Le Baobab Mathieu-Jean Gensin s’est éteint

Mathieu-Jean Gensin et ses principales décorations ivoiriennes
Crédit Photo: Original Foundation

Le peintre martiniquais-ivoirien, enseignant émérite d’arts plastiques à l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC) d’Abidjan et pionnier du mouvement négro-caraïbe est décédé hier, mercredi 1er juillet, à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il vivait et travaillait principalement depuis les années 1960. Il était dans sa 92ème année.

En dépit de son grand âge, la nouvelle a provoqué une onde de choc sous le post Instagram de sa galerie qui l’a annoncée. Ainsi, l’artiste Saint-Etienne Yeanzi a tenu à saluer son œuvre en soulignant que : « Nous sommes une fraction de seconde dans l’immensité de la terre mais notre impact est éternel. », alors que pour son collègue togolais Léopold Ankude Laka : c’est « un monument immense qui laisse un héritage exceptionnel, il a inspiré des générations d’artistes et en fera rêver encore plus ».

La Galerie Amani a souhaité « Adieu grand maître ». La Martiniquaise Nadine Priam Plesnage qui vient de réaliser un documentaire sur l’illustre disparu était trop émue pour placer un mot lors de notre appel pour recueillir ses propos. Agnès Brézéphin, Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale de Dakar 2024 a adressé ses « condoléances émues » saluant « un artiste qui, formé aux arts décoratifs, a choisi de tout quitter pour apporter sa pierre à une histoire de l’art africaine ».

Né en Martinique en 1934, Mathieu Jean Gensin a étudié aux Arts Décoratifs de Nice et aux Beaux-Arts de Paris. Il s’est installé à Abidjan, au moment de l’indépendance, en 1960 et, c’est en faisant son service militaire à Bouaké pendant deux ans qu’il découvre le nord de la Côte d’Ivoire, ses rites et ses cultures. A son retour au quartier Dallas dans la commune d’Adjamé, il lance, avec ses compères Louis Laouchez et Serges Hélénon, le mouvement négro-caraïbes, qui inspirera, des années plus tard, le Vohou-Vohou (un mouvement qui se caractérise par l’utilisation de matériaux de récupération (tissus, bois, métal, feuilles) et d’éléments naturels pour créer une esthétique purement africaine, en rupture avec l’académisme occidental). Ses toiles, souvent empreintes de symbolisme, interrogent la spiritualité, la force des ancêtres et les mystères de l’existence entre masques rituels aux scènes de la vie quotidienne. Sa quête d’identité personnelle et artistique se reflète dans chacune de ses œuvres, offrant au spectateur une réflexion profonde sur la transmission culturelle.

Grand Prix du Président de la République de Côte d’Ivoire  lors du 150e anniversaire de l’Abolition de l’Esclavage en 1998 et Officier de l’ordre national ivoirien en 2012, l’Institut français de Côte d’Ivoire et le Musée des Cultures Contemporaines Amadou Tounkara d’Abobo, en collaboration avec la Galerie Eureka, lui avaient rendu hommage, à l’occasion de ses 90 ans, en 2024, dans une double exposition intitulée « A la quête de mes origines : entre initiations et transmission ».

L’artiste ne meurt jamais.

La Rédaction.

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