Anouchka Agbayissah : « Le diner Back to the Roots est le dernier programme de l’exposition « The Homecoming Journey » à Cotonou »

A l’occasion du diner qu’elle organise ce samedi 10 janvier 2026 pour boucler son exposition personnelle « The Homecoming Journey », Asakan va à la rencontre de la photographe franco-bénino-togolaise Anouchka Agbayissah. Née en 1994 et alumni du programme de mentorat Women Photograph, membre de Photographes Without Borders, Black Women Photographer et Diversify Photos Up Next, elle explore les possibilités infinies offertes par la mémoire par la mémoire et l’imagination pour relier des mondes, célébrer les héritages et construire des récits diversifiés.

Entretien.


Anouchka Agbayissah
Crédit Photo : Sharon Alexie

Asakan : Vous avez présenté en août dernier votre première exposition au Bénin. Intitulée « The Homecoming Journey », elle est un retour aux sources, une pérégrination entre le passé, le présent et l’avenir. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet ?

Anouchka Agbayissah : La genèse du projet, c’est ma propre histoire. Je suis née et j’ai grandi en France d’une mère béninoise et d’un père togolais. Même si je venais ici toutes les grandes vacances, ce que je savais du Togo et du Bénin ne tenait qu’à Lomé, Cotonou et ma famille proche. Souvent je rencontrais des gens qui me demandaient dès qu’ils entendaient mon nom de famille, d’où je venais ? Si je connaissais telle personne, telle histoire ou tel lieu ? Je me sentais un peu honteuse que des personnes connaissaient des histoires de ma famille, mes deux pays d’origine : le Bénin et le Togo et moi, rien.

A force de grandir, il avait aussi ce besoin de bien-être. D’être dans un environnement qui me correspond, un environnement qui me ressemble et me compose.

Quand en 2020, le Covid s’est répandu alors même que je venais d’être diplômée d’école de commerce et de droit, j’ai décidé, dès qu’il y a eu un peu d’éclairci, d’aller à la recherche de mes origines et aussi de me remettre à la photographie que je pratiquais déjà depuis l’âge de 5 ans. La suite, c’est la série « The Homecoming Journey » que j’ai présentée au Golden Tulip du 31 juillet au 31 août 2025.


Vues de l’exposition by @b65shot


Asakan : Quelles expériences avez-vous tirées de cette exposition ?

Anouchka Agbayissah : J’ai beaucoup apprécié l’accueil très bienveillant et chaleureux à Cotonou. Ce qui n’a pas été le cas à Paris où les gens y ont projeté un regard exotique (ils y voyaient par exemple des photos de tourisme et de voyage). Ce fut donc un ravissement indicible pour moi de montrer ce travail de retour aux sources par Cotonou, puis ce sera bientôt le tour de Lomé, d’Accra et de bien d’autres villes africaines et du reste du monde.

L’exposition à Cotonou m’a également permis d’organiser une conférence sur le thème : « Imaginer le monde avec les traditions d’autrefois. Comment le système vodoun peut informer sur les futurs souhaitables » avec Gratien Ahoumènou, éminent prêtre de Fâ et chercheur, ainsi que l’artiste plasticien et designer Kossi Assou. Cette première étape de l’exposition a pris fin avec une performance époustouflante de Djamile Mama Gao. 


Anouchka Agbayissah, « Les Racines de l’Arbre de Vie », Série « The Homecoming Journey »
Photographie
Courtesy de l’Artiste
Anouchka Agbayissah, « Transmission », Série « The Homecoming Journey »
Photographie
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Revenons à vous : parlez-nous d’une œuvre que vous aviez présenté à cette occasion et qui vous touche particulièrement parmi toutes les autres ? Et pourquoi?

Anouchka Agbayissah : « Liberté », une photo que j’ai prise à la cascade d’Akoua et qui représente justement ce que le retour aux sources insuffle : un sentiment de liberté, de libération, de joie intense d’avoir enfin trouvé ce qui vous manque.


Anouchka Agbayissah, « Liberté », Série « The Homecoming Journey »
Photographie
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Qu’est-ce qui, selon vous, rend cette série unique ?

