Être présent et actif lors du Dak’Art est aujourd’hui indispensable pour un artiste, commissaire d’exposition, galériste, critique d’art et tout autre professionnel de l’art. La Biennale est ainsi devenue au fil des années un espace de légitimation de l’art africain contemporain, le plus grand rendez-vous en la matière au monde. Mais à côté de la programmation officielle, ce sont surtout ses manifestations OFF qui font sa renommée.
Le commissaire d’exposition Massamba Mbaye, est le Président de la Commission technique Manifestations OFF de la 15e édition de la Biennale de Dakar. Dans cet entretien exclusif, il nous fait l’historique des OFF et nous présente leurs enjeux pour 2024.

Asakan : Pour vous, que représentent les manifestations OFF de la Biennale de l’Art Africain Contemporain de Dakar ?
Massamba Mbaye : Historiquement, les Off étaient des manifestations, non pas de défiance par rapport à la Biennale de Dakar mais plutôt des manifestations alternatives aux expositions, aux propositions curatoriales de la Biennale de Dakar. Vous savez, sélectionner, c’est ajouter mais c’est également soustraire et, parfois la soustraction crée des déceptions, des frustrations. La soustraction peut être aussi un frein pour un artiste. Et donc, c’est le processus par lequel on est arrivé à une proposition curatoriale autre, diversifiée, multiforme, complexe et soutenue parce qu’il y a toujours une réinvention de soi à travers ses expositions OFF. On essaie de faire mieux que l’exposition officielle internationale, de proposer des évènements, d’oser des choses que peut-être l’appareil n’ose pas faire. C’est vraiment le lieu des « folies », au sens de folies créatives.
Cette volonté aurait pu venir d’institutions, de galeries etc., mais il me semble pour ce que j’ai documenté pour le moment, c’est venu des artistes eux-mêmes. Des artistes qui avaient une autre vision de la biennale, des choses à montrer, de l’énergie à partager.
Asakan : Qui sont ces artistes qui ont organisé les premières manifestations OFF de la Biennale de Dakar ?
Massamba Mbaye : Il y a un architecte, un activiste culturel sénégalais qui s’appelle Sawalo Cissé. Il a créé avec sa femme la Galerie Vema.Et les deux revendiquent la première exposition OFF.Il y a un autre acteur culturel, notamment artiste plasticien, du nom de Zulu Mbaye qui revendique également d’être l’initiateur des OFF. L’exposition qu’il avait initiée était titré « Amour interdit ». Sa vision par rapport à biennale centrale était de proposer une exposition qui ne se recentre pas ou qui ne soit pas cadrée autour de l’Africain. Il disait qu’être dans le carcan africain ou parler de biennale d’art africain contemporain n’avait pas de sens, que la biennale devait être un prétexte d’ouverture, un prétexte pour inviter le monde.
Mais lorsqu’on voit la configuration globale et la distribution géopolitique des biennales, toutes les biennales ont un cachet. Et s’il faut organiser quelque chose en Afrique, peut-être que la meilleure option était d’avoir un cachet de l’art africain contemporain parce que les managers internationaux dans le domaine des arts plastiques ne viennent pas à Dakar pour regarder un artiste Américain qui vit aux Etats-Unis, qui est dans des circuits américains et qui fait des choses qui n’ont rien à voir avec l’Afrique.
Par la suite, l’apport de la Biennale centrale a été de mettre en place un dispositif de référencement des expositions et ainsi de mettre en situation le parcours des manifestations OFF.

