Coup de Cœur avec l’Artiste Plasticien Martiniquais Damien Paulin Pierre

Tout juste diplômé d’un Master DNSEP option Art du Campus Caribéen des Arts de Fort-de-France après un DNA en Design graphique, Damien Paulin Pierre est notre Coup de Cœur du soir.

Grâce à son travail qui s’articule autour des notions de territoire, de mémoire et d’identité, il cherche à nous faire comprendre, à partir de sa Martinique bien-aimée, comment les lieux que nous habitons influencent notre manière de nous construire, de nous souvenir et d’appartenir à un espace.

Coup de Cœur.


Portrait de Damien Paulin Pierre
Crédit Photo : DR.

Asakan : Pour commencer notre entretien, voulez-vous vous présenter ?

Damien Paulin Pierre : Je m’appelle Pierre Damien Paulin. Je suis un jeune artiste et designer graphique martiniquais, récemment diplômé du DNSEP. Mon travail est né d’une question très personnelle : comment les lieux que nous traversons et habitons façonnent-ils notre identité ?

J’ai grandi au Vauclin, dans les hauteurs de la montagne. Pendant plusieurs années, j’ai également vécu à Fort-de-France pour mes études. Ce va-et-vient entre la campagne et la ville a profondément transformé mon regard. J’ai compris que les paysages, les routes, les maisons et les personnes que l’on rencontre construisent notre identité.

Aujourd’hui, à travers la photographie, la sérigraphie et le design, je cherche à raconter cette relation entre le territoire, la mémoire et l’humain. Plus qu’une pratique artistique, c’est une manière de transmettre une partie de mon histoire et, je l’espère, toucher celle des autres.


Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain?

Damien Paulin : Pour moi, l’art est une façon de créer du lien. Il permet de partager ce que l’on ressent sans forcément passer par les mots. Une image peut raconter une histoire, réveiller un souvenir ou faire réfléchir différemment.

J’aime l’art contemporain parce qu’il nous laisse une grande liberté. Il n’impose pas une seule manière de créer. Il nous pousse à expérimenter, à mélanger les disciplines et à parler du monde dans lequel nous vivons.

Je pense aussi que l’art contemporain gagne à rester accessible. Il ne doit pas être réservé à quelques personnes. Il peut partir d’une histoire simple, d’un paysage, d’une famille ou d’un souvenir. C’est ce que j’essaie de faire dans mon travail.


Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?

Damien Paulin : Au départ, je me suis dirigé vers le design graphique. Puis, au fil de mes études, j’ai découvert l’art contemporain. J’ai compris que je pouvais utiliser les images non seulement pour montrer, mais aussi pour raconter ce que je vivais et poser des questions.

Mon projet de diplôme « Mon Rété » a marqué un tournant. J’ai choisi de me concentrer sur deux lieux qui ont profondément marqué mon parcours : Le Vauclin, où j’ai grandi, et Fort-de-France, que j’ai appris à découvrir au fil de mes études. Ces deux espaces racontent des réalités différentes mais complémentaires. Le premier est associé à l’intime, aux souvenirs et aux racines ; le second représente le mouvement, la densité urbaine et les multiples rencontres. En les mettant en dialogue, j’ai essayé de montrer que notre identité se construit à travers les lieux que nous habitons autant que par les expériences que nous y vivons.

Pour la première fois surtout, je n’étais plus seulement en train de créer des images : je racontais mon histoire, celle de mon territoire. À partir de ce moment-là, j’ai su que je voulais continuer dans cette voie.


Damien Paulin Pierre, « Bo Kannal IV », 2026
Sérigraphie sur bois,  80 x 71 cm
Courtesy de l’Artiste
Damien Paulin Pierre, « Temps », 2026
Transfère d’image, 40 x 40 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenu à votre empreinte ?

Damien Paulin : Je me définirais comme un artiste du territoire. Je m’inspire de ce qui m’entoure : les paysages martiniquais, les routes que j’emprunte, les traces laissées par les générations précédentes et les liens entre les personnes et les lieux.

Mon empreinte s’est construite naturellement. Au début, j’essayais différentes techniques. Puis j’ai compris que la technique elle-même, pouvais raconter aussi et des fois plus que les mots. Aujourd’hui, je crée mes propres supports sur lesquels je viens superposer cette fusion d’espaces. J’utilise notamment du bois de palette, du mahogany et du bambou. Je mélange la photographie, la sérigraphie et parfois le design graphique pour créer des images où les paysages se rencontrent, se superposent et dialoguent. Cette fusion est devenue une signature de mon travail.

Pour la suite, j’espère pouvoir faire redécouvrir la Martinique sous une nouvelle forme grâce à mon travail et faire raconter la Martinique au monde.


