Coup de Coeur avec l’Artiste Visuelle Française vivant et travaillant en Suisse Sophie Bosselut

Elle est l’un des 12 visages féminins actuellement à l’affiche de l’exposition inaugurale du premier Musée consacré aux Artistes Femmes en Suisse. Au lendemain, de la journée Internationale de Lutte pour les Droits des Femmes, asakan.art accueille l’artiste visuelle française, vivant et travaillant à Lausanne depuis 2018, Sophie Bosselut.

D’une énergie débordante chevillée au corps et à la toile, elle nous amène dans une partition profonde, multicolore, organique et poétique à la découverte des fluctuations du monde et, notamment, de celles du vivant dans l’inerte et de l’inerte dans le vivant.

Coup de Coeur.


Portrait de Sophie Bosselut
Crédit Photo : Laura Zimmerman

Asakan: Pour commencer notre entretien, pouvez-vous vous présenter ?

L’Artiste: Je m’appelle Sophie Bosselut, je suis artiste visuelle et je vis et travaille à Lausanne. Ma pratique se développe principalement à travers le médium de la peinture, que j’explore comme un espace de recherche autour du mouvement, des flux organiques et des formes en transformation.

Selon les projets, j’aime également ouvrir ma pratique à d’autres médiums comme la céramique, le dessin, la vidéo ou la performance. Cette diversité me permet d’explorer différentes manières de donner forme aux dynamiques invisibles qui traversent mon travail.

Par le moyen de la couleur, le geste et la matière, je cherche surtout  à rendre perceptibles des circulations d’énergie, des microcosmes en expansion et des paysages intérieurs où se rencontrent biologie, cosmos et imaginaire. Chaque toile devient ainsi pour moi une sorte d’écosystème pictural, un espace où les formes apparaissent, se transforment et dialoguent.


Asakan: Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

Sophie: L’Art est avant tout une manière d’explorer et de percevoir le monde autrement. C’est un langage sensible qui permet de rendre perceptibles certaines dimensions de l’expérience humaine — émotions, transformations, flux invisibles qui relient les êtres et les paysages.

L’art contemporain m’intéresse particulièrement dans sa capacité à déplacer les frontières : entre disciplines, entre réel et imaginaire, entre visible et invisible. Il ouvre des espaces d’expérience où l’on peut ressentir autrement notre relation au monde.

Je crois que l’art ne consiste pas seulement à représenter quelque chose, mais à créer des états sensibles, provoquer un déplacement intérieur ou ouvrir un champ d’imaginaire.


Asakan: Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?

Sophie: J’ai su très jeune que la création occuperait une place centrale dans ma vie, probablement autour de l’âge de douze ans. Dès lors, j’ai ressenti un besoin profond d’explorer un monde intérieur fait d’images, de sensations et d’émotions.

L’écriture poétique, la musique et la danse ont d’abord été des portes d’entrée importantes. Elles me permettaient d’exprimer ce que je percevais et de donner forme à cet univers intérieur.

J’ai également eu la chance de grandir dans un environnement où l’art était présent. Une peinture de Chu Teh-Chun que je voyais quotidiennement enfant m’a particulièrement marquée : je passais des heures à la contempler, parfois même à m’endormir devant. Sans comprendre encore ce que je regardais, j’étais profondément touchée par l’énergie et la profondeur de cet espace pictural.

Très naturellement, j’ai orienté mon parcours vers les arts en suivant une formation aux Beaux-Arts, puis à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, où je me suis spécialisée en photographie et vidéo. J’ai ensuite poursuivi une recherche autour de la morphogenèse, qui a profondément nourri ma réflexion sur la manière dont les formes émergent, se transforment et se sédimentent dans la nature.

Cette idée d’exploration reste aujourd’hui centrale dans ma pratique.


Asakan: En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?

Sophie : Je conçois mes peintures comme des territoires immersifs, des espaces dans lesquels le regardeur peut entrer.

Mes toiles peuvent être perçues comme des espaces presque hétérotopiques où différentes échelles du monde coexistent : microcosmes cellulaires, paysages abyssaux, flux organiques et territoires psychiques. Certains spectateurs y voient des formes biologiques ou des organismes en transformation, tandis que d’autres y perçoivent des paysages intérieurs ou des mondes engloutis.

