Coup de Cœur avec l’Artiste Malgache Dina Nomena Andriarimanjaka

Révélée par le Prix Paritana 2023 dont elle a été vice-lauréate, notre Coup de Cœur du jour est une artiste malgache afroféministe née en 1989. Dans ses œuvres, couture, broderie, et bien d’autres arts de grand-mère se mêlent aux photos d’archives et aux écrits pour examiner la représentation des femmes dans la société et l’histoire et questionner le rapport du “matrimonial” au monde et à la mémoire individuelle et collective.

Coup de Cœur.

Dina Nomena Andriarimanjaka
Crédit Photo: Fabio Thierry Andriamiarintsoa/ FondationH – Antananarivo

Asakan: Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?

Dina Nomena Andriarimanjaka : Je suis  Dina Nomena Andriarimanjaka, chercheuse et designer textile malgache. Mon travail s’articule autour de la mémoire, du matrimoine et des récits féminins, que j’explore à travers le médium textile. En tissant des liens entre archives historiques et expérimentations visuelles, je m’attache à redonner voix à celles qui ont été effacées ou invisibilisées. 


Asakan: Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

Dina Nomena Andriarimanjaka: L’art est un langage qui parle à l’âme. C’est une manière de tisser des liens entre le visible et l’invisible, entre ce qu’est notre essence et ce qu’on partage. Pour moi, c’est un acte de transmission: un écho du passé qui dialogue avec le présent et ouvre des portes vers l’avenir.

Dans cette perspective, l’art contemporain est une pratique vivante, en perpétuel mouvement. Il questionne, provoque, inspire. C’est un terrain d’expression libre où les frontières se brouillent, et où chaque œuvre devient une conversation avec le monde.


Asakan: Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?

Dina Nomena Andriarimanjaka: Quand j’ai eu conscience que vivre – plutôt « savoir vivre »- est déjà tout un art ! Que la créativité est une nécessité. Que chaque création deviant alors un acte de foi et liberté. Comme Julia Cameron l’évoque, l’art est un appel intérieur, une rivière souterraine qui ne demande qu’à s’écouler. 

Ce déclic a réveillé en moi l’envie de rechercher des histoires -de femmes- enterrées, d’en constituer un corpus et de les raconter. Que ces récits soient libres, vivants,  traversent le temps  et s’installent dans l’imaginaire collectif. De tisser des ponts entre le passé et le présent, entre l’intime et l’universel. Depuis, je suis ce courant, en laissant chaque archive, chaque projet m’apprendre à regarder le monde autrement.


Asakan: En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?

Dina Nomena Andriarimanjaka: C’est un art d’exploration de la mémoire et des récits féminins à travers le textile, où je tisse des liens entre archives et expérimentations visuelles. Ainsi, ma pratique artistique et théorique vise à réécrire l’histoire en rassemblant des fragments de vie oubliés, en interrogeant les traces matérielles et immatérielles laissées par les femmes qui m’ont précédées. À travers des créations textiles qui mêlent techniques traditionnelles et innovations contemporaines, je cherche ainsi à célébrer la richesse des héritages féminins tout en questionnant leur transmission dans un monde en mutation. 

Engagée à cette approche «poélitique», en rendant visible l’invisible, en réhabilitant des récits marginalisés et en proposant de nouvelles narrations où les femmes occupent une place centrale. Chaque œuvre devient ainsi un espace de dialogue entre passé et présent, entre mémoire individuelle et collective, entre tradition et modernité.  Pour une réécriture plurielle de l’histoire.

Je vois mon empreinte comme une trace éphémère, une évocation plutôt qu’une fixation. Elle naît de la rencontre entre héritage et impermanence, entre ce que l’on transmet et ce qui se transforme. La finalisation de cette empreinte n’est jamais véritablement achevée : elle est un dialogue continu, une recherche qui évolue avec le temps, les matériaux et les histoires que je découvre. Chaque œuvre est une étape, une pause dans ce processus infini de création et de réinterprétation.


Asakan: Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Dina Nomena Andriarimanjaka: Elles viennent des archives, des récits oubliés et des mémoires tissées dans le silence. Je suis influencée par les traditions textiles malgaches et les pratiques de transmission orale. Mon travail s’inscrit aussi dans un dialogue avec des artistes textiles afro-américaines comme Faith Ringgold, dont l’usage du textile raconte des histoires de résistance et d’héritage.

Je m’intéresse à l’identité et à la préservation, en écho à des émotions comme la perte, la réparation et la renaissance. Mon travail cherche à donner une forme aux absences, à faire réapparaître celles et ceux qu’on n’a pas vus ou entendus, à raviver leurs traces à travers des gestes artistiques qui réparent, réinventent et transmettent. Chaque œuvre devient ainsi un espace où les histoires oubliées se tissent à notre présent, comme pour réconcilier le passé et le futur dans un même élan de mémoire et de création.


Dina Nomena Andriarimanjaka, « Les Invisibles », 2023. Collage textile, couture, broderie, 295 x 150 cm
Courtesy de l’Artiste Crédit Photo : Fabio Thierry Andriamiarintsoa- FondationH Antananarivo
Dina Nomena Andriarimanjaka, « La Bien-Aimée », 2023.
Collage textile, couture, broderie sur tissu, 102 x 95 cm Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo : Fabio Thierry Andriamiarintsoa- FondationH Antananarivo
Dina Nomena Andriarimanjaka, « Au-Dessus des Mille », 2023.
Collage textile, couture, broderie, 100 x 95 cm Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo : Fabio Thierry Andriamiarintsoa- FondationH Antananarivo
Dina Nomena Andriarimanjaka, « Mères de l’Imerina », 2023.
Collage textile, couture, broderie, 114 x 94 cm Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo : Fabio Thierry Andriamiarintsoa- FondationH Antananarivo
 Dina Nomena Andriarimanjaka, Constellation de Photos d’archives,
extrait de livres imprimés sur tissu, broderie sur Coton/satin
Crédit Photo: Fabio Thierry Andriamiarintsoa- FondationH Antananarivo
Dina Nomena Andriarimanjaka, « Lova » (heritage, legacy), 2024.
Collage textile, couture, broderie, 300 x 150 cm
Courtesy de l’Artiste Crédit Photo : Meetika Studios, Exposition VAVY, Antananarivo
Dina Nomena Andriarimanjaka, « Lettre à Soa », 2024.
Collage textile, couture, broderie sur tissu, 100 x 100 cm Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo : Meetika Studios, Exposition VAVY, Antananarivo

Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

Dina Nomena Andriarimanjaka: Certain.e.s personnes y voient une résonance intime, un écho de mémoire et d’héritage, d’autres une relecture engagée de l’Histoire.

Dans le milieu artistique, il est perçu comme une démarche transversale, mêlant archives, textile et narration visuelle.


Asakan: Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

Dina Nomena Andriarimanjaka: “Ny asa tanana tsy mba maty foana » (Le travail de la main ne meurt jamais).

Pour plus d’informations sur le travail de Dina Nomena Andriarimanjaka,

La Rédaction.

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