Clémence Farrell : « Je privilégie le message que le commissaire d’exposition veut faire passer par la création d’installations et  dispositifs innovants, d’atmosphères fortes et signifiantes, toute cette dimension qu’on appelle immersive et interactive. Avec le « corps sensible » et le « cerveau curieux » du visiteur au cœur de cet ensemble »

Elle est devenue ces dernières années l’une des scénographes les plus influentes de la scène artistique et culturelle mondiale et africaine. A la tête de Clémence Farrell, sa propre agence de scénographie et de design de dispositifs interactifs qui a fusionné pour devenir Museomaniac, une société de production d’expositions et d’événements, d’audiovisuels, multimédias et mobiliers interactifs innovants, cette diplômée de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris, entre temps passée par le cinéma, doit son succès sans doute à ses expositions immersives qui placent le visiteur au cœur du dispositif scénographique.

À l’heure où les musées publics comme privés se multiplient sur le continent africain, asakan.art est allé à sa rencontre autour d’un échange passionnant et très instructif sur son parcours, la scénographie, les expositions immersives, ses projets et bien d’autres sujets.


Portrait de Clémence Farrell
Crédit Photo : Thierno Sy (@blackartistsmanagement)

Asakan : Vous êtes aujourd’hui à votre 31ème année carrière. Quand vous jetez un regard en arrière, qu’est-ce qui n’a pas changé du tout dans votre manière d’aborder la création ?

Clémence Farrell : Alors, ce qui n’a vraiment pas changé, c’est la joie, l’enthousiasme et la curiosité de découvrir un sujet, un artiste ou un thème historique parce que c’est un renouvellement à chaque expo et, en face, on a les plus grands experts ou  les plus intéressants et donc on plonge dans des thématiques toujours variées et puis, à chaque fois, c’est mon imaginaire et ma créativité qui sont sollicités.


Asakan : Au départ, vous avez été dessinatrice pour des directeurs artistiques, puis chef décoratrice pour des réalisateurs de films publicitaires, de clips ou de fictions. Pourquoi avoir laissé cette vie « confortable » et décidé de faire vivre vos propres scénographies ?

Clémence Farrell : Quand j’étais dessinatrice pour des films et que j’aurais pu devenir chef-décoratrice, je commençais. Je venais aussi d’être maman de jumelles que j’ai eues à 24 ans. Donc je devais concilier cette vie.

J’étais face à un dilemme. Est-ce que je laisse mes enfants à une douce nounou et je vais faire ma carrière ? Et in fine, j’ai choisi mes enfants, parce que quand on est une femme dans le cinéma, ça veut dire qu’on n’est jamais là. Donc quand on a des enfants, c’est très compliqué de faire une carrière. Mais je ne fais aucun reproche à celles qui auraient choisi le contraire.

Par la suite, j’ai décidé d’aller vers des métiers liés à la scénographie et à l’évènementiel qui proposent  des horaires de bureau plus normaux, pour pouvoir mieux concilier famille et travail.


Asakan : Pouvez-vous nous raconter précisément comment êtes-vous venue à la scénographie d’exposition ?

Clémence Farrell : Depuis quej’ai 15 ans, j’ai toujours voulu être scénographe d’exposition parce que j’ai vu une exposition : «     Cité Ciné », à la Grande Halle de la Villette. C’était une expo qu’on peut appeler maintenant immersive d’un scénographe nommé François Confineau, et elle m’avait beaucoup marquée.

De plus, ma maman, Lucette Lombard Valentino, était une commissaire d’exposition et une pionnière en tant que femme antillaise. J’ai donc baigné très tôt dans le monde de l’art et de la scénographie. Le reste s’est fait tout naturellement par goût, mais aussi parce que je connaissais ce métier.


Asakan : Par la suite, quel a été votre premier projet scénographique ?

Clémence Farrell : Ha, dans mon souvenir, ma première exposition, je l’ai faite en 2007 en co-création avec mon mentor Jean-Jacques Bravo et c’était une exposition intitulée « Abysses », dont la commissaire était Claire Nouvian, l’activiste de l’association Bloom que l’on connaît maintenant.

L’expo qui se tenait alors au Museum d’histoire naturelle, je l’avais traitée de manière tout à fait atmosphérique, pour ne pas utiliser le mot immersif, sur les poissons des abysses, totalement noire avec les photos des poissons et espèces rétroéclairées, un peu comme une bijouterie, pour montrer la préciosité des espèces.


Asakan : Au fil du temps, vous êtes rapidement devenue une référence. Votre Agence Clémence Farrell est aujourd’hui reconnue dans le domaine de la scénographie d’expositions pour son écriture particulière. Pouvez-vous nous en parler ?

