Diplômée de l’Université de Pforzheim et de la Freie Kunstschule de Stuttgart, Sonja Keppler (née en Allemagne en 1988) et est une artiste dont la pratique singulière englobe les arts plastiques et le design. Son œuvre s’intéresse avant tout à la nature et à la richesse de ses formes en puisant son inspiration de l’art et de la culture de diverses sociétés anciennes. Aussi, celle qui a douté à ses débuts de pouvoir être un jour artiste est aujourd’hui est une artiste dont la passion inconditionnelle pour les arts et ses recherches pour des matériaux recyclés replacés dans de nouveaux contextes artistiques aux matériaux sculpturaux classiques tels que le bronze et la céramique nous interpellent…
Elle est notre Coup de Cœur.

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Asakan : Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?
L’Artiste : Je suis née en 1988 à Pforzheim, en Allemagne. Après avoir obtenu mon baccalauréat, j’ai intégré la Freie Kunstschule de Stuttgart, où j’ai acquis des bases solides en pratiques artistiques. J’ai ensuite effectué un stage préparatoire pour le programme « Bijoux et objets » à l’Université de design de Pforzheim. J’y ai étudié le design de bijoux de 2015 à 2020. Cependant, je me suis principalement concentré au design d’objets au sein du département de sculpture, sous la direction du professeur Abraham David Christian. Pendant cette période, j’ai également effectué mon semestre de stage, suivi d’un poste de tuteur étudiant.
Après avoir obtenu ma licence en arts, j’ai étudié le design et la création d’avenir à l’Université de Pforzheim de 2020 à 2023. Au cours de ce programme de master, j’ai adopté une approche expérimentale. Les symboles et objets archaïques issus de cultures du monde entier, qui continuent aujourd’hui encore de résonner et de fasciner, ont commencé par m’intéresser. J’ai donc examiné cette question avec une grande variété de matériaux, notamment des composants électroniques, du papier mâché, du bronze, de la céramique, du plastique et du mycélium fongique.
Depuis, je crée des œuvres qui font référence aux cultures anciennes, leur rendant hommage tout en transposant leurs formes, leurs traditions et leurs principes de conception dans le présent.
Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?
Sonja : L’art est un moyen de traduire des pensées, des sentiments et des expériences en formes visibles et tangibles. Il crée des espaces de réflexion, de perception et de résonance émotionnelle qui transcendent le langage.
L’art est aussi un dialogue — entre la matière, l’idée et le spectateur.
Je perçois l’art contemporain comme particulièrement multiforme : il reflète les évolutions sociétales, culturelles et technologiques, expérimente de nouveaux matériaux et médias, et remet en question les notions traditionnelles d’esthétique. Il peut provoquer, inspirer, soulever des questions et ouvrir des perspectives.
Pour moi, ce n’est pas seulement une forme d’expression, mais aussi un miroir de notre époque.
Asakan : Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?
Sonja : Enfant, j’étais très créative mais je dessinais surtout au crayon de couleur sur du papier. Je créais souvent des images colorées de créatures mythiques ou de figures mythologiques, comme des dieux égyptiens, que je peignais sur du papyrus. Je donnais fréquemment à ces personnages créés des vêtements ou des corps « écailleux ». Cependant, ce n’est que bien plus tard que j’ai réalisé que je voulais devenir artiste.
Le chemin n’a pas été facile : après avoir étudié à la Freie Kunstschule de Stuttgart, j’étais dans le doute et je me demandais si je ne devais pas m’orienter vers des études plus appliquées. Pendant mes études à l’Université de Pforzheim, j’ai longuement échangé à propos avec mon professeur Abraham David Christian, qui m’a encouragée et m’a permis d’organiser mes premières expositions. D’une certaine manière, je puis donc dire que je suis une artiste qui s’est épanouie tardivement.
Asakan : En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?
Sonja : Ma pratique sculpturale est née d’un processus intuitif qui touche à la fois à la profondeur formelle et conceptuelle. Au cœur de mon travail se trouve la tension entre éphémère et résistance, entre croissance organique, mémoire culturelle et recherche de nouvelles formes de matérialité.
La transformation est un thème récurrent dans mon œuvre, non seulement au sens matériel, mais aussi au sens symbolique. Mes sculptures présentent des êtres et des formes abstraites qui résistent à une interprétation claire. Elles apparaissent à la fois familières et étranges, archaïques et futuristes, vulnérables et puissantes. Ce sont des corps façonnés à partir de divers matériaux, parfois dotés de surfaces semblables à du corail, altérées par des processus galvaniques, marquées par le temps et la nature.
Certaines de mes œuvres portent les traces de la civilisation technologique, devenant des surfaces mnémoniques d’un monde numérisé. Je considère ces pièces comme une réponse à un monde en crises perpétuelles, en abordant des questions urgentes telles que la dégradation écologique, l’aliénation technologique et la perte du toucher.
Mon travail rend également hommage à la culture et à l’artisanat et offre un contrepoids tactile au glissement lisse d’un écran numérique. En même temps, ma pratique reste profondément ancrée dans le dialogue avec les cultures historiques.
Mon écriture s’est forgée à travers la recherche, l’exploration historique et la traduction. Mon intérêt pour les liens psychologiques a également joué un rôle significatif dans son développement.

