Coup de Coeur avec l’Artiste Peintre Haïtien Shneider Léon Hilaire

Formé au Centre d’Art de Port-au-prince, Shneider Léon Hilaire (né le 7 avril 1990) est un artiste des plus talentueux de la scène contemporaine haïtienne. Un destin atypique aussi. Il reçoit l’appel de l’art, mais veut devenir médecin, puis plus tard juriste avant de se consacrer pleinement à l’art. Non sans encore un coup du sort. Mais voilà, il réussit finalement et connait très rapidement un franc succès. Il était de passage à Cotonou dans le cadre de la Résidence Inspiration Bénin au cœur des mondes africains où il a présenté une œuvre magnifique qui dépeint les liens de sang, les longues nuits partagées entre le Bénin et Haïti.

Il est notre Coup de Cœur.


Portrait de Shneider Léon Hilaire
Crédit Photo: James Harry Hilaire

Asakan: Pour commencer notre entretien, pouvez-vous vous présenter ?

L’Artiste: Je m’appelle Shneider Léon Hilaire . Je suis un peintre haïtien. Je vis et je travaille en Haïti. Mon travail s’inscrit dans une exploration des mythes, des traditions et des dimensions spirituelles de la culture haïtienne.

À travers la peinture, j’essaie de traduire des récits, des sensations et des visions qui appartiennent à la mémoire collective, mais aussi à l’expérience personnelle.


Asakan: Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

Shneider: Pour moi, l’art est avant tout une manière de questionner le monde et d’ouvrir des espaces de perception. C’est un langage qui permet de rendre visibles des choses qui ne le sont pas toujours : des émotions, des croyances, des tensions ou des rêves.

L’art a aussi cette capacité de relier l’individuel au collectif, en faisant surgir des images qui parlent à la mémoire et à l’imaginaire.

Je vois l’art contemporain comme un territoire très ouvert où différentes approches peuvent coexister. Il permet aux artistes de revisiter les traditions, de dialoguer avec l’histoire et de proposer de nouvelles formes de narration. Pour moi, il offre aussi la possibilité de puiser dans nos traditions, dans nos récits populaires et dans les richesses de notre culture pour les réinterpréter à travers un regard actuel.

Je me sers de l’art contemporain pour explorer la mythologie et la spiritualité haïtiennes tout en les plaçant dans une réflexion d’aujourd’hui. C’est une manière de faire vivre ces héritages culturels, de les transformer et de les transmettre autrement.


Asakan: Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?

Shneider: Je ne pense pas qu’il y ait eu un moment précis où j’ai décidé de consacrer ma vie à l’art. Ça s’est fait progressivement.

Depuis très jeune, le dessin et la peinture étaient déjà là. Enfant, je dessinais surtout des personnages de dessins animés. C’était une manière pour moi de comprendre ce qui m’entourait et d’exprimer ce que je ressentais. Ensuite, avec le temps, je me suis mis à faire des portraits, notamment sur commande.

Après mes études classiques, j’ai voulu me former sérieusement dans l’art, donc j’ai postulé à l’École nationale des arts à Port-au-Prince, mais je n’ai pas été retenu. Sur le moment, c’était difficile, mais ça ne m’a pas arrêté. Quelques années plus tard, j’ai eu une bourse pour suivre des ateliers au Centre d’Art de Port-au-Prince. De là a commencé une étape vraiment importante pour moi.

J’y ai rencontré des artistes comme Simil, Pascale Monnin et Frantz Zéphirin, qui ont beaucoup nourri ma réflexion. J’ai aussi rencontré Judith Michel, qui m’a guidé dans mes recherches et dans mon évolution.

En parallèle, je faisais des études en droit, mais en 2020, j’ai pris la décision de les arrêter pour me consacrer entièrement à l’art.

Donc au final, ce n’est pas une décision qui s’est faite en un jour, mais plutôt un chemin, avec des étapes, des rencontres, et surtout une nécessité de créer qui est devenue de plus en plus forte.


Asakan: En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?

Shneider: Je n’aime pas trop décrire mon propre art, mais si je devais en parler, je dirais que ma pratique se situe à la croisée du symbolisme et du réalisme merveilleux, notion que le critique d’art Carl Pierrecq a utilisée pour parler de certaines de mes œuvres. Mes peintures racontent des histoires, mêlant récits mythiques, atmosphères nocturnes et visions poétiques, où le réel et l’imaginaire se rencontrent.

Mon style s’est construit progressivement, à travers l’expérimentation et la réflexion sur des thèmes qui me tiennent à cœur. J’utilise principalement l’acrylique sur toile, avec une palette limitée mais richement mélangée pour créer profondeur et intensité. Les couleurs ont dans mon travail une fonction expressive plutôt que descriptive.

Au-delà de la représentation, mes œuvres questionnent et proposent, offrant au spectateur un espace pour ressentir, interpréter et entrer en dialogue avec les récits et les mythes que je cherche à faire vivre.


Shneider Léon Hilaire, « Sans Titre », 2025
Acrylique sur toile, 125 x 150 cm
Courtesy de l’Artiste
Shneider Léon Hilaire, « Sans Titre » (Série Nuits Haitiennes), 2020
Acrylique sur toile, 100 x 95 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan: Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Shneider: Mes inspirations viennent en grande partie de la culture haïtienne : les mythes, les récits populaires, la spiritualité et les symboles qui traversent la vie quotidienne. Je m’intéresse aussi beaucoup à la nuit, considérée comme un espace d’imaginaire, de transformation et de récit.

Les thèmes que j’explore fréquemment sont la mémoire, la mélancolie, la spiritualité et les formes de mythologie qui continuent d’exister dans notre présent. À travers mes œuvres, j’essaie de créer des images qui invitent à la contemplation et qui laissent place à différentes interprétations.

Ma dernière série, le projet « la Traversée des nuits partagées » réalisée à Cotonou dans le cadre de la Résidence Inspiration Bénin, s’inscrit dans cette exploration. Elle prolonge mon travail sur l’imaginaire nocturne en dialoguant avec les récits et mythes africains, et questionne les liens entre héritages culturels et perceptions contemporaines.


Shneider Léon Hilaire, « Gardien » (Série La Traversée des Nuits Partagées), 2026
Acrylique sur toile, 100 x 95 cm
Courtesy de l’Artiste
Shneider Léon Hilaire, « Sans Titre » (Série La Traversée des Nuits Partagées), 2026
Acrylique sur toile, 100 x 125 cm
Courtesy de l’Artiste

Asakan: Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique?

Shneider : Le public réagit souvent à l’atmosphère particulière de mes peintures et à la présence des éléments mythologiques. Certaines personnes y reconnaissent des références culturelles proches de leur expérience, tandis que d’autres y voient un univers plus onirique.

Dans le milieu artistique, mon travail est généralement perçu comme une recherche autour des imaginaires et des récits liés à la culture haïtienne, avec une approche contemporaine de la narration picturale.


Asakan: Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

Shneider: Je leur dirais d’abord de rester attentifs à ce qui les touche profondément.

Je pense aussi qu’il est important d’être patient et persévérant. Construire une pratique artistique prend du temps. Il faut accepter l’expérimentation, les doutes et les évolutions. Enfin, je leur conseillerais de rester ouverts : regarder beaucoup d’art, dialoguer avec d’autres artistes et ne jamais cesser d’apprendre.

Pour plus d’informations sur le travail de Shneider Léon Hilaire:

La Rédaction

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