l’occasion des OFF de la Biennale de Dakar 2022 ©Selebe Yoon

au Centre Culturel Blaise Senghor à l’occasion des OFF de la Biennale de Dakar 2022
©Africa: La Renaissance En Marche
Asakan : Pour cette 15e édition de la Biennale de l’Art Africain Contemporain de Dakar, vous êtes le président de la Commission technique Manifestations OFF. Quelles sont les innovations que vous comptez porter ?
Massamba Mbaye : Je ne sais pas si on peut parler d’innovations (rires). Mon format à la base, c’est de réfléchir conceptuellement sur les choses. Le principe organisationnel des manifestations OFF, c’est de pouvoir référencer les expositions à travers Dakar, le Sénégal, l’Afrique, le monde et de pouvoir rendre accessibles les sites des expositions référenciées avec un bon mapping. Alors pour cette édition, dès que les données vont être agrégées, nous allons proposer une application qui puisse permettre la circulation des visiteurs avec un tableau de bord régulièrement mis à jour et assez dynamique. Cette application sera aussi d’ailleurs partagée avec la direction artistique de la biennale qui a souhaité profiter de cette opportunité pour mettre en avant sa programmation.
Pour ce qui concerne les manifestations OFF, cela commence par le formulaire. Il a été pensé non pas comme une page à remplir mais comme un formulaire dynamique. Il est donc facile à remplir et à la fin, nous avons par mail la somme des informations renseignées pour faire un checking et la possibilité après, pour l’organisateur, de partager cette somme-là avec ses différents partenaires (centres culturels régionaux et autres).
En plus de ces deux éléments, nous allons essayer d’apporter de la communication d’appoint aux différentes expositions des OFF même si on sait qu’à des échelles individuelles, ces différentes organisations vont communiquer à leurs niveaux.
Asakan : Quand vous dites « communication d’appoint », c’est-à-dire ?
Massamba Mbaye : La communication d’appoint, c’est de pouvoir communiquer sur les lieux, communiquer sur tous les évènements qui se proposent et d’être sur la hotline via des numéros de téléphone dédiés pour des gens qui ont des demandes spécifiques. Il y a des porteurs de projets qui vont s’inscrire dans les OFF mais qui ont besoin d’une labellisation officielle de la biennale ou qui ont besoin d’informations ou encore qui ont besoin que le réseau relationnel de la biennale les aide à cocher des cases supplémentaires sur leurs projets.
Nous avons à l’idée un certain nombre de difficultés. Et celle essentielle est l’actualisation des informations. C’est-à-dire que si vous voulez organiser une expo OFF, il faudra dès à présent savoir où, avec qui, comment, etc. Donc, plus tôt nous aurons ces informations, mieux c’est.
Asakan : On dénombrait plus de 400 expositions OFF en 2022 et ce nombre pourrait passer à 500 ou plus à l’occasion de cette quinzième édition. Ne faudrait-il pas mettre en place un comité de sélection des expositions et évènements présentés aux manifestations OFF de la Biennale de Dakar ?
Massamba Mbaye : Les manifestations OFF doivent justement être un espace privilégié d’expressions de toutes les sensibilités artistiques dans le respect des lois et règlements du Sénégal parce que la biennale reste un évènement-pays. Si, par exemple, quelqu’un vient de commencer dans l’art et trouve qu’il a assez de génie pour organiser une manifestation OFF, sur quels critères devrons-nous nous baser pour lui interdire d’organiser son évènement ?
Je pense qu’il faut laisser les gens proposer ce qu’ils ont envie d’exprimer dans les limites réglementaires du pays et que le choix se fasse par le public. Je veux dire qu’il y aura des expositions qui seront particulièrement appréciées, d’autres un peu moins, ou peut-être que des expositions vont être peu appréciées mais qui permettrons à un artiste de prendre date et de revenir beaucoup plus fort deux ans après. La Biennale, c’est prouvé, forge des carrières.
Asakan : Un mot de fin ?
Massamba Mbaye : Les manifestations OFF sont une initiative qui est née des créateurs. C’est un prétexte créatif majeur. Je pense qu’il faut que la création se lâche et qu’on puisse proposer des expositions et évènements de qualité qui rehaussent valablement le plateau proposé par la Biennale de Dakar. J’ajouterai que, pour des raisons organisationnelles, il est important que les projets soient ficelés à temps afin que l’équipe qui est avec moi puisse mieux renseigner ces projets-là et mieux les mettre en valeur.
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Email off2024@biennaledakar.org
Téléphone (+221) 77 299 26 09
La Rédaction.