Depuis quelques années, Abel Toh Bi développe une pratique artistique combinant mise en scène, photographie et installation pour explorer, entre force et fragilité, l’âme humaine et ses vérités latentes dissimulées derrière le voile des apparences. S’en dégage une invitation à l’introspection et au questionnement des normes établies.
Il est notre Coup de Cœur.

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Asakan : Pour commencer notre entretien, voulez-vous vous présenter ?
Abel Toh Bi : Je m’appelle Abel Toh Bi, je suis un artiste visuel ivoirien basé à Abidjan. Ma pratique se situe principalement autour de la photographie et de la mise en scène, avec une approche que je qualifie de photoconceptuelle.
Je m’intéresse particulièrement à la psychologie humaine : nos peurs, nos contradictions, nos obsessions, nos mécanismes de défense et tout ce qui existe en nous sans toujours pouvoir être formulé.
Je construis des images qui ne cherchent pas simplement à montrer une réalité, mais à créer des situations dans lesquelles le spectateur peut reconnaître quelque chose de lui-même.
Aujourd’hui, je développe une pratique qui mêle photographie, objets, sculpture et installation. Mon ambition est de construire, projet après projet, un univers artistique cohérent autour de l’exploration de l’esprit humain.
Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain?
Abel : Pour moi, l’art est une manière de donner une forme à ce qui n’en a pas.
Il y a des choses que nous ressentons sans savoir les expliquer : une peur, une obsession, un souvenir, une absence, une contradiction. L’artiste possède cette capacité particulière de transformer ces expériences invisibles en quelque chose que l’on peut regarder, ressentir et parfois même posséder.
Je ne vois donc pas l’art comme une simple représentation du monde. Je le vois comme une manière de créer d’autres mondes.
L’art contemporain m’intéresse justement parce qu’il permet cette liberté. Il ne m’impose pas de choisir entre photographie, sculpture, installation ou vidéo. Je peux utiliser différents médiums lorsqu’ils sont nécessaires à l’idée.
Je pense également qu’une œuvre contemporaine réussie doit continuer à vivre après le premier regard. Si elle ne fait que répondre à une question, elle peut être mal comprise. Si elle crée une question qui reste en nous, elle peut devenir une expérience.
Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?
Abel : Je ne pense pas avoir eu un jour précis où je me suis dit : « je vais devenir artiste ». C’est plutôt quelque chose qui s’est imposé progressivement.
Au départ, la photographie était pour moi un moyen de créer des images. Puis j’ai commencé à comprendre que ce qui m’intéressait réellement n’était pas seulement l’image, mais ce qu’elle pouvait provoquer dans l’esprit de celui qui la regarde. À partir de là, je me suis mis à créer des œuvres à partir de mes propres questionnements, de mes peurs, de mes souvenirs et de mes observations de l’être humain.
Aujourd’hui, je considère l’art moins comme une profession que comme une manière de penser et de regarder le monde. Ceci dit, je ne sais pas si j’ai choisi l’art mais j’ai surtout compris que je ne pouvais plus penser sans créer.
Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?
Abel : Je me définirais comme un artiste qui explore l’intériorité humaine.
Je ne cherche pas nécessairement à raconter des histoires précises. Je préfère créer des univers dans lesquels chacun peut projeter sa propre histoire.
Mon travail peut être souvent sombre, étrange ou parfois dérangeant, mais je ne cherche pas à provoquer gratuitement. Ce qui m’intéresse, c’est cette zone où une image peut simultanément attirer et mettre mal à l’aise.
Mon empreinte s’est construite progressivement autour de plusieurs éléments : la mise en scène, les corps transformés ou dissimulés, les objets symboliques, les contrastes, mais surtout cette volonté de matérialiser des états psychologiques.
Avec le temps, j’ai également compris que je ne voulais pas simplement produire des photographies. Je veux construire des mondes auxquels mes photographies appartiennent.



Abel Toh Bi, « Blue Head », « Cyclope » & « Zombi Preacher », 2026. Série 02H27, PHASE 4 : PARADOXAL WORLD Courtesy de l’Artiste et d’Ibn Cheikh
Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?
Abel : Mes premières inspirations viennent beaucoup de l’observation de l’être humain. Je suis fasciné par ce que nous cachons, par les contradictions entre ce que nous montrons et ce que nous ressentons réellement.
Je m’intéresse au rejet, à la solitude, à la peur, à l’identité, à la culpabilité, à l’obsession, à la mémoire, au sentiment d’être différent ou de ne pas appartenir.
Je suis également inspiré par la peinture, la psychologie et certaines formes de mythologie. Je peux partir d’un souvenir personnel, d’un rêve ou simplement d’une question et progressivement construire tout un univers autour.
Mes influences artistiques sont multiples, mais je cherche surtout à développer mon propre langage. Car je ne veux pas que l’on regarde mon travail et que l’on pense immédiatement à un autre artiste. Je veux qu’on puisse reconnaître une œuvre d’Abel Toh Bi avant même de voir mon nom.



Abel Toh Bi, « Ruminant », « Lonely Loop Sitting » & « The Weight », 2026 Série THE BOX Courtesy de l’Artiste et d’Ibn Cheikh
Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Abel : Les réactions sont assez différentes selon les personnes, et c’est justement ce qui m’intéresse. Certains sont immédiatement attirés par l’esthétique de mes images. D’autres sont déstabilisées, parfois même mal à l’aise. Mais très souvent, après le premier regard, elles commencent à chercher ce que l’image dit d’elles-mêmes.
Cependant, je ne veux pas forcément que tout le monde aime mon travail. Je préfère qu’une œuvre divise mais qu’elle reste dans la mémoire de celui qui l’a rencontrée.
Le milieu artistique m’a également permis de comprendre que ma pratique dépasse la photographie traditionnelle. Mes expositions et mes différentes expériences m’ont encouragé à développer davantage les dimensions sculpturales et narratives de mon travail.
Je suis toutefois encore au début de mon parcours, en construisant petit à petit et volontairement une œuvre sur le long terme.
Et c’est important pour moi parce que je ne cherche pas simplement à produire des images que l’on apprécie aujourd’hui. Je cherche à construire un corpus sur lequel on pourra revenir dans plusieurs années et découvrir les différentes strates de l’évolution de ma pensée.

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Courtesy de l’Artiste et d’Ibn Cheikh
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?
Abel : Je leur dirais de ne pas chercher trop rapidement à être validés. Mais surtout, il faut accepter de prendre le temps. Ce qui compte, c’est d’avoir quelque chose à dire et de trouver progressivement la meilleure manière de le dire.
Pour plus d’informations sur le travail d’Abel Toh Bi, vous pouvez vous abonner à son compte Instagram @abel_toh_bi.
La Rédaction.



