Le jeudi 25 avril dernier, il a été reporté, pour les dates du 07 novembre au 07 décembre 2024, la quinzième édition de la Biennale de Dakar qui est à la fois la plus grande biennale d’art africain contemporain sur plus de 200 dans le monde et le plus grand rendez-vous en Afrique des questionnements théoriques autour des arts et de l’esthétique africains.

où se tient depuis quelques éditions la Biennale de Dakar Photo : Dak’Art
Dire que ce n’est pas à chaque édition que la Biennale de l’Art Africain Contemporain de Dakar se retrouve sous les feux des projecteurs pour des faits organisationnels ne serait pas honnête tant la Biennale cristallise les passions de tous les amateurs d’art d’Afrique et du monde entier. N’oublions cependant pas que c’est une Biennale qui subit aussi des assauts des gardiens du temple car elle se veut décoloniale, panafricaniste et parce que son financement est entièrement assuré dans ce sens par l’Etat du Sénégal.
Quoiqu’il en soit, face à une Biennale de Venise vieille de près de 130 ans, à celle de Sao Paulo de 71 ans, ou encore à celle de La Havane de 40 ans, Dak’Art tient bon an mal an la route et elle est aujourd’hui devenue une institution internationalement respectée. Le report de sa quinzième édition ne doit pas nous faire oublier cet essentiel.
En effet, bien que le Secrétariat Général de la Biennale n’ait pas été à la hauteur de sa crédibilité dans l’organisation de cette quinzième édition et après une année socio-politique mouvementée au Sénégal où l’ancien régime du Président Macky Sall a déroulé la stratégie de la terre brûlée dans ces derniers mois au pouvoir, il ne peut avoir d’OFF sans IN.
Le hashtag #theOFFisON qui a été lancé juste quelques heures après le report officiel de la Biennale et qui regroupe quelques expositions et évènements jadis prévus dans la programmation des manifestations OFF ne recense donc et ne remplace point en aucune manière les expositions et évènements des OFF de la Biennale de Dakar. Les manifestations OFF du Dak’Art 2024 se tiendront bel et bien du 07 novembre au 07 décembre 2024.
Car finalement, avec cet hashtag, c’est l’idée d’une division de la Biennale de Dakar qu’on tente d’enraciner dans les esprits de nos contemporains et non, la volonté tant noble de permettre aux visiteurs internationaux qui ne pourront pas se faire rembourser leurs billets d’avions ou réservations d’hôtels de vivre à Dakar une expérience artistique pleine tel que tous les deux ans aux mois de mai-juin.
La colère, le ressentiment, les multiples efforts consentis en vain, les multiples souffrances endurées lors du report/pas report ne doivent pas être notre boussole, notre moteur. Nous n’avons qu’une seule Biennale d’Art Africain Contemporain en Afrique et c’est la Biennale de Dakar dans son IN et dans son OFF.
Accepter cela participe du respect du Sénégal, de l’Etat de droit dans les pays africains, et favorise l’avenir de la société plus juste que nous appelons de nos vœux. Par exemple, si jamais les autorités italiennes reportaient la Biennale de Venise, même pour des défaillances humaines, pensez-vous que des privés, même puissants, vont lancer leurs OFF sans IN ? Si ce n’est pas possible ailleurs, pourquoi cela le serait au Sénégal ? Ou en Afrique ?
Voilà toutes les raisons pour lesquelles beaucoup d’organisateurs de manifestations OFF ont choisi de reporter leurs évènements sur les nouvelles dates officielles de la Biennale tandis que d’autres, notamment certaines galeries de Dakar, ont choisi de maintenir leurs programmations initiales sans aucun hashtag, ni étiquette mais plutôt comme à l’ordinaire dans une volonté de communion permanente autour des arts au Sénégal.
Olaréwadjou Elvis LALEYE.