Très discrète directrice financière régionale « Afrique de l’Ouest » d’un grand groupe bancaire international, la Malienne Kadija SANGHO KEITA est une collectionneuse passionnée d’art africain contemporain. Dans cette interview, elle répond à notre questionnaire en neuf points qui vise à faire découvrir les collectionneurs et collectionneuses d’art africain contemporain.
Entretien.

Asakan : Quelle est votre relation à l’art ? Comment êtes-vous devenu collectionneur ?
Kadija SANGHO KEITA : J’ai toujours été fascinée par la liberté des formes, des couleurs et l’audace de certaines formes de créativité depuis ma tendre enfance. Cet intérêt a migré progressivement vers une passion pour l’art au contact régulier des musées et des expositions pendant de longues années.
J’ai démarré ma jeune collection en 2016 mais de mémoire, ma première œuvre majeure a été achetée en 2018, lors de la première édition de la Douala Art Fair où je suis tombée littéralement amoureuse d’une œuvre de l’artiste camerounais Marc Padeu.
Asakan : Quel est votre prisme ? Quels artistes collectionnez-vous ? Quelles sont vos relations avec ces artistes ?
Kadija SANGHO KEITA : Ma démarche est orientée Art Contemporain du Continent Africain. Au-delà de cette spécificité géographique, je suis très sensible au courant de living artiste en partant du principe que les artistes doivent vivre et profiter du fruit de leur Art de leur vivant.
Mon premier point d’attrait avec l’œuvre passe par le message que j’arrive à lire du travail avant même l’interprétation que peut me donner l’artiste par la suite. J’éprouve beaucoup de plaisir sur cet exercice.
Je collectionne essentiellement de la peinture, et à une moindre mesure quelques photographies et sculptures des artistes comme Amadou SANOGO, Diakaridia TRAORE, Moussa TRAORE, Seydou TRAORE… du Mali ; Marc PADEU, Hako HANKSON, Koko KEMEGNE du Cameroun, et Harouna OUEDRAOGO du Burkina/France.
Le feeling et la qualité de mes échanges avec les artistes impactent clairement ma démarche, en complément des formes et couleurs des œuvres. J’ai tissé au fil des années, des relations amicales avec certains de ces artistes.
Asakan : Pensez-vous qu’on puisse prévoir avec exactitude les artistes qui marqueront l’histoire de notre époque ?
Kadija SANGHO KEITA : Plusieurs études et ouvrages permettent de suivre les classements et les évolutions des artistes du continent. Je pense à titre d’exemple à « Lumières Africaines » de MAGNIN et QOTBI et d’autres références de classement. Ils permettent d’accompagner les jeunes collectionneurs comme nous dans une meilleure connaissance des sommités de notre époque (Abdoulaye KONATE, Malick SIDIBE…).
En revanche, je ne pense pas que nous puissions prévoir avec exactitude les artistes qui marqueront l’histoire. Le secteur de l’art est très évolutif, et l’art du continent Africain très prisé.
Asakan : Aujourd’hui, votre collection s’élève à combien de pièces ? Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
Kadija SANGHO KEITA : Je suis une jeune amatrice, collectionneuse d’Art. Ma collection se situe entre 40 et 50 œuvres.




Quelques oeuvres signées Hako Hankson, Harouna Ouedraogo et Amadou Sanogo
appartenant à la Collection de Kadija SANGHO KEITA
Asakan : Décrivez-nous svp un objet de votre collection qui vous tient particulièrement à cœur ? Avec lequel vous entretenez une relation particulière ?
Kadija SANGHO KEITA : J’ai une relation particulière avec ma première œuvre de Marc Padeu. Cette œuvre intitulée : « Le servant et les papillons lumineux » retrace la culture Bamiléké de l’Ouest du Cameroun.

J’ai vécu au Cameroun de 2016 à 2019. J’ai un attachement profond pour le pays et sa culture. Aussi, cette œuvre de Marc m’accompagne dans tous les pays où je vis et me permet de garder un contact émotionnel avec le « Continent ».
Asakan : Par quels biais avez-vous acheté ces œuvres de votre collection ?
Kadija SANGHO KEITA : J’achète en foire, en galerie, chez l’artiste ou en ligne. Nous sommes continuellement en mouvement aujourd’hui, donc les différents canaux permettent d’avoir de l’agilité dans les acquisitions.
Asakan : Votre regard sur le marché de l’art dans votre pays ? En Afrique ? Et dans le monde ?
Kadija SANGHO KEITA : Le marché de l’Art sur le continent évolue positivement grâce à une légitimité plus forte et une montée en puissance de certaines foires qui donnent de la visibilité aux artistes. Je pense notamment à la Biennale de Dakar, la Biennale de photographie de Bamako, à la foire 1-54 à Marrakech, à Art X Lagos ou encore à la Jo’Burg Art Fair.
Dans mon pays, le Mali, nous avons un nid d’artistes exceptionnels, de jeunes artistes sortant de l’INA (Institut National des Arts) mais aussi des sommités plus connus et installés à l’international. Néanmoins, le marché reste encore très fragmenté, avec une faiblesse de la couche de collectionneurs locaux. Nous continuons à travailler sur ce volet notamment avec Bamako Art Galerie afin de mobiliser nos énergies internes et externes à la hauteur de nos artistes qui font la fierté de notre pays.
Asakan : Au-delà, quel est pour vous le rôle du collectionneur d’art aujourd’hui ? Faites-vous une différence entre le collectionneur et l’amateur d’art ?
Kadija SANGHO KEITA : A vrai dire, je me considère comme amatrice d’art, le continent a des collectionneurs très importants et je suis encore très éloignée de compter parmi eux.
Néanmoins, j’essaie d’assumer le mot « collectionneur » pour attirer la classe moyenne africaine vers l’art du continent qui reste accessible et que nous devrions valoriser chacun à notre niveau.
Asakan : Quel conseil donneriez-vous pour débuter une collection d’œuvres d’art ?
Kadija SANGHO KEITA : Le premier pas vers la collection est d’améliorer sa connaissance du secteur, en lisant la presse spécialisée, en participant aux foires, aux vernissages et aux visites de musées, galeries et espaces d’art.
Pour l’achat de la première œuvre, le déclic vient souvent du coup de cœur. Ensuite, au fil des années, on peut structurer sa collection sur des thématiques ou des préférences. Pour finir, il ne faut pas hésiter à prendre conseil auprès des professionnels (galeristes, critiques d’art, commissaires d’exposition, plateformes comme Asakan, Art Kelen, Artsy, …), des artistes ou des collectionneurs plus avisés.
La Rédaction.