Les artistes face au COVID 19 : la résilience par la création

Le Covid-19, apparu en Chine en décembre 2019 a paralysé le monde entier. Le virus s’est répandu comme une trainée de poudre dans tous les continents créant ainsi une psychose et une crise inédites. Il est en train de changer le monde et nous montre à quel point, nous autres humains, nous sommes vulnérables et mortels. Les conséquences sanitaires, sociales, économiques, financières et culturelles sont nombreuses.

Docta et Sangue, œuvre du collectif Doxandem Squad dans le quartier HLM, à Dakar. © Doxandem Squad

La crise due au Covid 19 en Afrique

Depuis un an maintenant la plupart des musées, des galeries, de centres culturels en Afrique ont fermé leurs portes aux visiteurs, des biennales et festivals d’art sont annulés. Le monde de l’art est très secoué par la pandémie et plusieurs chamboulements ont eu lieu dans le calendrier des évènements artistiques. L’art est partout en Afrique sous la coupe de cette maladie avec les mesures de restriction et de rassemblements presque dans le tout le continent.

Beaucoup de pays ont eu recours à l’état d’urgence ou le couvre-feu pour réduire temporairement les libertés individuelles : le Sénégal, le Kenya, la Guinée, le Togo, le Niger, l’Ethiopie, la Côte d’Ivoire à Abidjan et à Bouaké, la Mauritanie, l’Egypte, le Gabon, le Rwanda, la Guinée, la République démocratique du Congo, le Maroc, etc. D’autres pays comme l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Rwanda, l’île Maurice, le Ghana, la République du Congo-Brazzaville, Madagascar, Nigeria à Abuja et à Lagos ont opté pour le confinement. Le Burkina Faso place huit (8) de ses villes en quarantaine. Un coup dur pour l’ensemble du secteur de l’art. Les artistes tentent difficilement de préserver leurs activités en rivalisant d’imagination. Ils n’ont presque plus de revenus, mais l’inspiration ne tarie pas. Leur engagement contre le coronavirus s’est montré partout dans le continent.

Dakar, un hub artistique majeur pendant la crise

Au Sénégal, les initiatives sont nombreuses. Kalidou Kassé, avec son œuvre « Réconciliation » créée pour la circonstance, appelle à la solidarité humaine, à une prise de conscience collective pour lutter contre le virus. Il a organisé avec d’autres artistes, Seyni Gadiaga, Tita Mbaye, Ousmane Ndiaye Dago, Ismaëla Weber, Mor Faye Murf, Mamadou Ndiaye Thia et Idrissa Mbengue, une vente aux enchères de leurs œuvres et les recettes ont été versées au ministère de la Santé et de l’Action sociale pour participer dans la lutte contre le coronavirus.

L’initiative Art againt COVID organisé par le critique d’art et commissaire d’exposition Pr Babacar Mbaye DIOP avec son ami l’architecte et plasticien Malick Mbow a regroupé quinze (15) plasticiens sénégalais pour une vente aux enchères de leurs tableaux d’art dont 50% des ventes ont été offerts en dons, en nature et/ou en matériels antiseptiques pour la lutte contre la pandémie du Coronavirus, à des associations évoluant dans les actions d’entraides aux enfants de la revue, les écoles coraniques ou et les enfants abandonnés : l’Empire des Enfants, l’Association des Maîtres Coraniques de Mbao et à l’école primaire El Hadji Mamadou Diagne de Ouakam près de Dakar.

Plusieurs collectifs de graffeurs (Undu Graffiti, Radikl Bomb Shot (RBS Crew) et Doxandem Squad) réalisent des fresques préventives sur les murs de Dakar et dans la banlieue pour limiter la propagation de la maladie et transmettre un sentiment d’urgence pour un réveil des Sénégalais au respect des mesures barrières tout en rendant hommage aux personnels soignants.