Clémence Farrell : Je pense que mon écriture, c’est vraiment l’ambiance, l’atmosphère et le basculement dans un univers particulier, c’est-à-dire que je recherche l’effet spécial sur le public comme quelque chose de transformateur, quel que soit son niveau social ou de culture. J’essaie à travers des environnements spécifiques de mettre le visiteur au cœur de l’espace. Je bâtis donc mes espaces en me mettant dans cette posture-là du visiteur, du choc ou de la sensation ou de la mise en valeur de la beauté d’une certaine manière. Je ne sais pas si je le réussis à chaque fois, mais c’est en tout cas mon objectif.


Asakan : Autrement dit, quand vous concevez une scénographie pour une exposition, vous tenez compte du parcours que va faire le visiteur ? Des émotions qu’il va recevoir ? Du temps qui va lui être donné pour cela ? …

Clémence Farrell : Oui,du rythme aussi, du contraste, des sensations. J’aime à dire que je ne travaille pas, par exemple, comme un designer. Je ne travaille pas le design, ce n’est pas ça qui m’intéresse dans l’exposition. Pour moi, ce qui est important, c’est l’atmosphère, la mise en scène, la dimension imaginaire et mentale d’un espace d’exposition. Car, en fonction de ce qu’on donne à voir au visiteur, on lui crée des images mentales spécifiques, on envoie à son cerveau des choses qui ne sont pas neutres.

Ainsi, la scénographie me permet d’articuler un langage mental, insufflé par le ou la  commissaire d’exposition,  pour répondre à des questions comme : Qu’est-ce que le visiteur va ressentir en entrant dans chaque espace ? Qu’est-ce qu’il va éprouver? De la joie? De la gêne? De l’émerveillement ? Un choc ? De l’empathie?  

Et j’essaie par-dessus tout de créer une expérience sensible et  transformatrice, à travers cette balade imaginaire, cultivée et curieuse qu’est la visite d’une exposition.


Asakan : En somme, une approche de metteur en scène. En quoi l’approche de designer va-t-elle précisément à l’encontre de cette dernière ?

Clémence Farrell : L’approche de designer, j’en ai une, parce qu’à un moment il faut dessiner et donner un style à l’exposition. Mais les vrais designers qui font de la scénographie vont se concentrer sur les « écrins des œuvres : le dessin  des vitrines, socles, mobiliers et matériaux  divers qui sont  déployés dans l’exposition.

De la même manière, les architectes qui sont souvent sollicités comme scénographes, délaissent  fréquemment  la part de médiation, de pédagogie, et d’interaction  nécessaire avec le public  au profit d’un pur travail sur l’espace et les volumes.

Je privilégie le message que le commissaire d’exposition veut faire passer par la création d’installations et  dispositifs innovants, d’atmosphères fortes et signifiantes, toute cette dimension qu’on appelle immersive et interactive. Avec le « corps sensible » et le « cerveau curieux » du visiteur au cœur de cet ensemble.


Asakan : En cela, peut-on dire que les expositions immersives sont profondément démocratiques ?

Clémence Farrell : En tout cas, pour moi, l’immersion dans l’exposition, c’est d’abord l’inclusion. Cela veut dire que, quand on est non sachant, non cultivé, on n’est pas exclu, on est dedans parce qu’on nous met dans une posture de visiteur plongé au cœur du propos.

L’immersion met en condition aussi le visiteur dans une approche de l’œuvre, et plus largement de la culture et du savoir, qui n’est pas pédagogique, mais qui est de l’ordre de la sensation, de l’émotion, du choc, de tout ce que doit procurer l’art, à mon sens, et du souvenir indélébile.

Et il y a plein de manières de le faire avec la couleur, la lumière, le son, le film, la présentation des œuvres, en cassant cette mise à distance sociale qu’a généré le white cube. Car, en abstractisant l’espace d’exposition, le white cube, a créé, au fur et à mesure, un espace froid, sans aucune médiation, où on se sentait intimidé face à l’œuvre.

L’interactivité, elle, avec l’utilisation des dispositifs numériques, audio et vidéo permet la transmission intellectuelle et pédagogique, le savoir et toute cette dimension essentielle à la démocratisation de la culture que permet l’exposition.


Asakan : Justement, l’un de vos derniers travaux immersifs a été réalisé lors de la 14ème édition de la Biennale de l’Art Africain Contemporain de Dakar. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de comment ça s’est passé ?

