Coup de Cœur avec l’Artiste Plasticien Sénégalais basé à Montréal El Bachir Diouf, dit Le Bachart

Au Sénégal, on dit de quelqu’un qui a mauvaise conscience qu’il « a un esprit de poisson ». Alors, El Bachir Diouf, dit Le Bachart (né à Dakar en 1991 et vivant et travaillant à Montréal) crée des univers singuliers où des personnages humains aux visages de poisson relatent, analysent, critiquent, ironisent et dépeignent nos sociétés avec une lucidité rare.  

Diplômé de l’Ecole Nationale des Arts du Sénégal, il est notre Coup de Cœur.


Portrait d’El Bachir Diouf, dit Le Bachart
Crédit Photo : DR.

Asakan : Pour commencer notre entretien, voulez-vous vous présenter ?

Le Bachart : Je m’appelle El Bachir Diouf, alias Le Bachart. Je suis un artiste visuel sénégalais installé à Montréal.

Mon travail se situe à la frontière entre le surréalisme, le pop art et la critique sociale. À travers la peinture, le collage, le bas-relief et les matériaux récupérés, je construis un univers que j’appelle Thiofland, où les poissons deviennent le miroir de notre société. Mes œuvres interrogent la déshumanisation, l’immigration, les inégalités et notre rapport au vivant. Mon objectif n’est pas seulement de représenter le monde, mais d’inviter le spectateur à le regarder autrement.


Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain?

Le Bachart : Pour moi, l’art est un langage universel. C’est une manière de dire ce que les mots ne suffisent pas à exprimer. L’art peut dénoncer, questionner, rassembler, guérir ou simplement provoquer une émotion. Il crée un dialogue entre l’artiste et celui qui regarde.

Quant à l’art contemporain, je le vois comme un espace de liberté. Il ne se limite pas à une technique ou à une esthétique. Il permet d’aborder les enjeux de notre époque avec des formes nouvelles, parfois dérangeantes, parfois poétiques. Ce qui m’intéresse dans l’art contemporain, c’est sa capacité à faire réfléchir plutôt qu’à se cantonner au beau.


Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?

Le Bachart : Très tôt, j’ai ressenti le besoin de dessiner et de créer. Mais c’est en découvrant que l’art pouvait être un véritable moyen d’expression, capable de porter des idées et de raconter des histoires, que j’ai compris que c’était ma voie.

Étudier à l’École Nationale des Arts du Sénégal a renforcé cette conviction. Depuis, chaque expérience, chaque rencontre et chaque difficulté nourrissent mon travail.

Aujourd’hui, je ne vois pas l’art comme un métier seulement, mais comme une manière d’exister.


Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?

Le Bachart : Je me définis comme un artiste qui cherche à rendre visible ce que notre regard finit par ignorer. Au fil des années, ma démarche est passée de « dire ce que je vois » à « dire ce que les autres ne voient plus ». C’est cette évolution qui est devenue le cœur de mon travail.

Mon empreinte ne s’est pas construite en cherchant à être différent, mais en cherchant à être sincère. Pendant longtemps, j’ai expérimenté des techniques, des matériaux et des formes jusqu’à comprendre que je ne voulais pas seulement représenter le monde, mais révéler les mécanismes qui le transforment.

C’est ainsi qu’est né Thiofland, un univers où les poissons prennent la place des êtres humains. Le poisson n’est pas un simple personnage : c’est un langage. Il me permet d’aborder la déshumanisation, les migrations, les rapports de pouvoir, la consommation, l’identité et notre relation au vivant sans enfermer le spectateur dans une seule lecture.

Les matériaux que j’utilise — bois récupéré, carton, journaux, résidus de café, tissus et autres objets du quotidien — participent eux aussi à ce récit. Je donne ainsi une seconde vie à ce que la société considère comme sans valeur, en écho aux personnes qu’elle rend parfois invisibles.

Aujourd’hui, je ne cherche plus à créer des œuvres qui donnent des réponses. Je préfère créer des œuvres qui posent des questions et qui continuent à vivre dans l’esprit de celui qui les regarde. C’est cette recherche qui définit mon empreinte artistique.


El Bachir Diouf, dit Le Bachart « Barista », 2025
Acrylique sur canevas, 80 x 100 cm
Courtesy de l’Artiste
El Bachir Diouf, dit Le Bachart, « Dernières *louas* du maître », 2024
Collage et acrylique sur canevas, 120 x 160 cm
Courtesy de l’Artiste
El Bachir Diouf, dit Le Bachart, « Les Visiteurs (gan yi) », 2024
Collage et acrylique sur papier, 120 x 150 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Le Bachart : Mes inspirations viennent autant de mon enfance au Sénégal que de mon expérience de l’immigration, de l’actualité, de la rue et des rencontres humaines.

Je suis également influencé par des artistes qui utilisent l’art comme un moyen de réflexion et d’engagement.

Les thèmes qui traversent mon travail sont la déshumanisation, les migrations, les inégalités sociales, l’identité, la mémoire et la résilience.

J’essaie de susciter chez le spectateur à la fois de la curiosité, de l’émotion et une réflexion sur notre manière de vivre ensemble.


El Bachir Diouf, dit Le Bachart, « Joola ou Joylo », 2024
Acrylique sur papier, 66 x 84.5 cm
Courtesy de l’Artiste
El Bachir Diouf, dit Le Bachart, « Jiggene ak Njabot (Femme au Foyer) », 2024
Mixte acrylique sur toile, 120 x 160 cm
Courtesy de l’Artiste
El Bachir Diouf, dit Le Bachart, « Photo de Famille », 2023
Collage et acrylique sur canevas, 120 x 160 cm
Courtesy de l’Artiste
El Bachir Diouf, dit Le Bachart, « Les Bouts de Bois de Mor Talla », 2023
Collage et acrylique sur canevas, 120 x 160 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

Le Bachart : Ce qui me touche le plus, c’est que beaucoup de personnes me disent qu’elles découvrent plusieurs niveaux de lecture dans mes œuvres. Elles sont souvent attirées par les couleurs ou l’aspect ludique, puis elles réalisent progressivement la profondeur du message.

Dans le milieu artistique, mon travail est apprécié pour son univers singulier et pour la cohérence entre ma démarche, les matériaux que j’utilise et les sujets que j’aborde. Cela m’encourage à poursuivre mes recherches sans perdre mon authenticité.


Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art?

Le Bachart : Je leur dirais de rester sincères. Il est facile de vouloir suivre les tendances, mais ce qui donne de la force à une œuvre, c’est sa vérité. Il faut être curieux, travailler avec discipline, accepter les critiques et ne pas avoir peur d’échouer. Chaque expérience nourrit le parcours.

Enfin, je leur conseillerais de développer leur propre regard sur le monde plutôt que de chercher à ressembler aux autres. C’est cette singularité qui fait naître une véritable identité artistique.

Pour plus d’informations sur le travail d’El Bachir Diouf, dit Le Bachart, vous pouvez vous abonner à son compte Instagram @lebachart.

La Rédaction.

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