Anouchka Agbayissah : Quand j’ai eu l’idée de faire cette série, je me suis rapprochée de mes grands-parents et j’ai demandé à avoir accès à leurs archives. L’un et l’autre faisaient beaucoup de photographie. Petit à petit, je me suis inspirée du travail de mes grands-parents. C’est donc le fait que je reprenne leur écriture visuelle pour écrire ma propre histoire qui rend cette série unique. Je voulais ce côté de transmission, d’héritage…. Un peu comme un adage populaire dit : « C’est au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle ».


Asakan : Quel est le rapport avec le diner Back to the Roots  que vous organisez ce 10 janvier à Ouidah ?

Anouchka Agbayissah : Le diner Back to the Roots est le dernier programme de l’exposition « The Homecoming Journey » à Cotonou. Il est proposé dans l’ordre d’un retour aux sources. Quand on voit le rythme auquel nos traditions culinaires et nos produits locaux commence à être de plus en plus délaissés dans la société moderne, on ne peut qu’avoir envie de ramener ces traditions et ces produits locaux sous les feux de la rampe, dans leurs cœurs et dans les palais.

Plus exactement, notre objectif est d’associer la gastronomie bénino-togolaise avec la gastronomie afro-descendante car c’est aussi grâce à leurs cuisine que les Afro-descendants n’ont pas perdu tout leur patrimoine lors de l’esclavage.



Asakan : Du coup, il aura quoi sur la table ?

Anouchka Agbayissah : Alors là (sourires)… Le menu est tenu secret et ne sera dévoilé qu’au lieu du diner. Tout ce que je peux vous souffler, c’est une expérience culinaire  inédite qui convoque savoirs ancestraux, produits locaux, voyage dans de lointains pays et recherches culinaires contemporaines. Aux fourneaux, Hilaria Gaba la cheffe togolaise qu’on ne présente plus.


Asakan : Pourquoi pas Cotonou, Porto-Novo, Abomey, mais Ouidah ?

Anouchka Agbayissah : Dès le départ du projet,Ouidah m’est venue à l’esprit parce que c’est le lieu d’où des millions de personnes ont été embarquées contre leur gré pour servir de main d’œuvres corvéables à merci dans les Amériques.C’est aussi le point de retour des premiers afro-descendants : les Agoudas, et le lieu de passage obligatoire pour toute personne qui souhaite se reconnecter avec ses racines béninoises, africaines. Il y a à Ouidah un profond enracinement de la spiritualité Vodoun. C’est d’ailleurs pourquoi le Gouvernement Béninois y organise les Vodun Days, chaque année depuis quelques éditions, afin de dédiaboliser le vodoun et de mieux connecter les peuples africains et afro-descendants à leur patrimoine culturel.

Enfin, Ouidah, c’est le lieu où a grandi ma grand-mère. C’est lors des cérémonies traditionnelles suite à son décès que j’ai pu me reconnecter avec ma culture Yoruba et aussi ma famille locale, la Collectivité Alapini.


Asakan : Quels publics ciblez-vous et qu’espérez-vous qu’ils et elles retiennent de ce diner?

Anouchka Agbayissah : Les publics sensibles à cette question du retour aux sources comme les afro-descendants, artistes, les curateurs, les galeristes, les collectionneurs, les chercheurs, les décideurs et les passionnés de culture et de la bonne table.

J’espère qu’ils comprennent que le retour aux sources est multiforme et pour mieux appréhender l’avenir qu’on a besoin de se connaitre, de s’accepter, d’être fier de son patrimoine et de le préserver pour les générations futures.


Asakan : Un dernier mot ?

Anouchka Agbayissah : Ce sera lors du diner.

Diner Back to the Roots –  Exposition « The Homecoming Journey »
Ce 10 janvier 2026 à partir de 18h30
Lieu révélé exceptionnellement aux participants
Ticket d’entrée : 50 000 Francs CFA à réserver en cliquant sur ce lien.
Plus d’infos : PORTFOLIO DE L’ARTISTE

La Rédaction.

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