Clémence Farrell : Salimata Diop et toutes les commissaires associées de cette biennale avaient une démarche totalement inclusive et immersive avec ce thème « The Wake » et l’exposition « On s’arrêtera quand la terre rugira ». Salimata m’a donc sollicité pour mon écriture qui répondait à leurs attentes.

Alors, pour la première fois à la Biennale de Dakar, on a développé, à travers un parcours rendu linéaire, c’est-à-dire ayant un début, une fin, une histoire, des histoires, racontées par les artistes. L’exposition internationale, l’exposition des commissaires invitées, l’hommage à Germaine Anta Gaye, l’exposition des collectionneurs sont ainsi devenus autant de récits artistiques portés par les différentes thématiques.

J’ai décidé que, dans les couloirs, il n’y aurait pas d’œuvre pour pouvoir avoir un espace de relaxation, de décompression et de lien entre les œuvres. En lieu et place, j’ai mis des effets d’eau, des lumières et un grand banc longitudinal pour que justement on puisse se poser, se ressourcer, réfléchir.

Il devait également y avoir des éléments sonores qui ne sont pas arrivés à temps. Mais à travers ce couloir immersif, on portait le discours de Salimata sans pour autant phagocyter les œuvres.

C’est pourquoi cette biennale a autant marché, la beauté est démocratique et tout le monde aime les histoires souvent merveilleuses ou puissantes que les artistes et les commissaires nous proposent.


Biennale de l’Art Africain Contemporain de Dakar 2024 Courtesy of Museomaniac


Asakan : De part cette expérience, à quelles contraintes techniques, une scénographie immersive comme la vôtre, doit-elle se soumettre sur le continent africain en dehors des objectifs esthétiques?

Clémence Farrell : Les contraintes techniques que nous avions eues étaient avant tout un problème de matériel lié à des retards d’arrivée de commandes. Cependant, je ne ferai pas de commentaire sur l’organisation très compliquée du Secrétariat Général qui nous a mis des bâtons dans les roues. Après, il y a eu également des problèmes liés à l’espace d’accueil qui n’est pas un lieu d’expo et que nous avons exploré et défriché pour créer ces fameux parcours linéaires.

Au-delà, il y a la question du management. En tout cas, les talents sont là : constructeurs, peintres, accrocheurs… Je profite d’ailleurs de l’occasion pour rendre hommage sur Dakar à l’excellent Directeur technique Abdou Diouf et à toute son équipe.

Mais il faut pour encadrer ses talents, former des chefs d’équipe, des managers, des chargés de projets, tous les gens qui révèlent et structurent ces forces vives, C’est ce que j’espère construire ces 10 à 20 prochaines années sur le continent africain avec des scénographes du continent  et leurs équipes.


Asakan : Vous êtes surtout beaucoup sollicité dans le monde entier de Paris à Cleaveland en passant par Saint-Etienne, Lisbonne, Berlin, Milan, Abou Dhabi, Abidjan, Marrakech, Monaco… Quels sont les trois projets les plus remarquables que vous avez réalisés entre ces lieux ?

Clémence Farrell : J’ai travaillé sur beaucoup de projets et je n’aimerais pas vexer mes clients en citant quelques-uns en particulier … Cependant pour le besoin de l’exercice, je vais commencer par le Louvre Abu Dhabi où j’ai fait deux expos. C’est l’un des plus beaux musées du monde. Ce qui est aussi très intéressant au Louvre Abu Dhabi, c’est l’amorce de ce que doit être la muséographie du futur : une excellence de la collection avec une recherche de médiation originale pour capter le public pour qui un musée peut être encore symbole de luxe ou d’élitisme. Par exemple, à chaque fois, qu’ils nous sollicitent pour les expos, on a aussi immédiatement tous les dispositifs de médiation à créer.

Un autre lieu remarquable avec lequel j’ai travaillé est le SOMETHING Art Space que tient mon amie Anna-Alix Koffi à Abidjan. Sans aide spécifique, elle a monté un lieu dédié à l’art numérique à Abidjan, et moi, je l’ai aidé techniquement à le monter, puis j’y ai fait deux expositions, dont une avec Emeka Ogbo, qui s’appelait « ABJ », et qui était un mapping hyper compliqué. Pour y arriver, on a fait venir des gens de Paris qui ont formé des équipes locales. Résultat : une prouesse technique sans aucun problème de retard, comme quoi c’est possible quand on a un management qui marche.

Et puis, il y a aussi les deux premières éditions de la foire 1-54 Marrakech avec Sonia Perrin et grâce auxquelles j’ai rencontré Emeka Ogbo avec qui je travaille encore aujourd’hui, ainsi que d’autres artistes majeurs tels que Gaelle Choisne ou Sara Sadik sous le commissaraiant de Mohamed Bourrouissa. Ces projets m’ont fait entre dans l’art africain contemporain en tissant des liens d’expériences joyeuses avec de grands artistes.