Damien Paulin Pierre, « Nature & Béton», 2026
Transfère d’image,  25 x 18.5 cm
Courtesy de l’Artiste
Damien Paulin Pierre, « Hôtel Nature », 2026
Sérigraphie sur bois,  51 x 37cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Damien Paulin : Mes premières inspirations viennent directement de mon environnement et de mon histoire. La Martinique est ma première source d’inspiration : ses paysages, ses montagnes, ses quartiers, ses routes, sa nature, mais aussi les personnes et les histoires qui la composent.

Le Vauclin occupe une place particulière dans mon travail. C’est le lieu où j’ai grandi, mon rété. La montagne du Vauclin, les chemins, les odeurs, la lumière, les sons, les souvenirs d’enfance et les liens familiaux ont construit une grande partie de mon regard. Quand je suis parti vivre à Fort-de-France pour mes études, j’ai découvert un autre territoire, plus dense, plus bruyant, parfois oppressant. C’est dans ce va-et-vient entre ces deux espaces que ma démarche artistique s’est véritablement construite.

Je suis aussi influencé par des artistes et des penseurs qui entretiennent un rapport fort au territoire, à la mémoire et à l’identité. Monchoachi occupe une place importante pour moi, notamment dans sa manière de penser le rété, la langue créole et le rapport au territoire. Serge Hélénon m’intéresse également beaucoup pour son travail autour de l’assemblage, des matériaux récupérés et de la mémoire. Remy Jungerman est une autre référence importante pour sa manière de mettre en dialogue héritage culturel et formes contemporaines.

Dans mes œuvres, j’essaie de parler de mémoire, d’identité, d’héritage, de déplacement et d’ancrage. Mais je parle aussi de quelque chose de plus simple : la vie quotidienne et les traces qu’elle laisse en nous.

J’utilise des matériaux comme le bois, le bambou, le verre, les anciennes photographies de famille ou encore des éléments prélevés dans mon quotidien. Pour moi, ces matières ont déjà une histoire. Elles portent une usure, une mémoire et une temporalité.

Ce que j’essaie surtout de transmettre, c’est cette idée que les lieux ne sont pas seulement des décors dans nos vies. Ils nous transforment. Ils participent à la personne que nous devenons.


Damien Paulin Pierre, « Bambou », 2026
Sérigraphie sur bois,  26.5 x 20.5 cm
Courtesy de l’Artiste
Damien Paulin Pierre, « X », 2026
Sérigraphie sur bois,  30 x 29cm
Courtesy de l’Artiste
Damien Paulin Pierre, « Matière d’une Montagne », 2026
Transfère d’image,  102 x 122 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

Damien Paulin : Ce qui me touche le plus, c’est lorsque des personnes me disent qu’elles se reconnaissent dans mon travail. Même si mon histoire part d’une expérience personnelle, je cherche justement à ce qu’elle puisse dépasser ma propre histoire.

Au départ, mon travail était beaucoup lié à ma mémoire familiale et à mon rapport au Vauclin. Avec le temps, ma démarche s’est élargie. Je ne cherche plus seulement à transmettre une mémoire qui m’appartient, mais à créer un espace dans lequel chacun peut projeter ses propres souvenirs, ses propres attaches et sa propre relation à un lieu.

Je pense que c’est ce qui permet au public d’entrer dans mon travail. On peut reconnaître un paysage, une matière, une maison, une route ou simplement une sensation. Certaines personnes vont y voir la Martinique, d’autres vont peut-être y retrouver leur propre lieu d’attachement.

Dans le milieu artistique, je suis encore au début de mon parcours. Je viens tout juste de terminer mes études et je continue donc à chercher, à expérimenter et à construire mon langage. Je ne prétends pas avoir tout trouvé. Au contraire, je pense que mon empreinte va encore évoluer.

Ce qui est important pour moi aujourd’hui, c’est que mon travail puisse faire regarder autrement des choses que l’on croit connaître. Je cherche à sublimer l’anodin et à montrer qu’un lieu ordinaire peut porter une histoire, une mémoire et une identité.


Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

Damien Paulin : Je leur dirais de ne pas chercher à ressembler aux autres. On peut admirer des artistes, mais chacun possède une histoire que personne d’autre ne peut raconter à sa place.

Je leur conseillerais aussi de rester curieux, de beaucoup observer, de rencontrer des personnes, d’accepter les doutes et de continuer à créer malgré eux.

Enfin, je pense qu’il ne faut pas avoir peur de parler de ce qui nous porte. Pendant longtemps, je croyais que mon histoire était trop simple pour intéresser les autres. Aujourd’hui, je comprends que c’est justement cette sincérité qui donne de la force à mon travail.

Pour plus d’informations sur le travail de Damien Paulin Pierre, vous pouvez vous abonner à son compte Instagram @dmn_pr.

La Rédaction.

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