Faut-il boycotter la prochaine édition de la Biennale de Dakar ?

Dans un post sur le réseau social Instagram, un artiste sélectionné pour l’exposition officielle internationale de la 15ème édition de la Biennale de l’Art Africain Contemporain de Dakar a publiquement manifesté son refus de participer à la biennale des biennales africaines si l’élection présidentielle au Sénégal ne se tenait pas le 25 février prochain comme préalablement prévu. C’est un engagement qui mérite d’être salué par ces temps agités où ceux qui doivent prendre la parole au Sénégal se terrent dans un silence qui peut paraître inquiétant.

Cérémonie de lancement de la 15e édition de la Biennale de Dakar 2024

Depuis le 3 février, en effet, le président Macky Sall a pris de coup toute la société sénégalaise et la communauté internationale en arrêtant brutalement, à quelques heures du début de la campagne électorale, le processus qui devait conduire à l’élection d’un nouveau président de la république dans ce pays phare de l’Afrique.

Depuis lors, cette décision ne cesse de susciter des remous trop importants pour être pris à la légère. Mais ce qui l’est encore bien davantage, c’est que la solution dépend en grande partie d’un seul homme, l’actuel président du Sénégal, Son Excellence Monsieur Macky Sall, dont la majorité au parlement sénégalais vient de voter le report de ladite élection pour le 15 décembre à venir sauf décision contraire du Conseil constitutionnel.

Certes, à l’heure actuelle, il est presque impossible d’organiser les élections le 25 février si toutes les exigences électorales, à commencer par les deux semaines au moins de campagne électorale, sont à observer. Toutefois, l’alternative proposée par le président sénégalais l’est tout autant. Une élection où tout est presque prêt, où les candidats ont déjà engagé leurs dépenses de campagne ne saurait, pour être conséquente, se tenir dans un délai d’un an.

Quoiqu’il en soit, jamais la Biennale de Dakar n’a fait face à une telle situation. Mais justement s’il y a une chose à laquelle la biennale est passée maître tout au long de son histoire vieille de plus d’une trentaine d’années, c’est de se réinventer sans cesse. Sa prochaine édition n’échappera donc pas à ce qui semble devenir la règle. Et, sauf cas de force majeure, la Biennale de Dakar se déroulera bel et bien du 16 mai au 16 juin 2024.

Il faut dire que nul ne pourra compenser les efforts et investissements des artistes, des commissaires d’exposition, des galeristes, des critiques d’art et des différents partenaires qui travaillent depuis plus de deux ans à préparer cette quinzième édition du Dak’Art. De même, le remous actuel ne rend pas la destination Sénégal dangereuse. Au contraire, la biennale peut favoriser le dialogue et ainsi ramener la paix, la confiance entre tous les acteurs.

Parce que, « nos artistes sont au cœur de cette métamorphose. », comme le rappelle la note conceptuelle de la prochaine biennale. « Réunis à Dakar », ils donneront « corps au monde nouveau en maniant le langage indicible des couleurs et des sentiments » pour nous éveiller, nous emporter dans leur sillage. 

Pour ce faire, le monde de l’art doit, plus que jamais, refuser les injonctions à la compromission de quel camp que ce soit et travailler à la fin heureuse de cette situation pour qu’ensemble et au nom de la paix, nous habitons Dakar de notre voix multiple, polyphonique et vivante. 

Olaréwadjou Elvis LALEYE.

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