Cette approche s’inscrit dans une réflexion autour des formes biomorphiques, où la peinture devient un terrain d’apparition de structures proches du biologique. Les formes semblent parfois émerger comme des organismes ou des écosystèmes en transformation.

Mon travail s’est construit progressivement au fil de plus de vingt ans de pratique. Il est nourri autant par mes recherches artistiques que par certaines expériences personnelles. Mon grand-père était biologiste et j’ai passé beaucoup de temps, enfant, dans son laboratoire. Observer le vivant au microscope, découvrir ses univers invisibles et ses structures organiques a profondément marqué mon imaginaire.

La musicalité joue également un rôle important dans ma manière de composer les images. Car mes peintures fonctionnent souvent comme des partitions visuelles, où la couleur, le rythme et le mouvement des formes dialoguent entre eux.

Un élément revient fréquemment dans mes compositions : un point rouge, discret mais récurrent, comme une pulsation ou un battement de cœur au sein de ces paysages en transformation.


Sophie Bosselut, « Le Chant des Aurores », 2026
Acrylique, aquarelle et cire sur papier 250gr, 70 x 140 cm
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Il était une fois la vie… », 2026
Acrylique et huile sur toile, 120 x 160 cm
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Acupression », 2026
Acrylique sur toile, 50 x 80 cm
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Neuroplasticity », 2025
Crayons de couleur et cire sur papier, format A5
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Du coq à l’âne, immersion dans un monde éclaté », 2025
Acrylique et Huile sur toile, 150 x 220 cm
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Larmes en Céramique », 2024
Grès émaillé, 50 x 23 cm
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Les Mondes Engloutis », 2023
Acrylique et huile sur toile, 100 x 140 cm
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Circuit Coeur » 1, 2022
Acrylique et huile sur toile, 100 x 140 cm
Courtesy de l’Artiste
Sophie Bosselut, « Circuit Coeur » 2, 2023
Acrylique et huile sur toile, 100 x 140 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan: Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Sophie : La musique occupe une place essentielle dans mon processus créatif, en particulier les musiques immersives, répétitives ou minimalistes qui construisent des paysages sonores dans lesquels on peut se perdre.

Le cinéma nourrit également beaucoup mon imaginaire visuel. Les univers de David Lynch ou les films d’Apichatpong Weerasethakul m’ont profondément marquée pour leur dimension onirique et contemplative. Le rapport à la couleur dans certaines esthétiques cinématographiques, notamment le Technicolor, a notamment influencé ma perception des images.

Dans la peinture, je suis particulièrement sensible aux artistes qui ont cherché à pousser l’acte de peindre dans ses retranchements. Les expérimentations de Max Ernst, Sigmar Polke ou Albert Oehlen m’ont beaucoup inspirée dans leur manière de déplacer la matérialité du médium.

Plus largement, mon regard est nourri par une fascination pour les structures naturelles — micro-organismes, minéraux, paysages abyssaux ou cosmiques.

Dans mes œuvres, j’essaie de transmettre à la fois l’émerveillement, l’énergie et le mystère de ces formes en transformation.


Asakan: Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

Sophie: Les retours que je reçois évoquent souvent une expérience immersive. Beaucoup de spectateurs parlent d’une sensation d’être happés par l’énergie et le mouvement des formes. Certains y voient des cellules, des organismes ou des microcosmes en transformation, tandis que d’autres y trouvent un espace de contemplation ou de rêverie, comme une respiration dans un univers en expansion.

Mais mon travail ne cherche pas à représenter le réel de manière figurative mais plutôt à créer des états sensibles, dans lesquels chacun peut projeter son propre imaginaire.


Asakan: Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

Sophie: Je dirais d’abord d’écouter cette petite voix intérieure qui pousse à créer. Lorsqu’elle est là, elle devient difficile à ignorer.

Cependant, le chemin dans l’art peut être exigeant et parfois décourageant, car il existe souvent un décalage entre ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. Mais il est essentiel de persévérer : une œuvre se construit dans la durée.

Enfin, je conseillerais aussi de trouver son propre rythme de travail et de regarder énormément d’art. Les œuvres des autres artistes enrichissent notre regard et nous permettent peu à peu de trouver notre propre langage.

Pour plus d’informations sur le travail de Sophie Bosselut
Son site Web
Son compte Instagram.

La Rédaction.

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