Art thérapeute et éducatrice spécialisée, Olga Yaméogo (née à Ouagadougou en 1966 et installée à Toulouse depuis 1982) est aussi une artiste dont les peintures en tons ocres et bleus-pastels défilent des femmes, enfants, hommes, l’exil, l’immigration, le métissage, l’identité, le corps, la mondialisation. Tel un carnet de voyage de ces vies qui, marquées par une rage de vivre ou par la passion d’être au monde, librement ou sous la contrainte, se sont jetées sur des routes inconnues à la recherche d’un peu et de bonheur. Son art explore ainsi la complexité des appartenances culturelles et des trajectoires personnelles, invitant le spectateur à repenser les notions d’altérité et de mémoire collective.
Elle est notre Coup de Cœur.

Crédit Photo : Aurélie Jocelyne Tiffy
Asakan : Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?
Olga Yaméogo : Je m’appelle Olga Yaméogo, je suis née à Ouagadougou et j’habite à Toulouse, en France. Je suis artiste peintre autodidacte et thérapeute de formation.
Asakan : Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art? Et comment percevez-vous l’art contemporain ?
Olga : L’art est une manière d’appréhender le monde (et son monde intérieur) pour le mettre en image. Dans mon cas, l’art a toujours fait partie de ma manière d’être au monde, même si je n’appelais pas ça de l’art mais de la création.
L’art dit contemporain est une expression qui permet de s’affranchir d’un modèle pour y laisser d’autres traces. C’est une manière d’identifier l’art d’aujourd’hui parce que, depuis des siècles, les artistes ont toujours eu envie de parler de leur quotidien ou de se projeter vers d’autres mondes.
Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?
Olga : Je n’ai jamais eu la certitude de vouloir consacrer ma vie à l’art, mais du plus loin que je me souvienne, l’art et la culture ont toujours fait partie de ma vie, danse, musique, dessin, sculpture, cinéma, littérature… Dès l’enfance, je dansais, je modelais, je peignais. J’ai peint sur des assiettes au début, c’est ce qui était à ma portée, puis sur toiles ou j’ai découvert que c’était le support qui me correspondait le plus.
Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?
Olga : On ne peut pas séparer l’artiste de la personne. Je suis Libre, je suis Femme et je suis Curieuse du monde. Car c’est la liberté que l’on s’octroie qui permet de s’exprimer.
Au début, j’avais une telle nostalgie de mon enfance, que c’était plutôt de la matière, des pigments, la toile de jus, la terre. C’était presque sculptural ce que je faisais sur toile.
Par la suite, l’envie est venue tout doucement de me détacher de toute cette matière, ou plutôt, pas de m’en détacher, mais de ne plus utiliser la peinture liquide.
Depuis ma manière de peindre, c’est du montrer – cacher. C’est-à dire que je peux parler de choses intimes, et mettre beaucoup de couleurs, des couleurs vives, et que le sujet ne soit plus la prédominance, au contraire que la couleur attire les gens. En même temps, je sais intimement de quoi je parle.
Je peux aussi travailler rien que la présence, sans avoir besoin que les traits, les visages soient là. Cela me permet d’aider les gens à s’y projeter, y voir des choses.
Je suis parvenue à cette écriture en étant fidèle à moi-même, en développant mes propres techniques picturales, à bases de pigments d’origines diverses (Afrique, Inde, Amérique latine…) d’encres et d’huiles et en me remettant en question en permanence pour donner du sens à mon travail. Ce n’est cependant pas une écriture finie, mais plutôt en perpétuelle évolution. Par exemple, actuellement je fais de la sculpture à la suite d’un stage de modelage que j’ai fait l’année dernière et j’espère que dans dix ans je pourrai présenter mon travail en sculptures et peintures.
Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?
Olga : Je m’inspire de mon quotidien, de ce que je vis, de ce que je vois, de l’actualité sur l’immigration, sur notre commune humanité. Je m’inspire aussi de l’intime : la famille, la parentalité, l’amour, la perte, la vie.
Parmi les artistes qui m’influencent, je citerai le peintre allemand Gerhard Richter, le photographe français Dénis Dailleux, l’artiste pluridisciplinaire nigérian Uche Okeke ou encore le peintre nord-américain Henry Taylor.
Concernant les émotions que j’essaie de transcrire : la mélancolie, qui est différente de la tristesse, la joie, l’incompréhension de certains aspects de notre monde, la révolte devant les injustices.
Je travaille toujours en écoutant de la musique, rap, africaine, jazz, classique… J’ai besoin de solitude et d’être en confiance pour m’exprimer.

Pigments, encres, acrylique et huile sur toile
Courtesy de l’Artiste

Pigments, encres, acrylique et huile sur toile
Courtesy de l’Artiste

Pigments, encres, acrylique et huile sur toile, 130 x 97 cm
Courtesy de la Galerie PERSON

Technique mixte, pigment, encre, acrylique, huile sur toile, 90 x 90 cm
Courtesy de la Galerie PERSON

Technique mixte, pigment, encre, acrylique, huile, 150 x 150 cm
Courtesy de la Galerie PERSON

Technique mixte, pigment, encre, acrylique, huile, 150 x 195 cm
Courtesy de la Galerie PERSON

Technique mixte, pigment, encre, acrylique, huile, 100 x 100 cm
Collection Gallery Brulhart
Courtesy de l’Artiste et de la Galerie Brulhart
Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Olga : Je suis souvent étonnée par le regard que le public peut porter sur mon travail: profondeur, vivant, touchant, mélancolique, fort, sont les mots qui reviennent souvent.
Quant au milieu artistique, je ne peux rien en dire, mais on dit que j’ai une patte. Et puis, j’ai beaucoup d’amis artistes, surtout des hommes : sculpteurs, peintres, céramistes… Chaque fois que j’ai la chance de participer à un événement, ils viennent beaucoup me soutenir.
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?
Olga : Les jeunes, ils vivent par rapport à TikTok et aux autres réseaux sociaux, donc ils sont persuadés que ce qu’ils ont créé est unique, ça ne s’est jamais fait. Je leur conseillerais plutôt de s’intéresser à l’histoire de l’art. On n’invente rien actuellement, on est toujours dans des réinterprétations d’œuvres, on s’approprie des choses, mais on ne crée rien de nouveau.
Pour plus d’informations sur le travail de Ko Yu Tung, rendez-vous sur le site web de sa galerie https://www.christopheperson.com/artists/132-olga-yameogo/ ou vous pouvez vous abonner à son compte Instagram @yameogoolga.
La Rédaction.



