Biennale de Venise 2024 : Nous sommes toutes et tous des étrangers partout

L’étranger est souvent perçu comme un humain pas tout à fait comme soi car différent parce qu’il ne vient pas de notre culture, de notre pays, de notre communauté, de notre continent, de notre religion, de notre corps de métier ou simplement parce qu’il ne partage pas les mêmes habitudes culinaires. Aujourd’hui, l’étranger a pris le visage du migrant.

Biennale de Venise 2024 Crédit Photo : DR.

Selon l’organisation des Nations Unies, un migrant « peut être compris comme toute personne qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né et qui a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays. ». Pour le commun des mortels, peu importe d’être né dans le pays où on vit, l’origine étrangère est seule coupable.

La 60e Biennale d’Art de Venise qui s’est ouverte le 20 avril 2024 au grand public,  sous le titre : Stranieri Ovunque, Foreigners Everywhere, nous rappelle justement que nous sommes tous des migrants, des étrangers.

Quel que soit l’endroit où l’on se trouve, il ne se passe pas, en effet, un jour où notre existence humaine n’est remise en question. L’homme, cet être tout puissant dans l’ordre du monde, est aussi le plus fragile. Un rien l’ébranle et le tue en une fraction de secondes. Et alors, le monde qu’il croyait posséder, se dérobe sous ses pieds et il se retrouve poussière, néant dans le néant.

Pour de nombreuses personnes pourtant, consciemment ou de manière inconsciente, aidées en cela par des discours et actes de certains de leurs hommes politiques, ce n’est pas elles mais l’étranger qui est la source de tous leurs maux. C’est lui qui vient les concurrencer sur le marché de l’emploi et des opportunités avec une main d’œuvre pas chère ou des compétences rigoureuses, qui prend leurs femmes, acquiert leurs terres, vit en communauté, éprouve leurs mécanismes sociaux, … Alors que c’est un dur métier que l’exil, le manque de ses proches et du pays à cause des guerres et des crises de diverses natures liées à l’identité, la nationalité, la race, le genre, la sexualité, et la liberté.

Dans le milieu de l’art, l’étranger est celui qui vient des Suds, des géographies oubliées dans le monde ou qui est simplement en marge du diktat actuel que tentent d’imposer les gardiens du temple. Selon les propos même du commissaire de cette Biennale d’art de Venise 2024, le Brésilien Adriano Pedrosa, « c’est l’artiste queer, qui évolue entre différentes sexualités et genres, souvent persécutés ou l’artiste outsider, qui se trouve en marge du monde de l’art, l’artiste autodidacte, l’artiste folklorique, l’artiste populaire ; et l’artiste indigène, souvent traité comme un étranger dans son propre pays. »

Non pas, cependant, qu’il faut y voir le monde de l’art comme xénophobe. Mais ce serait une chose si les arts et cultures peuvent davantage travailler à ce que l’étranger soit bien accueilli qui qu’il ou elle soit et d’où qu’il ou elle vienne et que ses droits soient les mêmes que celui d’un citoyen lambda. Il en va de l’avenir de notre monde.

Car, étranger, nous pouvons tous l’être, à tout moment et partout.

Olaréwadjou Elvis LALEYE.

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