Du bas en haut et de gauche à la droite : Exposition temporaire « Abstraction et calligraphie vers un langage universel », 2021 – LOUVRE ABU DHABI ; Exposition temporaire « Hamdoullah ça va » 1-54 Contemporary African Art Fair, 2020 – DADA MARRAKECH ; et, Exposition temporaire « ABJ », 2023-2024 – SOMETHING art space ABIDJAN Courtesy of Museomaniac


Asakan : Sur ce type de projets, quelle est notamment la demande et comment y répondez-vous ?

Clémence Farrell : Là, je vous ai pris des expos très différentes. A Abu Dhabi, c’est hyper institutionnel. Je gagne l’appel d’offres, puis après c’est très cadré. Tandis qu’avec le SOMETHING Art Space ou à Marrakech, on était plus ou moins entre amis, mais on est tous très sérieux et très désireux d’excellence. En fait, j’ai la même démarche partout, la même exigence technique, sauf que cela peut être plus ou moins compliqué, administratif, ou chronophage selon les structures.


Asakan : Avec quels outils travaillez-vous ? En maquette ? Avec l’ordinateur ? Seule ou en équipe ?

Clémence Farrell : Tout dépend du projet, maisj’ai ma spécificité que je valorise beaucoup et d’autant plus à l’heure de l’intelligence artificielle, je suis dessinatrice.  

Le dessin, c’est mon deuxième langage après la parole. Je dessine tout le temps, du début à la fin du projet. Après, je ne travaille absolument pas seule et cela depuis le début.

Dans mon équipe, j’ai mon studio de scéno avec des chefs de projet, des scénographes qui eux font des 3D, des simulations, et j’ai aussi toutes les entreprises avec qui je travaille. C’est d’ailleurs ce que j’adore dans la scénographie, cette notion d’œuvre collective. Parce que chacun amène son savoir-faire à chaque moment du projet.


Asakan : Et quand on vous contacte pour un projet, combien de temps sépare la commande de la réalisation du projet ?

Clémence Farrell : En général, c’est un an. Parfois, moins de 6 mois c’est à peu près le minimum et ça peut aller jusqu’à 2-3 ans, quand on fait des expos permanentes où il y a un bâtiment à construire, etc. Mais, en tout cas, ce n’est pas du jour au lendemain.


Asakan : Dans le cas où le lieu de l’exposition est très éloigné de chez vous et que vous ne pouvez pas régulièrement vous rendre sur place, comme dans le cas de la Biennale de Dakar, comment se déroule le projet ?

Clémence Farrell : Je suis beaucoup à l’étranger parce que je suis obligé d’être sur place. Déjà, au début, pour voir le lieu, car je ne peux pas créer mes scénographies sans avoir vu le lieu. Après, on fait de la modélisation en 3D. Ainsi, on peut vraiment faire des simulations de travail en 3D et au moment du chantier, on revient sur place.

Parfois, on a aussi des partenaires locaux pour nous épauler sur le côté local du projet.


Asakan : Où donc, projet après projet, exposition après exposition, année après année, trouvez-vous vos sources d’inspiration ? Comment renouvelez-vous vos univers scénographiques ?

Clémence Farrell : Je ne suis pas enfermée dans un style. Je me mets à fond dans chaque sujet que j’aborde. C’est pour ça que comme je n’ai pas une approche formelle de l’exposition, mais plutôt une approche sensorielle, ça prend la forme que ça doit prendre selon le sujet. Mais, pourtant, je me répète bien souvent tels que sur les grandes projections, le son… D’ailleurs, c’est assez marrant de voir son travail au bout de 20 ans et c’est là qu’on se dit, « ah oui, il y a quand même un lien, même si c’est différent ».


Asakan : En parcourant vos différents portfolios, on a remarqué qu’il n’a pas de projets sur votre région d’origine : les Antilles. Est-ce par oubli ou parce que vous n’y menez pas de projet en tant que tel ?

Clémence Farrell : Ni l’un, l’autre. Là, je suis sur la Maison Aimé Césaire depuis plusieurs années. Mais voilà, l’histoire se répète au sens où il y a des gros dysfonctionnements aux Antilles, des retards importants, des choses qui ne fonctionnent pas comme en Hexagone alors que c’est la France. J’ai fait d’autres projets qui n’ont pas abouti à cause de ces problèmes dysfonctionnels. Sinon je n’abandonne pas, je veux y travailler. Justement, quand j’étais au Bénin, j’ai rencontré David Demetrius, qui est un commissaire d’exposition basé en Guadeloupe. Avec la Biennale de Dakar, j’ai connu Agnès Brézéphin, Louisa Marajo, Samuel Gelas et plein d’autres caribéens. Ce sont des liens que je veux tisser à l’avenir.


