Entrepreneur sénégalais très discret, Alioune Thiam a constitué, au fil des décennies, l’une des collections les plus significatives d’art traditionnel contemporain africain, incluant des œuvres de l’ancienne Ecole de Dakar.
Dans cet entretien, il partage son parcours.

Asakan : Quelle est votre relation à l’art ? Comment êtes-vous devenu collectionneur ?
Alioune Thiam : La rencontre avec un objet de collection est souvent unique. Pour moi, l’achat n’est pas déterminé par l’âge de la pièce, mais par son esthétique et son excellence technique. A chaque que j’achète une pièce, c’est parce qu’elle m’appelle, me parle.
J’ai commencé à acquérir des sculptures à Dakar à 18 ans, puis en France, j’ai élargi mes horizons vers l’art africain. A mon retour au Sénégal en 2001, j’ai découvert des objets atypiques grâce à des marchands venus de divers pays ; ce qui a enrichi ma collection. J’ai également intégré des œuvres de l’Ecole de Dakar.
Asakan : Quel est votre prisme ? Quels artistes collectionnez-vous ? Quelles sont vos relations avec ces artistes ?
Alioune Thiam : Mon champ de collection englobe à la fois des objets d’art traditionnel africain et des œuvres d’art moderne et contemporain africains. Bien que ma collection contemporaine soit majoritairement composée d’artistes sénégalais, elle inclut aussi des artistes d’autres pays.
Beaucoup d’entre eux sont devenus des amis, et je maintiens des relations chaleureuses avec ceux qui sont encore vivants et les nouvelles générations.
Asakan : Pensez-vous qu’on puisse prévoir avec exactitude les artistes qui marqueront l’histoire de notre époque ?
Alioune Thiam : Cela dépend du travail de l’artiste. Une œuvre peut être belle, mais rester superficielle ou incomplète.
Asakan : Aujourd’hui, votre collection s’élève à combien de pièces ? Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
Alioune Thiam : J’ai cessé de compter mais ma fille Khady fait régulièrement l’inventaire. J’estime avoir des milliers d’objets d’art et environ 2 000 tableaux. La valeur de ma collection va cependant au-delà de l’argent ; ces pièces me parlent et m’accompagnent au quotidien.


Vue partielle de la Collection de M. Alioune THIAM à Dakar




Chrérif Thiam (Ancienne Ecole de Dakar) et Seyni Awa Camara de la Collection Alioune Thiam.
Asakan : Décrivez-nous svp un objet de votre collection qui vous tient particulièrement à cœur ? Avec lequel vous entretenez une relation particulière ?
Alioune Thiam : Chaque pièce de ma collection est précieuse, mais une en particulier est ce masque que j’ai acheté après des années de discussions avec son ancien propriétaire.

J’ai également une œuvre de Souleymane Keita de 1993 que je chéris.

Asakan : Par quels biais avez-vous acheté ces œuvres de votre collection ?
Alioune Thiam : J’ai acquis ces œuvres dans des galeries, auprès de marchands, d’autres collectionneurs, ou directement à l’artiste lors de mes voyages.
Asakan : Votre regard sur le marché de l’art dans votre pays ? En Afrique ? Et dans le monde ?
Alioune Thiam : L’art africain a un potentiel immense. Malheureusement, il est souvent sous-représenté. Aujourd’hui, voir ma fille, Khady Thiam, exposer mes pièces à travers « La Galerie de Mon Père » me remplit de fierté.


par La Galerie De Mon Père
Asakan : Quel est pour vous le rôle du collectionneur d’art aujourd’hui ? Faites-vous une différence entre le collectionneur et l’amateur d’art ?
Alioune Thiam : Pour moi, acquérir de l’art africain est un acte militant. Il y a des collectionneurs sélectifs et des passionnés. Les passionnés, animés par l’amour de l’œuvre, rassemblent des créations représentatives de l’art africain. Je m’interroge d’ailleurs sur la frontière entre collectionneur et amateur.
Asakan : Quel(s) conseil(s) donneriez-vous pour débuter une collection d’art ?
Alioune Thiam : Demander des conseils et renseignez-vous auprès d’autres collectionneurs. Dans l’art contemporain, concentrez-vous sur des artistes reconnus. Suivez votre cœur dans vos choix.
La Rédaction.