Wire, papier-mâché, paint, electrical resistors, capacitors, 50 × 45 × 45 cm
Courtesy de l’Artiste

Wire, papier-mâché, paint, resistors, 30 × 20 × 20 cm
Courtesy de l’Artiste

Wire, papier-mâché, paint, resistors, 30 × 20 × 20 cm
Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?
Sonja : Mon travail s’inspire fortement des cultures du monde entier, qu’il s’agisse de civilisations anciennes ou de peuples autochtones. Je m’intéresse aux symboles archaïques, aux objets rituels et aux formes mythologiques provenant d’Égypte, de Grèce, du Japon et des monts Métallifères en Allemagne, que je traduis en formes nouvelles et abstraites.
Les techniques artisanales, les matériaux et les principes de conception issus de diverses cultures s’intègrent également dans mon travail.
Cette diversité culturelle me permet d’explorer des thèmes universels tels que l’impermanence, la croissance et la résistance, tout en créant un lien entre le passé et le présent.
L’Antiquité grecque, en particulier, est une source d’inspiration essentielle : la philosophie, l’art et la mythologie servent de points de départ intellectuels et formels. En Grèce, lors de mes voyages ou dans les musées, je rencontre des fragments de visions du monde anciennes que je transpose dans la sculpture contemporaine.
Mes « sculptures de fumée », par exemple, inspirées en partie par les vases rituels et les traditions d’encens des monts Métallifères, invitent à une expérience multi-sensorielle. Elles unissent fonction, forme et parfum dans des œuvres d’art contemporaines qui ouvrent des espaces de mémoire.

Ceramic, 70 × 40 × 40 cm
Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Sonja : Mes œuvres ont un fort impact psychologique sur les spectateurs. Grâce à l’utilisation de symboles archaïques, de structures organiques et de formes phalliques ou mythiques subtiles. Ces réactions peuvent parfois inconscientes. Mais les gens réagissent fréquemment plus fortement au symbolique qu’à la forme concrète, ce qui crée un lien immédiat et intuitif.
Mes œuvres ouvrent en effet un espace de réflexion, d’engagement émotionnel et de résonance intérieure, encourageant la contemplation de la relation entre nature, culture et technologie. En même temps, elles peuvent susciter de la fascination, de l’émerveillement, de la tension, voire un léger malaise, intensifiant ainsi l’expérience sensorielle et émotionnelle du regardeur.
Mon travail intègre à la fois des couches émotionnelles intenses et subtiles. Il reflète la fascination, l’émerveillement et la révérence pour les processus naturels et culturels, mais aussi la mélancolie et l’impermanence. Parallèlement, mes œuvres visent à offrir une expérience sensorielle, presque ludique, invitant le spectateur à un dialogue émotionnel.

Wire, plaster, sawdust, copper, 23 × 36 × 13 cm
Courtesy de l’Artiste

Resin, pigments, sawdust, Reishi mushroom, 30 × 34 × 25 cm
Courtesy de l’Artiste

Wire, papier-mâché, wax, copper, 10 objects 10–23 cm high and 12–19 cm wide
Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art?
Sonja : Le conseil le plus précieux que je leur donnerais aux jeunes est de rester curieux, d’explorer, d’expérimenter et de se ne laisser pas envahir par le doute.
Accumulez des expériences, voyagez, observez attentivement et laissez-vous inspirer par les cultures, la nature et l’histoire.
Travaillez aussi sans relâche à développer votre propre expression et soyez patients avec vous-mêmes : l’art émerge souvent lentement et naturellement.
Enfin, n’ayez pas peur de prendre des risques, de faire des erreurs et de trouver votre propre voix. La combinaison de l’expérience personnelle, de la recherche et de l’expérimentation matérielle mène souvent à une expression artistique unique.
Pour plus d’informations sur le travail de Sonja Keppler :
- Son site Web
- Son compte Instagram.
La Rédaction.