Asakan : Quelle appréhension faites-vous des musées et espaces d’art en Afrique ? Ainsi que de leurs publics ?

Clémence Farrell : Il y a tout un champ passionnant à inventer sur le continent parce que plein de musées vont se construire dans les prochaines années. C’est pourquoi je suis contente d’avoir posé le pied dans la muséographie du continent africain. Mais il ne va pas falloir copier ce qu’on a fait en Europe. Au contraire, je pense qu’il y a tout un champ muséographique à inventer, à créer, en se servant évidemment de ce qui fait dans le monde.

Il y a aussi de nouvelles postures du visiteur dans l’exposition à inventer. Et aussi par rapport au public. Quand j’ai fait le programme « Labo Benin », je disais toujours à mes jeunes apprenants de se mettre à la place du public pour un peu réfléchir sur comment l’expo sera reçue par des publics si divers, comment on ramène le champ social du continent africain dans l’espace muséal.


Asakan : L’art est-il si important dans nos vies ?

Clémence Farrell : Absolument.Cela fait du bien à l’esprit et au corps d’aller à la rencontre de l’art, de se promener dans des lieux d’expositions, d’avoir une espèce de dialogue mental, de sensations, de réflexions grâce à des œuvres ou à la culture. Et puis, l’art est aussi une possibilité d’émancipation, qu’elle soit sociale, personnelle, ou autre. Une possibilité de propager le beau qui est un élément partagé par tous les êtres humains.

L’art  nous sauve la vie, nous procure du bonheur, de la joie, de la liberté. C’est quelque chose qu’il faut valoriser et ne pas  laisser dans les mains des seules élites.

L’art est aussi politique, à toutes les échelles, et de multiples manières, subversives ou institutionnelles. Le « soft power » que le Président Patrice Talon a construit au Bénin, en hissant le pays, grâce à l’art, dans des enjeux mondiaux et nationaux de premier ordre, le démontre.


Asakan : Avez-vous des projets en cours ou à venir ?

Clémence Farrell : Je viens de boucler le projet de la Cité du Vin en Allemagne, avec plein de dispositifs innovants. C’est un projet de civilisation et de culture.

A la rentrée, je serai productrice déléguée, en plus d’être la scénographe, d’une exposition du designer Noé Duchauffour Lawrence au Mobilier National à Paris. Il fait du design situé qui puise dans l’artisanat, et on va présenter toute sa collection pendant deux mois, avec des talks et plusieurs autres évènements associés.

Je prépare aussi avec Anna Alix Koffi et SOMETHING Art space une nouvelle exposition – évènement à Abidjan pour l’automne 2026. Et sinon, j’ai d’autres projets en cours dont je ne peux pas parler.


Asakan : Dont celui au Bénin ?

Clémence Farrell : Oui, le projet au Bénin pour l’instant je ne peux pas en parler. Mais en tout cas, le Bénin, c’est un des pays où je souhaite travailler parce qu’il y a cette effervescence culturelle, ce dynamisme, enfin on sent qu’il y a quelque chose qui s’y passe.


Asakan : Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui souhaiteraient suivre vos traces ?

Clémence Farrel : Je donnerais un conseil de liberté dans la création, de vraiment y aller, de ne pas se restreindre intellectuellement et créativement. C’est très important.

Je pense que mon succès est dû au fait que je n’ai pas très peur d’avoir l’air bête, d’être un peu exagérée ou d’être un peu premier degré dans mes propositions. Après, je les complexifie.

À l’heure actuelle, la scénographie d’exposition est un peu un métier niche, mais il va y en avoir de plus en plus des musées. Et puis, les grandes entreprises vont faire leurs musées aussi. Quant à la muséographie qui a trait plutôt à la scénarisation du parcours, ça donne aussi des perspectives à tous les jeunes littéraires à faire des métiers qu’ils ne connaissaient même pas. C’est là le futur des gens sensibles et curieux.


Asakan : Un dernier mot ?

Clémence Farrell : J’ai envie de continuer à découvrir et à travailler sur le continent africain, de pouvoir former des gens si nécessaire, et ainsi de participer à cette aventure de la création de tous ces musées qui n’existent pas encore.

Pour en savoir plus sur le travail de Clémence Farrell : https://museomaniac.com/ ou sur Instagram @agenceclemencefarrell.

La Rédaction.

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