Le truculent Jean-François Boclé est mort

Jean-François Boclé
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Figure emblématique de la scène artistique caribéenne et française, l’artiste Jean-François Boclé s’est éteint d’une crise cardiaque dans son atelier parisien autour de 3h du matin, dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11  mars 2026. Il était à un mois du 14 avril, la date de son 55ème anniversaire.

Né en 1971 en Martinique, Jean-François Boclé a vécu dans le cocon familial jusqu’à ses 17 ans. A 21 ans, il suit une formation à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Bourges, puis son diplôme en poche, il s’inscrit à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris jusqu’en 1998. Mais déjà, dès l’âge de 25 ans, il commence à produire une œuvre qui mêle : installation, peinture, sculpture, vidéo, photographie, intervention dans l’espace public, performance et écriture poétique.

Les implications transnationales, interraciales et interculturelles étaient au cœur de son travail. Selon lui, l’histoire se repète et ancrer ce processus de répétition dans son travail était sa mission pour interroger l’historicité de la violence, notamment coloniale, les siècles d’effacement mémoriel. A un tel point que le curateur et critique d’art colombien Jaider Orsini disait de lui que « Fanon est l’arme, Boclé est la balle ». « Mon travail questionne la démesure, l’innumérable, le trop plein de colère aussi », expliquait-il avant de conclure que « les artistes sont des passerelles, entre ceux qui n’ont vraiment rien, et ceux qui possèdent tout. Nous sommes des instances de circulation pour ne pas qu’il y ait trop de clivages et non-écoute. »

Son travail a été présenté entre autres à LA Maison Européenne de la Photographie (2025, à la Friche belle de mai (2024), au RAW Material Company (Dakar, 2016), à la Saatchi Gallery (2015, Pangaea II, Londres), à Tour et Taxis (Bruxelles, 2014), à la Philharmonie de Paris-Cité de la Musique (2013), au National Museum of World Culture (Stockholm, 2013), au Queens Museum (New York, 2012), au Kunsthal KadE (Amersfoort, Pays-Bas, 2012), au MAC Puerto Rico (San Juan, 2011), à la Grande Halle de la Villette (Paris, 2009), au MAC Panamá (2009), au BildMuseet (Umeå, Suède, 2008), au CUC Liverpool (2008), au FRAC Champagne-Ardenne (Reims, France, 2006), au Centre d’art contemporain Le Parvis (Ibos, France, 2005), au Mapa Teatro / Laboratorio de Artistas (Bogotá, 2005), à l’Ekotechnické museum (Prague, 2004), ainsi qu’à de nombreuses dont la Bienal das Amazonias (2025), la Biennale de Kochi (2023), la Colombo At Biennale (Sri Lanka, 2016), la Bienal Centroamericana (Puerto Limon et San José, Costa Rica, 2016), le Dak’Art Biennale (Sénégal, 2016), la XI Bienal de la Habana (Cuba, 2012).

Très attaché à sa Martinique natale dont il souhaitait l’indépendance « parce qu’un peuple, un territoire ne peut pas être à l’envers de son histoire », il déplorait néanmoins le manque de reconnaissance de la part de la belle île. On espère que cette prière, qui sonne un peu comme sa dernière volonté, sera entendue. Car l’œuvre de Jean-François Boclé est toujours vivante.

Toute l’équipe d’Asakan.Art présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.

La Rédaction

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