Drawing Now 2026 / Ernest Dükü : « … il est intéressant de donner à voir et de s’interroger sur le sens caché du vivant pour permettre de comprendre l’idée que tout est relié »

A partir de ce 26 mars, la Galerie CHRISTOPHE PERSON présente au grand public, à la 19e édition du salon Drawing Now Paris, une sélection de trois artistes parmi lesquels le plasticien ivoirien, Ernest Dükü. Son travail au style très particulier nous transporte dans un monde où des éléments symboliques Akan riment avec la physique quantique et des inspirations du monde entier.

Asakan l’a rencontré pour l’occasion.


Portrait d’Ernest Dükü
Crédit Photo : Droits Réservés

Asakan : Vous présentez pour la première fois votre travail au Drawing Now aux côtés de la brillante Tiffanie Delune et d’Amadou Seck, l’un des artistes de la première génération de l’Ecole de Dakar. Pouvez-nous parler des œuvres que vous y exposerez?

Ernest Dükü : L’ensemble des œuvres qui seront présentées dans le cadre du salon Drawing Now est fait d’éléments dans lesquels l’on pourra découvrir une partie de mes réflexions relatives à la question de ce que je nomme les « équations Boson ». C’est un parallèle que j’établis entre les Bosons de la réalité spirituelle de l’univers Akan, qui traduisent l’idée des génies tutélaires, en un mot ce qu’on pourrait qualifier de « monde des esprits » et l’univers de l’invisible des bosons de Higgs, ces particules élémentaires liées au champ invisible qui imprègne toute matière.


Asakan : Il s’agit donc de votre travail sur la connexion entre mémoire ancestrale, cosmogonie africaine et physique quantique ?

Ernest Dükü : En effet, il y a dans ce travail une quête du sens à donner à l’infiniment petit. Questionner les mémoires ancestrales au travers des différents référentiels de la cosmogonie africaine, vis-à-vis des autres lieux de mémoire du monde. Je m’appuie sur ces divers symbolismes pour jalonner l’histoire de notre humanité en devenir. Ainsi, les questionnements sur ces connexions ancestrales et la physique quantique sont au cœur de mon travail actuel.


Asakan : Dans ce cas, peut-on dire de vos dessins, comme dans les recherches en physique quantique pour décrire le comportement de la matière et de la lumière à l’échelle atomique et subatomique et pour reprendre Paul Klee, qu’ils rendent visible l’invisible ?

Ernest Dükü : Rendre visible l’invisible… il est intéressant de donner à voir et de s’interroger sur le sens caché du vivant pour permettre de comprendre l’idée que tout est relié. Cette complexité du vivant nous rappelle qu’« absolument tout est relié ».


Ernest Dükü, « Kurumaawale @ What a wonderful world », 2014
Dessin à encre, stylo et gouache sur papier froissé, 44 x 65 cm (Encadrement : 55.2 cm x 70.5 cm)
Courtesy de l’Artiste et de la Galerie CHRISTOPHE PERSON

Asakan : Ces œuvres sont donc loin de s’adresser aux seuls visiteurs de ce salon du dessin contemporain ?

Ernest Dükü : Effectivement.


Asakan : Comment travaillez-vous ?

Ernest Dükü : Je travaille avec un ensemble d’artefacts constitués de nos histoires humaines à travers le monde et en particulier africaines, pour produire une œuvre qui questionne chacun de nous suivant nos trajectoires de vie. Les symboles divers qui forment la bibliothèque de l’humanité m’aident à construire ce langage pictural.


Asakan : Décrivez-nous une œuvre au choix de votre iconographie qui permette justement de mieux comprendre ce langage ?

Ernest Dükü : Dollattitude est un mot-valise, comme beaucoup de titres de mon travail. Doll, qui veut dire « poupée », est une référence à l’enfance, l’innocence, et au regard neuf d’un enfant avide de connaissances. Cette innocence porte toutes les traces du champ des particules des bosons ainsi que divers aspects du Boson-esprit.

C’est ce regard de l’enfance, curieux su monde, que je cherche à transmettre dans cette œuvre…


Ernest Dükü, « 969-2022_Dollattitude @ Juste un porteur de Boson », 2022
Dessin à encre et acrylique sur papier canson noir, 28.10 x 21 cm
Courtesy de l’Artiste et de la Galerie CHRISTOPHE PERSON
Crédit Photo : Ernest Dükü.

Asakan : Vous êtes Akan, né en 1958 à Bouaké et êtes diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts d’Abidjan. Vos souvenirs liés à votre pays natal et à l’animisme hantent-ils toujours votre univers créatif ?

Ernest Dükü : Les Akan portent la parole, donc le savoir… la connaissance, alors je ne parlerai pas de hantise pour souligner le lieu de mémoire ancestrale. Je porte en moi une réalité de l’élan spirituel autour des questions liées à « l’animisme » pour questionner les autres mediums du spirituel qui fondent les humanités dans les horizons de la diversité du monde.


Asakan : Donc il y a bien la France où entre autres vous vivez et travaillez actuellement après avoir été titulaire d’un DEA en Sciences et Esthétique de l’Art de l’Université de Paris 1 et d’autres endroits du monde qui vous inspirent aussi?

Ernest Dükü : Oui. Dans ma démarche, il y a un désir de confrontation de regards. Un désir de questionner les différents lieux de mémoire permettant de comprendre notre humanité dans sa complexité.


Asakan : Vous êtes par ailleurs sculpteur. Comment la sculpture enrichit-elle votre processus créatif sur papier ?

Ernest Dükü : Je tente, par une approche du dessin sur papier froissé ou sur des papiers noirs, d’obtenir un résultat plastique où le volume apparaît sans effet de construction. Des formes s’entrecroisent et s’entremêlent pour traduire cette quête de la perception de l’infiniment petit.


Asakan : L’art est-il si important dans nos vies ?

Ernest Dükü : L’Art relève et révèle la force du vivant. Il est le témoignage de la perception que les sociétés humaines donnent au sens de notre existence. L’Art illustre notre traversée dans la réalité matérielle, dans la réalité du visible, et cela depuis la nuit des temps. Nos ancêtres vivant dans des cavernes avaient déjà compris l’impact de l’Art dans leur humanité.


Asakan : Avez-vous des conseils à partager avec de jeunes artistes qui aimeraient se nourrir à votre expérience ?

Ernest Dükü : Le travail, le travail, et le travail pour construire un niveau de réflexion, d’interrogations, de questionnements qui porteront le soutien de l’acte créatif. Cela me semble primordial…


Asakan : Un dernier mot ?

Ernest Dükü : Je citerai une phrase du monument de la musique, le chanteur Pierre Claver Akendengue, qui dit dans son album Carrefour Rio, dans la chanson Ne O, je cite : « L’Art est l’avocat de la créature vivante, l’Art plaide pour l’amour du prochain, le but de l’art c’est comprendre mais comprendre c’est déjà aimé. Peut-on comprendre quelque chose ou quelqu’un qu’on n’aime pas ? ». En un mot pour ce que je retiens de cette citation, l’Art nourrit nos désirs d’humanité.

Merci.

Ernest Dükü – Drawing Art Paris 19édition
Du 26 au 29 mars 2026
Secteur Général, Stand C10 – Carreau du Temple
4 rue Eugène Spuller, 75003 Paris
Billet d’entrée : Plein Tarif / 16 euros – Tarif réduit / 9 euros – Gratuité moins de 18 ans
+ d’infos : christopheperson.com ou drawingnowparis.com

La Rédaction.

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