Donald Wasswa : « … mon travail examine la tension entre le progrès humain et notre relation avec la nature, et comment l’environnement nous renvoie à nos choix. »

L’exposition inaugurale « Matière à abstraction, Echo à l’histoire d’un lieu », qui continue à la Galerie PERSON Paris jusqu’au 1er août 2026, réunit les œuvres de six artistes dont exceptionnellement trois artistes ougandais parmi lesquels Donald Wasswa.

Né en 1984 à Kampala où il vit et travaille, Donald Wasswa, par son regard, explore les processus de transformation sociale et environnementale, l’influence de la science et de la technologie, ainsi que la nature évolutive de la communication dans les sociétés contemporaines à travers la sculpture, l’installation et la peinture. Une présence qui ne passe pas inaperçue dans l’enceinte parisienne de la galerie, à l’heure où le débat fait rage entre la mise en œuvre de politiques environnementales et la croissance économique.

Aussi, pour en savoir plus et avec l’aide d’Anaïs Auger-Mathurin, Asakan l’a rencontré pour vous.


Portrait de Donald Wasswa
Crédit Photo : Giulio_Molfese

Asakan : Tout d’abord, comment vous êtes-venu à l’art ? Quel est votre parcours ?

Donald Wasswa : Mon parcours artistique a commencé très naturellement par l’observation et la curiosité. J’ai grandi à Kampala, entouré d’objets du quotidien, de rencontres, de paysages qui portaient une forte signification visuelle et émotionnelle. Aussi, je me suis intéressé à la façon dont les matériaux et environnements ordinaires pouvaient communiquer des histoires plus profondes sur la mémoire dans la société.

Avec le temps, cette curiosité s’est transformée en une pratique artistique engagée. Je me souviens que, jeune, j’aimais feuilleter des magazines et regarder un peu la télévision. Mais je ne savais pas encore que je voulais être artiste.

Aujourd’hui, mon parcours est enraciné dans l’art visuel contemporain avec un fort accent sur la sculpture, l’installation et la peinture dans la suite de ma formation à l’Université de Kyambogo. Et même si mon travail a évolué au fil des années, il interroge la façon dont l’art peut devenir un espace de réflexion sur les réalités sociales et environnementales.


Asakan ; Vous êtes actuellement l’un des six artistes participant à l’exposition inaugurale « Matière à abstraction, Echo à l’histoire d’un lieu » de la Galerie CHRISTOPHE PERSON Paris. Comment l’abstraction se reflète-t-elle dans vos œuvres exposées ?

Donald Wasswa : Pour moi, l’abstraction est un moyen de créer un espace pour l’interprétation. Elle me permet de dépasser la représentation directe et d’interagir avec des idées par le geste, la texture, le rythme et la composition.

Mes peintures de l’exposition « Matière à abstraction, Echo à l’histoire d’un lieu »sont inspirées par des formes reconnaissables. Elles viennent de la nature et de la vie quotidienne. Elles sont aussi intentionnellement fragmentées et configurées. Je souhaite que les spectateurs ressentent quelque chose de familier, mais qu’ils s’arrêtent aussi pour questionner ce qu’ils voient. Ce qui crée un dialogue entre l’œuvre, l’espace et le spectateur.


Vue des oeuvres de Donald Wasswa – Exposition « Matière à abstraction, Echo à l’histoire d’un lieu »
Galerie PERSON, Paris
Crédit Photo : Mona Awad

Asakan : « Still Life », votre série de peintures présentée trouvent son origine dans l’installation que vous aviez montrée en 2019 lors de votre participation à la 1ère édition de la Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadougou. Qu’est-ce qui vous a amené à passer de l’installation sur chaise à la peinture ?

Donald Wasswa : Lorsque j’ai créé l’installation, bien sûr, elle était davantage liée au site de la Biennale de Sculpture de Ouagadougou. Je n’avais pas eu besoin de transporter tous les objets ou matériaux que j’utilisais d’un endroit à l’autre, ce qui a facilité la réalisation de ce type de travail dans cet espace. Cependant, j’avais l’idée de poursuivre cette série d’une manière différente.

Alors, en rentrant chez moi et en explorant différentes médiums, j’ai fini par créer ces peintures avec le même type de message que celui que j’expose actuellement à la Galerie PERSON. Cela s’est donc fait tout naturellement.


Asakan : Parlant d’objets et de matériaux, quelle importance revêt pour vous la mise en valeur des défis mondiaux en rapport à la nature dans l’art contemporain?

Donald Wasswa : Les questions environnementales ne sont plus des préoccupations lointaines. Ce sont des réalités immédiates et partagées. L’art ne peut pas certes offrir de solutions directes, mais il peut créer une prise de conscience, une réflexion et une connexion émotionnelle. Ainsi, mon travail examine la tension entre le progrès humain et notre relation avec la nature, et comment l’environnement nous renvoie à nos choix.


