Au calme, depuis le 12 février et jusqu’au 28 mars 2021, la Galerie Arte expose en solo show des portraits colorés de différentes nuances de bleu à l’huile sur toile de lin de l’artiste Franco-Sénégalais Vincent Isambourg. Comment parler de la femme en toute magnificence et grandeur comme il sied à sa divine et éternelle beauté sans rentrer dans les clichés véhiculés lors du mois de la Femme ? C’est la gageure entreprise et réussie par la Galerie Arte de Dakar au travers de l’exposition « Les Matins Bleus ».

Humaine égalité
Joëlle Le Bussy, la commissaire de l’exposition « Les Matins Bleus » et directrice de la Galerie Arte, pour évoquer le travail de Vincent Isambourg, dit : « Ses visages semblent narrer des histoires de rencontres éphémères et sont teintés des paradoxes propres aux relations et aux regards posés sur l’être humain. », justement parce qu’au Sénégal, « on prend le temps d’écouter l’autre, tout le monde dit bonjour, c’est le fameux « salâm aleykoum » qui peut durer des heures ! Tout y passe, les enfants, les parents, la santé… On porte ici un regard sur l’autre, il n’y a pas d’individualisme, personne ne se retrouve seul. S’il y a un problème, on en parle », précisera l’artiste. On retrouve ainsi la question essentielle de l’égalité des sexes, dans le personnage et la démarche artistique de Vincent Isambourg.
Né à Lille dans le Nord de la France un jour de l’an 1964, il suit des études supérieures en arts plastiques. C’est une décision prise conjointement avec sa femme qui le mènera à s’installer en 2004 dans son pays d’affection, le Sénégal où il renoue avec la pratique artistique après avoir travaillé près de 20 ans dans une auto-école à Wambrechies dans sa région natale. Entre sa culture française laquelle donne beaucoup de prééminence à la femme et sa culture sénégalaise, il choisit désormais le juste milieu en prenant l’être humain comme il est sans a priori sur le genre : l’égalité.
Qu’elles soient serveuses, revendeuses, commerçantes, militaires, fonctionnaires, entrepreneures, députées, ministres, ou anonymes, l’égalité est célébrée en 26 portraits altiers de femmes à la Galerie Arte. En effet, c’est au milieu de meubles en bois sec qui, à l’instar du conservatisme, semblent figés dans le temps, que ces femmes dansent dans un hommage presque rituel au monde, pas un monde qui les a longtemps ployés sous le joug féodal, le monde contemporain qui se joue dans tous les aspects de la vie, non seulement pour des raisons d’équité et de respect des droits humains mais aussi parce que c’est une condition nécessaire à la vie comme le rappelle si bien la docteure nigérienne Djamila Ferdjani « les droits de la femme englobent la scolarisation pour chaque fille, la santé, le droit de choisir son mari, le refus de se marier avant 18 ans, le droit de travailler, le droit de participer aux décisions nationales, le droit à la dignité. Cette lutte ne signifie pas délinquance. »
Sans complaisance
Dans ces 26 peintures à huile de lin qui peignent la beauté, l’élégance, l’intelligence, la vivacité, la qualité d’être très aimant de la femme, sa féminité mais aussi les sentiments d’amour, de mal être, de joie et d’espérances de la vie, Vincent Isambourg introduit ainsi une réflexion sur l’importance naturelle de la femme dans la société humaine.
À essayer de comprendre l’histoire de l’humanité on pourrait croire, parfois, que les femmes sont apparues au 20ième siècle. Toutes les grandes réalisations de l’humanité semblent avoir été l’œuvre d’un homme quand ce n’est pas l’œuvre d’un Blanc d’où « le Noir ne serait pas assez rentré dans l’histoire » cher à l’autre. Pourtant, anonymes comme connues, de tout temps, les femmes ont joué leur rôle dans l’histoire de l’humanité en dépit du fait d’être continuellement rabaissées ou rangées dans les coins de pages de l’histoire.
Aussi, partout dans l’exposition une esthétique de la valeur sacrée de la femme, poétisée, chantée, sublimée. Une sacralité enchanteresse qui se passe du genre pour faire triompher l’essentiel existentiel, l’âme. Une sacralité qui nous rappelle, en ces moments sombres au Sénégal, en Afrique et dans le monde, que les femmes ont toujours été les premières victimes en tant que de conflits et plus que jamais, la femme doit être respectée.

Les couleurs vives des œuvres exposées : le bleu largement majoritaire en signe de paix mais aussi et surtout de grâce, le violet de la royauté, le jaune de la chance même en pleine vague, le rouge du courage en dépit de tout, le blanc de la pureté telle à la naissance de l’être et le noir du yang des jours salés, ainsi que leurs titres et énergies très poétiques ne sont pas du reste et confèrent au tout une unité et une cohérence fortes. Comme quoi, la lutte pour l’égalité homme et femme n’est jamais finie tant qu’il existera des hommes ou situations de type machiste.
L’exposition « Les Matins Bleus » de l’artiste Franco-Sénégalais Vincent Isambourg à voir à La Galerie Arte, Mermoz Pol aux heures d’ouverture jusqu’au 28 mars 2021.
Plus d’informations, artedakar.com.
Cet article a été publié pour la première fois en mars 2021.