Peintre symboliste et engagé né en 1990 à Kinshasa, il explore, avec ses toiles à la technique particulière de l’acrylique moussée sur toile et sur papier, un univers de signes faisant référence à des jeux pour aborder des thèmes aussi critiques comme la domination occidentale, les faits socio-politiques, ses angoisses, la vie.
Coup de Cœur.

Asakan : pour commencer notre entretien, pouvez-vous vous présenter
Patsheli Kahambo Kitenge : Je suis Patsheli Kahambo Kitenge, artiste plasticien, vivant et travaillant à Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo.
Asakan : Quelle définition faite vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?
Patsheli Kahambo Kitenge : L’Art peut se définir basiquement comme regroupement des œuvres humaines destinées à toucher les cinq sens. L’Art Contemporain, quant à lui, transgresse les frontières de l’art moderne et classique. Un nouveau langage qui ne cesse d’innover et de surprendre.
Asakan : Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?
Patsheli Kahambo Kitenge : A partir de 2014 après mon graduat à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. J’ai alors rencontré la même année deux personnes qui m’ont donné un véritable coup de pouce. Il s’agit de l’Antiquaire Aimé MBUKU qui va exposer mes œuvres dans sa petite galerie au Collège Boboto de Kinshasa et de la directrice des Ateliers Sahm, Bill Kouelany, lors de l’exposition « Congo : Deux Rives » au sein de l’Institut français de Kinshasa. Par la suite, elle s’est battue bec et ongles pour présenter mon travail sur le continent africain et à l’international.

Courtesy de l’Artiste
Asakan : En tant qu’artiste, comment décrivez-vous votre art ? comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?
Patsheli Kahambo Kitenge : Mon art est figuratif parfois conceptuel, et en même temps annonce une nouvelle écriture plastique. Une vision ludique de l’existence humaine qu’il esthétise brillamment avec un style sensiblement personnel à travers les symboles de divers jeux. Au centre de ce jeu artistique, plastique, ludique et existentiel se trouve l’homme. Cet homme, c’est moi et les autres admirateurs.
En effet, je me mets à la place du joueur et du pion. Je me nomme le « Maître du jeu ». Je transmets un langage ludique, poétique, codé et énigmatique qui soumet les spectateurs de mon œuvre non seulement à un exercice de contemplation de la forme picturale, mais aussi au dévoilement, au décryptage et à la révélation du mythe du jeu, moyennant un dialogue, mieux une trialectique : jeu, entrejeu et enjeu. Dans mes différentes œuvres, je théâtralise mon expression. Les personnages sont peints d’une manière évocatrice qui suscite admiration, dénonciation et interrogation.
Un gestuel qui masque et démasque une intentionnalité de mon art que seul un dévoilement, un dénudement intellectuel et un décryptage par une approche sémiologique peut libérer la vérité qui est enfouillie dedans.
Pour parvenir à cette résultat, en plus d’être perfectionniste, je me suis fixé l’objectif que personne ne pourra travailler à ma place. Je fais régulièrement des recherches et surtout j’évite de procrastiner. Ce qui fait que, depuis mes études à l’Académie des Beaux-Arts je me suis toujours distingué.
Des rencontres avec d’autres artistes, des critiques d’art, des personnalités dans plein de domaines, et les conseils de mes parents m’ont également permis d’arriver à cette écriture picturale qui est mienne.

Courtesy de l’Artiste

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Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire de vos œuvres ?
Patsheli Kahambo Kitenge : Je m’inspire des jeux, notamment le jeu de dam et le ludo. Ce sont des jeux que mon père adulait pendant ses heures libres et qui lui procurait beaucoup de bénéfices à chaque compétition avec ses amis. Mais les actualités défilant sur nos chaines de télévisions, la vie sociale, la lecture des bandes dessines anciennes, les films ou dessins animés, la musique, mes angoisses, les problèmes socio-politiques de mon pays et du monde m’inspirent également.
Mes influences sont :Maitre Vermeer, Gustav Klimt, les portraits d’Andy Warhol, de Roy Lichtenstein et Yan Pei Ming. Je n’hésite pas à jeter aussi un coup d’œil aux œuvres des artistes contemporains africains, européens ainsi qu’Américains.
Mon œuvre parle de la vie comme d’un jeu dont les règles sont fixées au préalable. Des règles ludiques qui sont donc des métaphores des réalités de la vie. Pour mieux comprendre ces signes et symboles qui subjuguent et intriguent l’esprit de l’admirateur que nous sommes, il convient de dialoguer intimement avec mes œuvres et leurs symboles. Par dialoguer, je sous-entends « traverser l’œuvre », pour découvrir l’intentionnalité codée et non dite, inavouée.

Courtesy de l’Artiste

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Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Patsheli Kahambo Kitenge : L’esthétique le retient en premier, l’intrigue et l’énigme l’invitent par la suite à aller au-delà de ses premières impressions : à réfléchir.
Aux yeux des artistes, je dirai « ma technique », une nouvelle texture qui enveloppe le corps de personnage, la symbiose entre l’acrylique et la mousse de savon qui donne une touche particulière à mes toiles.
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?
Patsheli Kahambo Kitenge : D’aimer le travail c’est à dire ce qu’ils font, de braver la peur, d’apporter du nouveau et de s’imposer. Mais, surtout évitez la stratégie du « ôtes-toi que je m’y mette ». Le monde de l’art est assez grand pour tout le monde.
Pour plus d’informations sur le travail de Juan Patsheli Kahambo Kitenge,
- Son Compte Instagram.
La Rédaction.