Asakan : Pouvez-vous nous expliquer par quel processus créatif vous avez réalisé chacune de vos toiles ?

Donald Wasswa : Mon processus créatif commence par l’observation et la collecte d’idées. Puis ensuite, je rassemble les matériaux que je pourrais utiliser en lien avec ce que je veux communiquer. Et comme je passe sans cesse d’une discipline à l’autre, cela dépendra, bien sûr, de ce que je veux dire et de la manière dont il m’est pratique de diffuser ce message. Ce qui fait que mon approche est un peu plus spontanée.

Ainsi, pour schématiser, quand j’ai une idée, je commence immédiatement à peindre sur la toile et à superposer différentes couleurs. Puis, petit à petit, je soustrais les couleurs qui ne m’intéressent pas, l’une après l’autre. C’est comme un processus de masquage où je commence à éliminer les couleurs ou les différentes formes que je ne veux pas jusqu’à ce que j’obtienne quelque chose de familier. Mais parfois, je ne sais quand la peinture sera terminée. C’est la toile qui me dit si c’est le bon moment pour m’arrêter, et là je m’arrête.


Asakan : Votre travail explore ainsi l’influence de l’homme, des sciences et des technologies sur nos sociétés actuelles. Notre humanité est-elle si en péril ? Si oui, pourquoi ?

Donald Wasswa : Tout à fait. L’humanité est confrontée à des enjeux cruciaux. La science et la technologie ont notamment transformé nos vies de manière remarquable, mais elles remettent également en question notre façon de créer, de nous connecter les uns aux autres, à la nature, et à nous-mêmes. Ainsi, le souci n’est pas la technologie elle-même, mais comment nous choisissons de l’aborder. Mon travail invite donc à réfléchir sur l’équilibre, comment avancer tout en restant connectés à l’empathie, à la vulnérabilité, et à la responsabilité collective.


Asakan : Quelles sont vos autres sources d’inspiration ? Les artistes qui vous influencent dans votre travail ?

Donald Wasswa : J’ai des inspirations de partout et de tout, mais pour être précis, je m’inspire de la nature, de l’architecture, des environnements urbains, de l’histoire et des objets ordinaires qui portent des traces de la présence humaine. Je suis attiré par les matériaux et les formes qui semblent familiers tout en étant symboliques.

Les artistes contemporains africains sont aussi particulièrement significatifs dans la formation de ma perspective. Je pense en particulier à ceux dont le travail combine abstraction et profondeur émotionnelle et conceptuelle.

J’ai également un attachement pour les artistes d’après-guerre des années 50 et 60, comme Mark Rothko, Jannis Kounellis, Johan Michel et bien d’autres.


Asakan : Que vous souhaitez-vous donc que le public retienne en venant à l’exposition « Matière à abstraction, Echo à l’histoire d’un lieu » de la Galerie PERSON Paris ?

Donald Wasswa : L’exposition crée un dialogue autour de l’abstraction matérielle et de la mémoire. Donc, à travers mon travail, j’espère que les spectateurs se sentiront invités à ralentir, à passer du temps avec les peintures et à apporter leur propre interprétation.


Donald Wasswa, « Still Life », 2025
Acrylique sur toile, 140 x 130 cm (signé et daté au dos)
Courtesy de l’Artiste et de la Galerie PERSON
Crédit Photo : Mona Awad

Asakan : L’art est-il si important dans nos vies ?

Donald Wasswa : Oui, l’art est absolument important. Il nous aide à ressentir, à questionner, à nous souvenir et à imaginer. Il crée des liens entre les cultures et les générations et nous rappellent à notre humanité commune.


Asakan : Aviez-vous des conseils à partager avec de jeunes artistes qui aimeraient se nourrir à votre expérience ?

Donald Wasswa : Mon seul conseil aux jeunes artistes serait de rester curieux, engagés, de développer leurs propres langages visuels et de faire confiance à leurs processus.

Ils ne devraient surtout pas se précipiter vers les tendances ou la reconnaissance. L’expérimentation est très importante et être ouverts à l’apprentissage sous toutes ses formes peut être fortement utile. Restés honnêtes dans leur travail aussi.


Asakan : Un dernier mot ?

Donald Wasswa : Je suis reconnaissant de faire partie de cette exposition et de partager mon travail avec d’autres artistes. Pour moi, l’art reste un dialogue vivant entre les artistes, la mémoire matérielle et le présent, ainsi qu’entre les gens à travers différents lieux et expériences.

Exposition « MATIÈRE À ABSTRACTION : Echo à l’histoire d’un lieu » avec les Artistes Donald Wasswa, Joseph Ntensibe, Mamadou Cissé, Tiffanie Delune, Paul Ndema et Ghizlane Sahli
Du 17 avril au 1er août 2026
GALERIE PERSON
22, rue du Bac – Paris 7e
Heures d’ouverture : Du mardi au samedi de 11h00 à 19h00 ou sur RDV.
 christopheperson.com

La Rédaction.

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