Acteur incontournable de la scène artistique sénégalaise et africaine, consultant critique d’art, commissaire d’exposition et avant tout juriste de formation, Sylvain Sankalé, né en 1960 à Dakar, est aussi l’un des rares africains francophones à la tête d’une importante collection d’art qui va du classique au contemporain.
Entretien avec un maitre qui rend tout le monde d’accord tant par sa démarche de collectionneur, l’étendue de ses connaissances que par son humilité et son sens du partage.

Asakan : Quelle est votre relation à l’art ? Comment êtes-vous devenu collectionneur ?
Sylvain Sankalé : Je pense que je suis né collectionneur !
Je suis né dans un milieu cultivé, mes parents s’intéressaient déjà aux arts visuels et comptaient quelques artistes parmi leurs amis très proches (je pense à Iba Ndiaye, notamment).
J’ai très tôt accumulé toutes sortes de choses (timbres, cailloux, coquillages etc.) avant de me canaliser dans l’art africain classique et contemporain.
Asakan : Quel est votre prisme ? Quels artistes collectionnez-vous ? Quelles sont vos relations avec ces artistes ?
Sylvain Sankalé : Je me suis concentré faute de place et de moyens, sur l’art classique d’Afrique de l’Ouest et sur les artistes visuels sénégalais pour l’art contemporain, même si j’ai des œuvres d’artistes d’autres univers.
Mon premier prisme est que cela doit me plaire. Je n’achète pas une signature, j’achète une œuvre avec laquelle je vais vivre au quotidien.
Je distingue bien les artistes et leurs œuvres, certains artistes me sont très sympathiques, mais je n’ai pas encore trouvé l’œuvre qui me « parle » et j’attends cette rencontre patiemment.
Pour d’autre, l’homme (ou la femme) ne m’intéresse pas beaucoup, mais son travail oui !
Heureusement, il y a souvent rencontre des deux et j’ai, ou j’ai eu, de vraies amitiés avec des artistes dont j’ai beaucoup aimé la personnalité et le travail.

Asakan : Pensez-vous qu’on puisse prévoir avec exactitude les artistes qui marqueront l’histoire de notre époque ?
Sylvain Sankalé : L’art n’est pas une science exacte et dépend beaucoup de phénomènes de mode, spontanés ou orchestrés.
Asakan : Aujourd’hui, votre collection s’élève à combien de pièces ? Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
Sylvain Sankalé : J’en ai plusieurs centaines, je ne les compte pas. Dans le désordre, Iba NDIAYE, Ousmane SOW, Soly CISSE, Ndary LO, Omar BA, DOUTS, Serigne Ibrahima DIEYE, Malick WELLI, Antoine TEMPE, Alun BE, Fabrice MONTEIRO, Arébénor BASSENE, Babacar DIOUF, Khadidiatou SOW, Cheikhou BA, Viyé DIBA, Souleymane KEITA, Badou DIACK mais aussi ABOUDIA, Jems KOKO BI ou Oumar BALL, et bien d’autres. Je ne veux pas oublier les designers ou céramistes, Aïssa DIONE, Balla NIANG, Ousmane MBAYE, Balla SIDIBE, Issa DIABATE, Mauro PETRONI etc.





Asakan : Décrivez-nous svp un objet de votre collection qui vous tient particulièrement à cœur ? Avec lequel vous entretenez une relation particulière ?
Sylvain Sankalé : Je les ai tous choisis, ma relation est particulière avec chacun et je change souvent de siège dans mon espace de vie pour pouvoir les apprécier sous d’autres angles.
Je suis particulièrement attaché, cependant, à un « vent de sable » du peintre Iba NDIAYE. Les deux couleurs dominantes s’opposent entre le bleu vif du ciel et le rouge/ocre du sable dans un mouvement très vigoureux. L’artiste l’aimait également tout particulièrement et il a fait l’objet de plusieurs expositions et publications.

Asakan : Par quels biais avez-vous acheté ces œuvres de votre collection ?
Sylvain Sankalé : Le plus souvent aux artistes eux-mêmes. Mais le rôle des galeristes et marchands d’art est irremplaçable !
Asakan : Votre regard sur le marché de l’art dans votre pays ? En Afrique ? Et dans le monde ?
Sylvain Sankalé : Le marché de l’art est très complexe au Sénégal, parce qu’il n’y a pas tant d’acheteurs que ça, même si cela est en constante augmentation.
Je pense qu’il est plus riche et vivant dans des pays où les circulations monétaires sont plus importantes, mais il doit progresser.
Ce sont les acheteurs africains qui feront monter la valeur des artistes africains, nous ne devons pas attendre « les autres » même si leur contribution est importante et appréciée.
Le marché de l’art dans le monde est extrêmement spéculatif et a trop souvent recours à des mécanismes qui n’ont rien à voir avec le talent des artistes, hélas.
Asakan : Au-delà, quel est pour vous le rôle du collectionneur d’art aujourd’hui ? Faites-vous une différence entre le collectionneur et l’amateur d’art ?
Sylvain Sankalé : J’ai tendance à me ranger plutôt parmi les amateurs d’art.
Je ne fais pas des achats systématiques, je n’acquiers pas des séries et je vis chez moi avec mes oeuvres d’art dans une synthèse incluant les matières, les couleurs et les formes.
Le rôle des uns et des autres est fondamental, ils aident les artistes à vivre et ils mettent en valeur leur travail au Sénégal et à travers le monde, et c’est très important.
Asakan : Quel(s) conseil(s) donneriez-vous pour débuter une collection d’œuvres d’art ?
Sylvain Sankalé : Celui que m’avait donné mon père, qui n’était pourtant pas un collectionneur : Il vaut mieux avoir une toute petite œuvre originale d’un tout petit artiste qu’une grande copie d’une œuvre d’un grand artiste !
C’est comme cela que l’on commence …
La Rédaction.