Du Canada au Maroc en passant par la France, Sfiya (née à Montréal en 1992) a toujours su être une créative passionnée et instinctive au point de quitter l’architecture pour laquelle elle est diplômée pour devenir peintre autodidacte. Une pratique, entre dessins et peintures, qui explore, depuis lors, les questions liées au processus migratoire, à l’hybridité identitaire, au déracinement, à l’héritage et à la mémoire dans une magnifique palette de bleus et d’orangés.
Alors qu’elle participait en mars dernier, à l’occasion de Drawing Now Paris 2026, à sa première foire d’art internationale avec la Galerie Chiger Art Contemporain, nous l’avions rencontrée autour de notre traditionnel Coup de Cœur.

Crédit Photo : Hamza Abouelouafaa
Asakan : Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?
Sfiya : Je m’appelle Sfiya, et je suis une artiste visuelle d’origine marocaine établie à Montréal. Après avoir grandi au Maroc, j’ai vécu à Bordeaux, où j’ai obtenu une maîtrise en architecture, avant d’immigrer au Québec en 2017. J’y ai d’abord travaillé en design d’intérieur, puis je me consacre pleinement à l’art visuel depuis maintenant six ans.
Sfiya est le surnom que mon grand-père a commencé à utiliser lorsque j’étais petite. Selon lui, Safae sonnait trop urbain. Peu à peu, Sfiya s’est imposé naturellement au sein de ma famille, puis auprès de mes ami·e·s, avant de m’accompagner jusque dans mon milieu professionnel. J’aime la façon dont ce surnom me relie à mon grand-père et porte en lui une part intime de mon histoire.
Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?
Sfiya : Ce sont de vastes questions. Je pense qu’on ne finira jamais d’y répondre… Et tant mieux, ça ouvre le champ des possibles.
Asakan : Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?
Sfiya : Je l’ai su assez tôt, mais je n’ai vraiment franchi le pas que vers mes 27 ans. Enfant, je passais mes journées à dessiner, je ne pensais qu’à ça. En parallèle, j’étais aussi très à l’aise en science. L’architecture s’est alors imposée comme un équilibre entre créativité et rigueur technique. Mon immigration du Maroc vers le Canada a marqué un tournant, un moment de remise en question de cette trajectoire. J’ai alors pris le temps de préparer ma transition de l’architecture vers les arts visuels, sur une période d’environ trois ans.

Dessin sur papier
Courtesy de l’Artiste

Dessin sur papier
Courtesy de l’Artiste
Asakan : En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?
Sfiya : Je pense que ma pratique est profondément narrative. Ma démarche interroge les enjeux identitaires de la diaspora nord-africaine en explorant la manière dont la mémoire se construit et se transmet dans un contexte migratoire. Mon travail puise dans les récits transmis oralement par ma famille et ma communauté.
À travers le conte, le dessin et la peinture, j’explore comment l’expérience migratoire pousse à s’approprier une mémoire par procuration, héritée et habitée à distance par des descendant·e·s qui cherchent à comprendre et à se relier à un passé identitaire qu’iels n’ont pas directement vécu.

Peinture à huile sur toile, 91.44 x 121.92 cm
Courtesy de l’Artiste

Peinture à huile sur toile, diamètre : 76.2 cm
Courtesy de l’Artiste

Peinture à huile sur toile, 152.4 x 152.3 pouces (diptyque)
Courtesy de l’Artiste

Peinture à huile sur toile, 121.92 x 121.92 pouces
Courtesy de l’Artiste

Peinture à huile sur toile, 91.4 x 61 cm
Courtesy de l’Artiste et de Chiger Art Contemporain

Acrylique et peinture à huile sur bois, 78.6 x 101.6 cm
Courtesy de l’Artiste et de Chiger Art Contemporain
Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?
Sfiya : Je suis nourrie par le travail de plusieurs artistes qui m’accompagnent à différents niveaux. Le travail de Marisol me touche profondément par sa matérialité et sa symbolique. Dans une approche plus contemporaine, j’aime beaucoup le travail de Meriem Bennani, notamment pour sa liberté formelle, son humour et sa manière d’aborder des questions liées à l’identité, à la diaspora et aux imaginaires hybrides. Le travail de Salman Toor m’inspire également, en particulier dans sa façon de représenter des scènes intimes, sensibles, où les corps et les regards portent une grande charge émotionnelle.
Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Sfiya : Il m’est difficile de répondre précisément à cette question, car le regard porté sur mon travail varie selon les sensibilités, les contextes de présentation et les expériences de chacun. Comme toute pratique artistique, mon travail peut susciter des lectures multiples, parfois très différentes, et je préfère laisser au public ainsi qu’au milieu artistique la liberté de formuler leurs propres interprétations.
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art?
Sfiya : Si l’on souhaite en faire une carrière, la patience est essentielle. Il faut apprendre à composer avec le risque et l’incertitude, et accepter que les choses prennent du temps. C’est un parcours qui se construit sur le long terme, souvent de manière non linéaire, avec des phases d’élan et des moments de doute.
Il est aussi important de continuer à nourrir sa démarche, de rester curieux, de faire évoluer sa pratique et, lorsque c’est possible, d’explorer de nouveaux médiums.
Pour plus d’informations sur le travail de Sfiya, vous pouvez aller sur son Site Web ou vous abonner à son Compte Instagram.
La Rédaction.



