Biennale de Venise 2026 : Koyo Kouoh, l’absente la plus présente

Hier, mercredi 6 mai, s’est tenue la conférence de presse précédant l’ouverture de la 61e édition de la Biennale d’Art de Venise, « In Minor Keys », devant un parterre de journalistes italiens et internationaux accrédités. Il y a presque un an et demi, qui aurait cru qu’elle se tiendrait sans sa commissaire, la Suisso-Camerounaise Koyo Kouoh ?

Koyo Kouoh
Crédit Photo : Andile Buka

Mais si elle ne peut être présente physiquement, avant sa brusque disparition Madame Koyo, comme on l’appelait affectueusement, avait déjà travaillé sur le développement du projet, définissant le texte théorique, sélectionnant les artistes et les œuvres, les auteurs du catalogue, arrêtant l’identité graphique ainsi que l’architecture des espaces d’exposition.

Unis dans l’amour et l’espérance de réaliser son meilleur rêve, les chercheuses et curatrices Rasha Salti, Marie Hélène Pereira et Gabe Beckhurst Feijoo, le critique d’art Siddhartha Mitter, assistés du chercheur Rory Tsapayi, tous membres de l’équipe curatoriale qu’elle avait elle-même constituée ont fait le reste. Bien sûr, Koyo Kouoh aura été spirituellement présente pendant ces derniers mois de préparation de La Biennale et le sera encore jusqu’au dernier jour. Car c’est sa biennale, son legs ultime à un monde confronté à une grande fragilité du présent.

Cette présence très forte explique bien aussi la résignation du jury, même si le Président de la Biennale, l’Italien Pietrangelo Buttafuoco, a répondu en retour, lors de cette conférence de presse, que : « Venise n’a jamais demandé au monde d’être pur pour entrer ».

Koyo Kouoh avait une vision éprise de paix et de dignité. Elle croyait fermement au pouvoir de l’art à susciter des changements positifs dans nos sociétés. Elle disait, en occurrence, dans un poème datant de 2022 : « Je suis fatigué. Le monde est fatigué. Même l’art est fatigué. Nous avons besoin d’autre chose. Il faut se reposer et se rétablir, retrouver la radicalité de la joie. Le temps est venu. ». Le jury et son équipe curatoriale n’ont donc fait qu’être à la mesure de ce temps et l’euphorie de La Biennale ne doit pas l’oblitérer.

C’est d’ailleurs pourquoi dans sa prise de parole, Marie Hélène Pereira a tenu à réciter devant une assistance attentive et enthousiaste, le fameux poème « Les morts ne sont pas morts » de Birago Diop dans Les contes d’Amadou Koumba que nous reprenons en intégralité ici en hommage à Madame Koyo :

« Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s’entend,

Entends la voix de l’eau.

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot:

C’est le souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis

Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire

Et dans l’ombre qui s’épaissit,

Les morts ne sont pas sous la terre

Ils sont dans l’arbre qui frémit,

Ils sont dans le bois qui gémit,

Ils sont dans l’eau qui coule,

Ils sont dans la case, ils sont dans la foule

Les morts ne sont pas morts.

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s’entend,

Entends la voix de l’eau.

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot:

C’est le souffle des ancêtres.

Le souffle des ancêtres morts

Qui ne sont pas partis,

Qui ne sont pas sous terre,

Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis,

Ils sont dans le sein de la femme,

Ils sont dans l’enfant qui vagit,

Et dans le tison qui s’enflamme.

Les morts ne sont pas sous la terre,

Ils sont dans le feu qui s’éteint,

Ils sont dans le rocher qui geint,

Ils sont dans les herbes qui pleurent,

Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,

Les morts ne sont pas morts.

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s’entend,

Entends la voix de l’eau.

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot:

C’est le souffle des ancêtres.

Il redit chaque jour le pacte,

Le grand pacte qui lie,

Qui lie à la loi notre sort;

Aux actes des souffles plus forts

Le sort de nos morts qui ne sont pas morts;

Le lourd pacte qui nous lie à la vie,

La lourde loi qui nous lie aux actes

Des souffles qui se meurent.

Dans le lit et sur les rives du fleuve,

Des souffles qui se meuvent

Dans le rocher qui geint et dans l’herbe qui pleure.

Des souffles qui demeurent

Dans l’ombre qui s’éclaire ou s’épaissit,

Dans l’arbe qui frémit, dans le bois qui gémit,

Et dans l’eau qui coule et dans l’eau qui dort,

Des souffles plus forts, qui ont prise

Le souffle des morts qui ne sont pas morts,

Des morts qui ne sont pas partis,

Des morts qui ne sont plus sous terre.

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres … »

Olaréwadjou Elvis LALEYE.

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