène à reconsidérer notre rapport à ce que l’on croit vraiment être ou savoir, à l’autre, à notre héritage.

Elle est notre Coup de Cœur.


Portrait Keïrath Zato
Crédit Photo : Nasser Photography

Asakan : Pour commencer notre entretien, voulez-vous vous présenter ?

Princesse Keïrath : Je suis PRINCESSE KEÏRATH, artiste plasticienne béninoise. Mes médiums de prédilection sont la peinture acrylique enrichie de pastels à l’huile, ainsi que le dessin à l’encre de Chine, au stylo et aux marqueurs.

Mon univers artistique explore les émotions et les expressions humaines, les récits intérieurs et ces réalités souvent invisibles qui façonnent notre rapport à nous-mêmes et au monde.

Architecte d’intérieur de formation, je crée à la croisée de l’art, du design et de la scénographie. Car, pour moi, ces disciplines dialoguent naturellement ensemble et un seul fil conducteur guide ma démarche : donner forme au sensible à travers différents langages artistiques.


Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain ?

Princesse Keïrath : L’art est un langage universel qui permet de communiquer ce que les mots seuls ne suffisent pas toujours à exprimer. Il est à la fois un moyen d’exploration personnelle, de transmission et de transformation sociale.

L’art est aussi un outil d’indépendance économique, puisque l’artiste vit de son art.

L’art contemporain me fascine par sa liberté d’expérimenter, de questionner et de repousser les frontières. Il ne cherche pas seulement à représenter le réel ; il l’interroge, le déconstruit et propose de nouvelles façons de le percevoir, nous invitant ainsi à réfléchir autant qu’à ressentir.


Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?

Princesse Keïrath : L’art n’a jamais été un choix soudain dans ma vie, mais une évidence progressive, profonde, presque organique. Comme un langage intérieur que j’ai appris à reconnaître avant même de savoir le nommer.

Au fil du temps, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’une simple passion, mais d’une nécessité de mon existence, d’une véritable vocation. Créer n’est pas pour moi un acte décoratif ni une simple pratique : c’est une prise de position. C’est ma manière de m’exprimer, de respirer le monde, de le traduire, de le transformer et parfois même de le confronter. Dans chaque geste, chaque projet, je donne voix à ce qui ne se dit pas autrement.  

J’ai alors su que je consacrerais ma vie à l’art le jour où j’ai compris que je ne pouvais pas m’en éloigner sans m’égarer.


Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte?

Princesse Keïrath : Je me définis comme une artiste en recherche constante, pour qui chaque œuvre devient à la fois un espace d’expression et un lieu de questionnement.

Mon empreinte s’est façonnée progressivement, dans l’expérimentation, l’affirmation de ma sensibilité, de mon identité personnelle et dans l’exigence portée à ma démarche. Aujourd’hui, elle n’est pas une signature figée, mais le fruit d’un cheminement continu qui s’affine à mesure que je crée.


De gauche à la droite : Princesse Keïrath, « Identité », 2024 et Princesse Keïrath, « Métamorphoses 3 », 2024. Technique mixte sur toile, 86 x 86 cm x 2 Courtesy de l’Artiste

De gauche à la droite : Princesse Keïrath, « Matriarche », 2024 et Princesse Keïrath, « Archipel », 2024. Technique mixte sur toile, 86 x 86 cm x 2 Courtesy de l’Artiste


Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres?

Princesse Keïrath : Mon inspiration puise une grande partie dans l’aura de la royauté, la richesse symbolique et la beauté profonde de mon héritage culturel. À cela s’ajoutent des sources plus intimes et contemporaines : la femme dans ses multiples dimensions, la santé mentale, ainsi que les fragments du quotidien.

Ces influences se rencontrent et s’entrelacent dans une recherche artistique où mémoire, identité, transmission, émotion et expression deviennent matière vivante.


Princesse Keïrath, « Mon Regard la magie de la plume », 2021
Encre sur papier, 21 x 29.7 cm
Courtesy de l’Artiste
Princesse Keïrath, « Cotonou Vibes 1 », 2021
Encre sur papier, 21 x 29.7 cm
Courtesy de l’Artiste
Princesse Keïrath, « Cotonou Vibes 3 », 2021
Encre sur papier, 21 x 29.7 cm
Courtesy de l’Artiste
Princesse Keïrath, « Rites, Rituals and Ceremonies », 2025
Technique mixte + Encre de chine sur toile, 90 x 84 cm
Courtesy de l’Artiste
Princesse Keïrath, « The Nyonkogui Gaani », 2025
Technique mixte + Encre de chine sur toile, 100 x 125 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public? Par le milieu artistique?

Princesse Keïrath : Du côté du public, je perçois souvent une connexion émotionnelle directe : une sensibilité aux thèmes que j’aborde, une reconnaissance de certaines expériences intimes ou universelles, et une forme d’appropriation personnelle des œuvres.

Dans le milieu artistique, mon travail est généralement perçu comme une démarche en construction, portée par une identité et une volonté d’ancrer une expression personnelle forte.


Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

Princesse Keïrath : Je leur dirai avant tout de croire en leur propre voix et de rester focus. Aussi, l’art n’est pas une course ; c’est un cheminement qui demande rigueur, discipline, patience, résilience, persévérance, et apprentissage constant. Chaque étape du parcours, même la plus difficile, participe à la construction d’une identité artistique solide et durable.

Je les encourage également à expérimenter, à s’ouvrir aux autres disciplines et à ne jamais avoir peur de montrer leur travail. C’est en créant, en partageant et en restant fidèle à soi-même que l’on trouve progressivement sa place dans l’univers artistique.

Chaque œuvre commence par un geste, aussi petit soit-il. Oser commencer est déjà une victoire !

Pour plus d’informations sur le travail de Keïrath Zato, dite Princesse Keïrath, vous pouvez vous suivre ses comptes Instagram @princess.keirath.zato et @atelier.ki_art  

La Rédaction.

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