Coup de Cœur avec l’Artiste Plasticien Béninois ADONON

Lauréat du Prix du Meilleur Sculpteur à la Biennale de Dakar 2022, ADONON (né en 1987) est un artiste plasticien béninois qui s’est imprégné des relations qu’il a nouées avec ses ainés et de ses propres recherches dans les livres et dans les ateliers lors de résidences d’art pour déployer une réflexion plastique autour des enfants abandonnés, de la femme, du moi, de la mémoire et des archives.

Coup de Cœur.

ADONON Crédit Photo : DR.

Asakan : Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?

ADONON : Je suis ADONON, artiste plasticien de nationalité béninoise. Je vis, et travaille à Cotonou, en République du Bénin. J’aime dire aussi que je suis un ami de la matière.


Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

ADONON : J’ai toujours vu l’art comme une femme, une chose clivante capable d’être aimée pour sa beauté, ou détestée pour sa laideur. Cette idée de beauté, et de laideur est certes subjective, mais elle est le nœud autour duquel les spectateurs voient les objets d’art. Et comme c’est l’œil du regardeur, c’est-à-dire l’œil de la vie qui définit l’art, je rajouterai que l’essence de tout art devrait être la recherche de la vie.

Pour moi, tout art est d’abord contemporain. C’est la temporalité de l’objet qui fonde sa contemporanéité. On pourra également parler de tradition, et de transgression, de déconstruction, et de réinterprétation, de rupture, et de nouveau paradigme.


Asakan : Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?

ADONON : On ne sait pas vraiment ces choses. On les sent. Je ne verserai pas dans le discours cliché de l’enfant dessinateur, mais le fait d’avoir vu des artistes créées dans ma communauté a été pour moi une grande source de motivation. Je voulais marcher dans leur pas, pas forcément faire comme eux, mais j’ai senti ce besoin de créer des choses. Mon savoir-faire me vient des relations d’apprentissage que j’ai noué avec mes aînés, mes propres recherches dans les livres et dans les ateliers lors de résidences d’art. Je n’aime pas l’adjectif autodidacte parce qu’on apprend toujours quelque part.

Le métier d’artiste est un sacerdoce. C’est connu. Néanmoins, j’ai d’autres passions qui alimentent aussi mes créations. Je dirai que je consacre ma vie à la vie, pas forcément à l’art.


Asakan : En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?

ADONON : Je m’inscris dans l’art conceptuel, et le symbolisme. Je pense d’abord qu’une identité plastique se construit dans le temps. Il faut expérimenter. Poser la matière, et la questionner. Faire des erreurs, et être prêt à recommencer.

Ma pratique artistique ? Elle est transdisciplinaire dans la mesure où mes premiers travaux plastiques ont d’abord touché au dessin. Il était alors question d’interroger la part de monstruosité humaine dans une création en deux dimensions. Ce fut une époque de ma production assez sombre parce que les personnages que je laissais survivre dans mes dessins semblaient fort torturés, déconstruits, et résolument déstructurés. J’aimais également allier à ces personnages des gribouillis, des écritures qui n’avaient aucun sens matériel. Je les voyais plutôt comme des idéogrammes, voire des pictogrammes. La plupart du temps, ces gribouillis formaient des vortex, des cerceaux de lignes aux allures d’ouragans, et plus tard des bouteilles. Cette écriture est restée dans mes dessins, et referont peut-être surface plus tard dans mes peintures.

Mon travail sculptural est, avant tout, un geste anthropologique, écologique, et partant sociologique. J’avais entrepris depuis quelques années une recherche sur la représentation des visibilités, ce que notre société nous sert comme spectacle, et auquel nous ne sommes pas toujours sensibles. Parcourant les rues des villes de Cotonou, et d’Abomey-Calavi, mon regard s’est accentué à la fois sur les enfants de la rue qui étaient généralement pieds nus, et les chaussures usées qui parsemaient ces villes : un contraste. Mes sculptures d’assemblages de chaussures, de rebuts, émanent donc de cette contradiction visuelle.

Mon processus de création commence par une collecte, sélective, des chaussures usées que je retrouve habituellement dans les coins de rues, ou sur les décharges d’ordures : couleurs, formes, états, marques, textures sont autant de paramètres qui entrent en ligne de compte dans mon entreprise de collecte. La symbolique que je voudrais suggérer en entreprenant cette recherche plastique tient en cette phrase : si les propriétaires de toutes ces chaussures étaient unis, le monde aurait une chance d’éviter les atrocités sous lesquelles il croule. Pour moi, chaque chaussure symbolise un enfant de la rue : mes sculptures leur offrent une maison, un refuge fixe dans le temps et l’espace.


ADONON, « Les Lignes », 2023. , Sculpture, Assemblage et tissage de rebuts, dimensions variables
Courtesy de l’Artiste
ADONON, « L’Homme Bleu », 2023. Sculpture, Assemblage et tissage de rebuts, dimensions variables
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

ADONON : Il y a quelques années en arrière, deux maîtres de l’art contemporain béninois ont influencé mon œuvre : Ludovic Fadaïro et Charly d’Almeida.

Aujourd’hui, ce sont les vagues de l’océan qui m’inspirent. J’y vois une force plastique incommensurable.

Toutefois, mes thématiques de prédictions tournent autour de la femme, le Moi, la mémoire, et les archives.

Mes œuvres veulent comme toujours brûler des questions tant actuelles qu’inactuelles.


ADONON, « Purification I », 2024. Peinture, Mixte sur papier, 120 x 120 cm
Courtesy de l’Artiste
ADONON, « Série Muses », 2024.
Peinture, Mixte sur papier, 20 x 70 cm
Courtesy de l’Artiste
ADONON, « Série Muses », 2024.
Peinture, Mixte sur papier, 20 x 70 cm
Courtesy de l’Artiste
ADONON, « Série Les Ombres », 2024. Dessin, Mixte sur papier, 30 x 40 cm
Courtesy de l’Artiste
ADONON, « Série Les Ombres », 2024. Dessin, Mixte sur papier, 30 x 40 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

ADONON : Je ne sais pas vraiment. Mais je préfère les critiques aux fleurs. On dit quelquefois de mon travail qu’il peut être philosophique, voire trop conceptuel pour être compris. L’essentiel pour moi reste cependant de créer.

Mais j’ai reçu quelques prix qui sont peut-être des marqueurs du regard porté sur mon travail : le second prix à la Biennale Internationale de Sculpture de Ouagadoudou (Biso) en 2029, et le prix sculpture à la Biennale Internationale d’Art Contemporain de Dakar en 2022.


Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

ADONON : La résilience, et l’endurance sont des qualités importantes pour réussir dans le monde des arts visuels. Et aussi, aimez l’ennui : il est une force créative féconde pour ceux ou celles qui savent en jouer.

Pour plus d’informations sur le travail d’ADONON,

La Rédaction.

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