Partcours 12 – Obou Gbais/Hoop Galerie : « après une année qui a été mouvementée, il faut un moment où on souffle, un moment où on se pose, on oublie le stress du quotidien,  et on profite des belles couleurs, des pensées positives, de la vie »

Dans le cadre du Partcours 12, la Hoop Galerie présente actuellement et ce jusqu’au 31 janvier 2024, l’exposition « Picnic » d’Obou Gbais.

Cet entretien a été réalisé à cette occasion alors que l’artiste ivoirien était à Dakar pour le vernissage de l’exposition.

Obou Gbais Crédit Photo : Pimii

Asakan : Pour votre deuxième exposition à Dakar, vous avez choisi de nous inviter à la joie, au bonheur à travers le cadre d’un pique-nique. Pourquoi ce choix par ces temps ?

Obou Gbais : Je pense qu’après une année qui a été mouvementée, il faut un moment où on souffle, un moment où on se pose, on oublie le stress du quotidien,  et on profite des belles couleurs, des pensées positives, de la vie pour donner le maximum pour la prochaine année qui arrive. C’est pourquoi avec la Hoop Galerie nous avons proposé cette exposition assez colorée et pleine de détails pour permettre aux gens de faire des rencontres et de passer véritablement de bons moments.  C’est l’essence qui pourra nous faire tenir face à toutes ces peurs et ces craintes qui agitent notre monde actuel. Et vous verrez que même mes masques sourient.


Obou Gbais, Hors de la Ville I, 2023. Peinture acrylique sur toile, 75 x 75 cm
Crédit Photo : Julia Thielke

Asakan : Justement, comment se fait-il que vous utilisiez le masque Dan comme élément principal de votre travail ?

Obou Gbais : Le masque Dan est emblématique des traditions de l’ouest de la Côte d’Ivoire dont je suis originaire. Je peins ce masque aussi bien que je le porte peu importe le sujet que j’aborde. Car, comme j’aime le dire, je suis l’ambassadeur de la culture et de l’histoire du peuple Dan au-delà des frontières.

Dans mes premières œuvres, je peignais des bidonvilles et des scènes inspirées des masques (yeux globuleux, formes triangulaires, traits stylisés). Aujourd’hui, j’assume le sujet, je ne m’inspire plus du masque mais je peins le masque pur, vivant, présent à travers les différents personnages de ma toile.


Asakan : Avais-tu conscience de participer à une nouvelle écriture de l’histoire de l’art sur le continent avec ce masque ?

Obou Gbais : Personnellement, c’est une réappropriation. Le masque Dan a beaucoup inspiré l’art moderne et notamment des artistes comme Picasso. Mais aujourd’hui, ces masques ne sont pas considérés par les Africains eux-mêmes. Beaucoup ont même peur dès qu’on prononce le mot masque. C’est donc pour moi une mission de pouvoir ramener le masque au cœur de nos sociétés contemporaines et de jeter ainsi un pont entre les différentes couches de ces sociétés sans distinction aucune.


Asakan : Les personnages jeunes dominent aussi dans ta peinture…

Obou Gbais : La jeunesse est le fer de lance de l’Afrique. Je trouve absolument fascinant de la représenter sous toutes ses coutures, formes et couleurs. Car j’aimerais transmettre aux gens qui regardent mes toiles cette sensation de beauté, de sérénité, de persévérance, cette sensation qu’on peut avoir quand on est jeune et qu’on a plein de rêves, tous les rêves avec l’énergie et le plaisir qui avec.


Asakan : Parmi les œuvres que tu exposes actuellement à la Hoop Galerie, est-ce qu’il y en a une qui te plait le plus ?

Obou Gbais : Presque toutes. Sinon je dirai la série des petits portraits. C’est une série intitulée « PHOTO INSTANTANÉ ».Elle brasse une multitude d’expressions, de couleurs et d’énergies d’une jeunesse vraiment heureuse de vivre et qui profite de ce bonheur.  Elle parle en même temps de mon propre vécu. Comme vous le savez, je vis maintenant en Allemagne et comme vous le savez il y fait très froid. Je m’habille donc tout le temps en col roulé comme ces personnages qu’on voit dans ces toiles.


Vue de la Série Photo Instannée, un ensemble de peintures de dimensions 50 x 35 cm. Crédit Photo : Julia Thielke

Asakan : C’est ta deuxième collaboration avec la Hoop Galerie. Qu’est-ce que ça vous fait de travailler avec cette galerie discrète et intimiste ?

Obou Gbais : Alors je suis particulièrement heureux et fier de faire partie des artistes de la Hoop Galerie. J’ai rencontré la fondatrice, Yasmine Yazback, lors de la dernière Biennale de Dakar et depuis, j’ai un profond respect pour elle et pour le travail qu’elle fait avec cette galerie. Il y a beaucoup d’artistes du Sénégal, d’Afrique et du monde entier. C’est incroyable de faire partie d’une galerie si visionnaire et qui attache une importance capitale à l’humain.


Asakan : Vous êtes l’un des artistes dont l’art est accessible autant pour les publics avertis que pour les publics néophytes. Etait-ce votre envie d’être dans cet entre-deux dès le départ ?

Obou Gbais : Quand je crée, je ne pense pas à un public. Je crée de manière instinctive des œuvres qui me parlent, qui me plaisent et qui racontent des histoires sur ma culture, les faits sociaux, ma culture. Après je suis quelqu’un qui a un esprit ouvert sur l’art en général, qui essaie d’apprendre des autres artistes, d’être meilleur le jour suivant plus qu’hier. C’est heureux de voir que ça accroche le public de l’art comme les gens qui sont très éloignés de notre milieu.


Asakan : L’art est-il si important dans nos vies ?

Obou Gbais : Oui, je l’ai souvent répété (rires).L’art anoblit la vie et la révèle dans ses hauts faits d’armes et dans ses méandres les plus abjects. Une maison où il y a de l’art est différente des autres, elle est comme lumineuse. L’art, par exemple, éveille également la curiosité des enfants, et développe leur intelligence. L’art est essentiel à notre société, il permet de le comprendre, de le documenter au jour le jour afin que si jamais nous nous perdions un jour ou que nous sommes bloqués, nous sachions d’où nous venons.


Asakan : Un mot de fin ?

Obou Gbais : La vie est belle, elle nous réservera toujours le bonheur, de belles choses, de belles surprises… Pour ma part, je suis quelqu’un qui aime beaucoup partager et cette exposition, c’est mon cadeau dans ces moments de fête et de résolutions pour la prochaine année. J’espère que les gens se déplaceront nombreux pour la visiter.

Exposition Picnic by Obou Gbais

Du 2 décembre 2023 au 31 janvier 2024

A la Hoop Galerie

Sise au 26 rue Jules Ferry x Moussé Diop, Dakar, Sénégal

Horaires d’ouverture : Du Lundi au Samedi de 10h à 18h.

Plus d’informations : https://www.hoopgalerie.com/

La Rédaction.

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