Ils ont tous ainsi rendu compte, à leur manière, du contexte sanitaire de la pandémie en mettant en exergue d’une part les barrières sociales pour la lutte contre la pandémie (interdiction des rassemblements, distanciation d’un mètre, se laver les mains avec du savon ou du gel antiseptique, etc.) et d’autre part l’insouciance de beaucoup de Sénégalais qui enfreignent les règles sanitaires. Car, et comme le dit très justement le Dr Stéphane Groulx de l’Université de Sherbrooke : « La moitié des maladies sont évitables ! Si on faisait simplement attention à nos habitudes de vie, on éviterait la moitié de toutes les maladies dont on souffre ». La survie de l’humanité dépend de notre capacité de prévention et ces graffitis peints un peu partout dans Dakar nous rappellent l’importance de valeurs de solidarité et de résilience face à une catastrophe sanitaire.

Mais avec le report de la Biennale de Dakar suite à la pandémie du COVID 19, la neuvième édition du Partcours, un grand festival d’art qui a lieu chaque année au mois de décembre et dont le but principal est d’enrichir les centres d’art, galeries, musées de Dakar de nouvelles expositions, qui a eu lieu du 27 novembre au 13 décembre 2020, a été sans doute l’événement artistique majeur de l’année avec des expositions organisées dans plus d’une vingtaine d’espaces d’art professionnels : « cette synergie des faiseurs d’art contemporain met en partage un itinéraire artistique à travers des espaces d’art majeurs, parfois insoupçonnés, dont les programmations débordent souvent dans les rues. Ils y présentent leur démarche de galeriste, de commissaire, d’artiste, offrent leur regard sur l’actualité de l’art et du débat artistique. A chaque visiteur d’en construire sa propre narration, qui finalement raconte aussi la ville à cette période précise de l’année ».

Tout le continent ne fut pas également du reste !

Les restrictions liées à la pandémie ont porté un coup dur chez tous les artistes et professionnels africains. Pour continuer à exposer leurs artistes, plusieurs d’entre eux ont basculé vers internet avec des expositions virtuelles.

En Afrique du Sud, la galeriste Afronova avec un abonnement en ligne chez Artsy s’est mise dans la vente en ligne avec la photographe Alice Mann en 2020.

Les nigérianes Caline Chagoury, directrice d’Art Twenty One à Lagos, qui a fermé ses portes de mars à décembre 2020, et sa compatriote Oyinkansola Dada, directrice de la galerie Polartics, basée à Lagos, Oyinkansola Dada, ont misé sur des expositions virtuelles qui leur ont permis de s’en sortir.

À Abidjan, la galeriste Cécile Fakhoury, affirme : « Nous avons remédié à cette absence d’événements avec le développement de notre site, une programmation de viewing room, des foires en ligne ».

La directrice de la Circle Art Gallery, à Nairobi Danda Jaroljmek, malgré la pandémie affirme que « 2020 fut meilleure que les huit années précédentes ! ». Avec un abonnement à la plateforme de ventes en ligne Artsy, elle a organisé pas moins de trois expositions virtuelles.

Raku Sile, la directrice de la galerie Addis Fine Art, en Ethiopie, ne dit pas autre chose quand elle affirme : « C’est la présence en ligne qui nous a sauvés ».

Tizta Berhanu, Affinity, 2019. Huile sur toile, 120 x 120 cm Courtoise Addis Fine Gallery.

Avec la pandémie, la création artistique est devenue une valeur de refuge. L’urgence sanitaire n’a pas empêché les artistes africains de créer. Déstabilisés par la pandémie, ils jouent à la résistance. Ils se saisissent de leur créativité et de leur imagination pour décrire cette situation exceptionnelle. Ils ont vécu une retraite créative intense et ont décrit avec leurs pinceaux les dures réalités de cette pandémie du COVID 19. Ils sont tous convaincus que nous vivrons la fin d’un monde et le début d’un autre monde qu’il nous faudra repenser pour sauver notre humanité si fragile. Ils ont su rebondir des épreuves.

Article publié pour la première fois en avril 2021.

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