Alors que son exposition « Dogon Colorful » dont nous annoncions les couleurs la semaine dernière attire actuellement du monde à la Galerie Le Grand Coloriage à Paris, nous sommes allés à la rencontre de l’artiste ivoirien Ibn Cheickh (né Ibn Cheickh Sallah Diebkile en 1988 à Abidjan) qui secoue la scène artistique africaine depuis quelques années. A travers une démarche singulière qui allie influences ancestrales, techniques modernes et questionnements actuels.
Ayant vécu en France avant de rentrer en Côte d’Ivoire en 2022 afin de s’investir dans l’art qui est sa passion, cet autodidacte nous invite à questionner les notions de retour à l’enfance, de mémoire, de patrimoine, de filiation et de résilience, tout en créant un dialogue entre les récits africains et les enjeux du monde contemporain.

Asakan : Qui êtes-vous ? Comment avez-vous rencontré l’art ? Quel est votre parcours ?
Ibn Cheickh : Je suis Ibn Cheikh, artiste peintre autodidacte franco-ivoirien, originaire du peuple dogon au Mali.
L’art est entré dans ma vie bien avant que je ne prenne un pinceau. Ma mère a fondé Carine N’ Couture, une école de couture pionnière en Côte d’Ivoire. J’ai donc grandi entre les patrons, les étoffes, les fils, les aiguilles, les machines à coudre, les croquis et les palettes de couleurs. Sans le savoir, je recevais déjà ma première éducation artistique.
Mon langage s’est construit par l’expérimentation, la curiosité et une profonde nécessité de créer.
Mes racines dogon nourrissent profondément mon travail. Elles m’ont transmis une vision du monde fondée sur la spiritualité, la mémoire des ancêtres, la transmission et le dialogue entre le visible et l’invisible.
Au fil des années, mon travail m’a conduit à exposer au Carrousel du Louvre, au Musée de Ueno à Tokyo, à Séoul, Abu Dhabi, Dubaï, au Mexique, à Monaco et à Innsbruck, ainsi qu’à participer à Mexico Art Week et à plusieurs rendez-vous internationaux, notamment la COP28 à Dubaï et la COP16 à Riyad.
Aujourd’hui, mon ambition est de construire un langage artistique universel profondément enraciné dans mes racines africaines.
Asakan : En espace de quelques années, votre travail a été présenté dans de nombreux et prestigieux lieux. Selon-vous, pourquoi avez-connu un tel succès ? Quelle est votre singularité ?
Ibn Cheickh : Je préfère parler de reconnaissance plutôt que de succès et je crois que cela s’est fait tout naturellement grâce à des rencontres importantes.
Ma démarche est sincère et profondément ancrée dans la mémoire collective. Je fais dialoguer la cosmogonie dogon, la spiritualité africaine et un langage contemporain. Je ne peins pas des portraits mais des présences, des mémoires et des émotions dans lesquelles chacun peut se reconnaître.
Asakan : Vous êtes actuellement à l’affiche de l’exposition « Dogon Colorful » à la Galerie Le Grand Coloriage jusqu’au 31 juillet 2026. Comment est née cette exposition ?
Ibn Cheickh : Cette exposition est née d’un retour dans mon mon enfance. Après plusieurs séries consacrées aux ancêtres, j’ai voulu en effet retrouver cette liberté intérieure propre à l’enfance. Les couleurs deviennent ainsi ici le langage de la transmission, de la joie et de l’imagination.



Courtesy de l’Artiste et de Le Grand Coloriage
Asakan : Mais vous auriez pu choisir un sujet différent. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous replonger dans l’enfance ?
Ibn Cheickh: Simplement parce que l’enfant ne disparaît jamais. Il reste en chacun de nous comme une source de créativité, d’intuition et de liberté.
Asakan : Quelles autres problématiques soulevez-vous dans cette exposition ?
Ibn Cheickh : Je questionne la transmission culturelle, la mémoire et la manière dont les traditions peuvent continuer à vivre dans un monde contemporain.
Asakan : Revenons au titre de la série exposée « Dogon Colorful ». Pourquoi ce choix ?
Ibn Cheickh : Le pays dogon représente mes racines. ‘Colorful’ traduit la vitalité, l’énergie et l’universalité de cette culture que je souhaite partager avec le monde.
Asakan : Que souhaitez-vous ainsi que le public retienne en venant à cette exposition ?
Ibn Cheickh : Mes œuvres ne racontent pas une histoire unique. Elles invitent chacun à projeter son propre vécu à travers des figures inspirées de la mémoire, de la spiritualité et des ancêtres.
J’aimerais que chaque visiteur reparte avec une émotion, une question ou un souvenir réveillé plutôt qu’avec une réponse toute faite.

Courtesy de l’Artiste et de Le Grand Coloriage
Asakan: L’autre aspect de votre travail: c’est la transmission à laquelle vous êtes attaché au profit des enfants mais aussi aux adultes comme on a pu le voir lors de la soirée de vernissage de l’exposition. Pourquoi cela vous tient-il autant à cœur ?
Ibn Cheickh : Créer, c’est aussi transmettre. L’art doit rester un espace de partage ouvert à tous.
Asakan: Pour vous, la peinture c’est donc un espace de partage de cultures et d’âmes?
Ibn Cheickh : Oui. Une œuvre dépasse les langues et les frontières. Elle crée un dialogue entre les cultures et les sensibilités.




Quelques images de l’atelier de peinture collective réalisé lors du vernissage de l’exposition « Dogon Colorful » Courtesy de l’Artiste et de Le Grand Coloriage
Asakan : Peut-on aussi lire un engagement politique dans votre travail ?
Ibn Cheickh : Je parlerais davantage d’un engagement culturel et humain : préserver les mémoires, valoriser les patrimoines et favoriser le dialogue.
Asakan : L’art est-il si important dans nos vies ?
Ibn Cheickh : L’art est indispensable. Il raconte ce que les mots ne suffisent plus à exprimer et conserve la mémoire des peuples.
Asakan : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes artistes ?
Ibn Cheickh : Restez fidèles à votre identité. Travaillez avec rigueur, soyez curieux, voyagez et n’ayez jamais peur de raconter votre propre histoire.
Asakan : Un dernier mot ?
Ibn Cheickh : Je souhaite contribuer à faire rayonner un art africain contemporain, profondément enraciné dans son héritage et résolument tourné vers l’avenir.
Exposition « Dogon Colorful » d’Ibn Cheickh
Du 02 au 31 juillet 2026
A la Galerie LE GRAND COLORIAGE
19, rue de Seine – Saint-Germain-des-Prés – 75006 Paris, France
Heures d’ouverture : Mardi au samedi de 10h à 19h
A cette occasion, des Ateliers sont organisés pour les enfants tous les mercredis à 14h et 16h, et Les samedis à 14h30 en présence de l’artiste.
Plus d’infos : legrandcoloriage ou sur l’Instagram de l’artiste @ibn_cheickh_artist
La Rédaction.



