Depuis quelques temps, nous vous faisons découvrir les artistes de l’exposition « Martinique, cartographies intimes » qui se tient au Musée Territorial Wall House de Saint – Barthélémy jusqu’au 1er août 2026. Peintre martiniquais actif depuis la fin des années 70, Raymond Médélice (né à Paris en 1956) propose des œuvres où se croisent possibles et récits qu’ils soient véritables, virtuels ou lyriques.
Dans cet entretien, il nous parle de son parcours, de ce travail et de sa toile « Itinérance caribéenne », où il se livre à une cartographie maritime des relations entre la Martinique et ses îles voisines.

Crédit Photo : Raymond Médélice
Asakan : Vous êtes l’un des 25 artistes de l’exposition « Martinique, Cartographies intimes » qui est visible jusqu’au 1er août 2026 au Musée territorial du Wall House à Saint Barthélémy. Qui êtes-vous et quel est votre parcours ?
Raymond Médélice : Artiste autodidacte, je développe une pratique de la photographie à 12 ans avant de rejoindre la Martinique à 22 ans.
Je me forme dès mon arrivée au contact de créateurs et de techniciens dans des champs artistiques divers sur un territoire où il n’existe alors aucune formation initiale ni supérieure. Ainsi, durant une vingtaine d’années, je réalise des décors de théâtre au sein de diverses institutions, comme la Scène Nationale de Martinique ou le Théâtre Existence, et participe à des productions cinéma et de télévision (productions venant de France, Angleterre, USA, Italie, Cinecittà, SFP ou encore Télévision Caraïbe Internationale.)
Asakan : Pouvez-vous nous parler de votre démarche ?
Raymond Médélice : Empreint d’art religieux, de par ma présence aux messes et services en tant qu’enfant de chœur, mais également influencé par des peintres tels que le Caravage, Francisco Goya, Otto Dix, Vincent Van Gogh ou encore Jean-Michel Basquiat, pour ses singulières déconstructions, je développe un goût certain pour la dramaturgie.
Lecteur de Franz Kafka, H.P. Lovecraft ou encore Joris Karl Huysmans, grand amateur de cinéastes tels que Kenji Mizoguchi, Akira Kurosawa, Seijun Suzuki et Fritz Lang, je m’interroge sur l’espace de la représentation et la construction du récit. J’emploie l’acrylique, les bâtons à l’huile pure et l’encre de Chine, et je travaille aussi le monotype sur des supports comme le papier, la toile et le carton. Je privilégie également l’emploi du couteau pour créer des toiles au sein desquelles le sujet, pris dans des méandres et volutes qui le tourmentent, s’inscrit dans un rapport au monde tantôt angoissé, tantôt onirique.
Au fond, ma démarche est une sorte de tentative pour devenir un chroniqueur de débats abstraits et sensoriels et de contribuer ainsi à créer des formes qui incarnent des espaces pleins de romantisme et de mouvement loin de toutes logiques rationnelles.
La distanciation, l’exagération, l’abstraction, la déformation sont des enjeux esthétiques que j’essaie d’inclure dans ma scénographie, qui serait un espace plein de dramaturgie, et qui oscillerait entre vérités, artifice, mythologie et frivolité.
Asakan : Décrivez-nous une œuvre exposée dans le cadre de « Martinique, cartographies intimes » qui permette justement de mieux comprendre votre travail ?
Raymond Médélice : Dans l’exposition Martinique, cartographies intimes, j’interroge, à travers ma peinture intitulée « Itinérance caribéenne », la circulation constante qui s’opère par la mer entre les îles.
Dans la Caraïbe, la mer ne sépare pas, en effet, seulement les territoires ; elle les relie également par d’incessants déplacements liés au commerce, aux migrations, à la pêche ou encore à des mobilités contraintes, telles que l’esclavage et l’exil. Cette itinérance des liens a favorisé la création de réseaux et de métissages culturels qui se manifestent dans les langues, les musiques, les cuisines et les croyances.
Dans le cadre de cette exposition, la curatrice Karine Taïlamé a su lire le lien profond que ma création entretient avec le territoire martiniquais, mais également avec les multiples circulations qui traversent mon œuvre. Celles-ci relèvent autant des déplacements géographiques et culturels que des cheminements plus intimes de la pensée et de la mémoire. Mon travail explore ces espaces intérieurs où se construisent les imaginaires, les récits et les perceptions du monde.

Acrylique sur toile / Technique au couteau, 100 x 100 cm
Courtesy de l’Artiste et du Musée territorial du Wall House
Asakan : Un dernier mot ?
Raymond Médélice : Je suis particulièrement honoré d’avoir été invité à participer à ce projet qui met en lumière les liens, les passages et les mémoires qui constituent l’identité profonde de la Martinique.
Exposition collective « Martinique, cartographies intimes » avec Raymond Médélice et 24 autres artistes
Jusqu’au 1er août 2026
Au Musée du Wall House
2 rue de Pitéa, La Pointe Gustavia
97233, Saint-Barthélemy, France
Heures d’ouverture : Le mardi de 14h à 19h et du mercredi au samedi de 9h à 12h et de 14h à 19h
+ d’infos : museesstbarth.com/fr/page/wall-house
La Rédaction.



