Coup de Coeur avec l’Artiste Franco-Togolaise et Néerlandaise Julia Fumey

Ses étranges portraits peuvent paraître à la fois inquiétants et fascinants. Impertinents et provocateurs, ils sont ce qui restent de nous si nos états d’âmes pouvaient être traduits que par nos bouches et nos dents. Qui est l’auteur de ce travail en devenir et déjà imposant ? Julia Fumey. Née en 1989 en France, l’artiste, qui vit et travaille à Amsterdam, construit ou plutôt déconstruit, trace, détruit, biffe, depuis 2014, une oeuvre qui met à l’honneur nos états intérieurs les plus profonds.

Elle est notre Coup de Coeur.


Julia Fumey
Crédit Photo: Julia Fumey

Asakan: Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?

L’Artiste: Je suis née en 1989 à Nice, dans un environnement profondément créatif, entourée de pratiques artistiques transmises de génération en génération.

Élevée en France, avec des origines néerlandaises et togolaises, j’ai ensuite passé plusieurs années en Afrique du Sud — une expérience qui a renforcé mon identité afro-européenne et qui continue aujourd’hui de nourrir ma vision.

Je me suis formée à l’École d’Art Villa Thiole à Nice, puis en design de mode à l’Atelier Chardon Savard à Paris.

Je travaille à travers différents médiums tels que le stylo bille, l’aquarelle, le pastel, l’acrylique et l’encre. Ma pratique est guidée par l’instinct et l’immédiateté.

Mon travail est profondément personnel et s’inscrit essentiellement dans une démarche thérapeutique : une manière de traduire mes émotions et mes expériences de vie en formes visuelles.


Asakan: Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

Julia: Je perçois l’art et l’art contemporain comme un monde de possibilités.

Une liberté totale laissée entre les mains de celui qui crée. Il n’y a aucune nécessité du « beau » ou du « parfait », seulement du signifiant.

Il appartient à celui qui le regarde d’en faire ce qu’il veut, de l’interpréter comme bon lui semble. Pour moi, une œuvre continue d’évoluer tant qu’elle est regardée et questionnée.


Asakan: Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?

Julia: Je ne me suis jamais vraiment posée la question. Ayant grandi dans une famille d’artistes, il a toujours fait partie de moi sous une forme ou une autre. Parfois, je me suis même éloigné de l’art dans son sens littéral, mais il a toujours eu une place cruciale dans tout ce que j’entreprends.

Selon moi, il peut se trouver partout, tant qu’on souhaite le voir.


Asakan : En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?

Julia: Je décrirai mon art comme curieux, naïf, et peut-être parfois agressif.

Mes œuvres naissent de gestes instinctifs avec le visage pour base. Non pas pour le représenter, mais pour le traverser, lui donner la parole, le tordre de ce qu’il souhaite exprimer. Fragmenté, déconstruit, parfois à peine reconnaissable, on peut voir ce qu’on veut voir.

Encre, crayon, stylo, acrylique et uniquement couleurs primaires – les médiums se mélangent comme les états intérieurs se superposent. Pourquoi faire un choix? Mon ambition est de ne rien figer. Tout respire, déborde et surtout, s’exprime.

Je ne sais pas si je suis arrivée à la finalisation de mon empreinte car on ne cesse d’évoluer! Je travaille principalement avec les couleurs primaires, immédiatement inspirées de l’Afrique et de l’enfance. Pour ce qui est de mon trait, c’est simplement une envie de liberté et d’imperfection. Peut-on transmettre une émotion ou une idée du réel tout en ne les traduisant pas littéralement ?


Julia Fumey, « Fo x Noir & Blanc », 2026
Technique mixte sur papier, 20 x 20 cm
Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo: Julia Fumey

Julia Fumey, « Fo Pedro », 2025. Technique mixte sur papier, 20 x 15 cm Courtesy de l’Artiste  Crédit Photo: Julia Fumey

Julia Fumey, « Fo Vincent ».
Technique mixte sur papier, 20 x 20 cm
Courtesy de l’Artiste  
Crédit Photo: Julia Fumey
Julia Fumey, « Les Dents Vertes », Lomé 2025
Technique mixte sur papier
Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo: Julia Fumey

Asakan: Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Julia: Je suis fascinée par le travail de grands artistes tels que Basquiat, Pollock, Soulages. La nervosité du trait, la naïveté, la critique sociétale. Les superpositions infinies et l’opulence des couleurs. La profondeur et la texture du noir…

Mais je trouve également très inspirant la candeur des dessins d’enfant. A travers un dessin d’enfant on peut voir le monde d’un œil innocent et pur. Il n’y a pas de conditionnements encore installés, juste une vision complètement simplifiée.

J’ai commencé le travail de l’encre et des noirs dans une période de grand questionnement, je pense que j’ai littéralement laissé tout le noir sortir sur le papier.

Julia Fumey, « Red », 2014
Encre, stylo, acrylique
Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo: Julia Fumey

Ma pratique s’est diversifiée vers le travail des visages, avec pour déclencheur d’inspiration, ma reconnexion à l’Afrique, en tant qu’adulte. En insistant sur les bouches et les dents, je pense que je souhaite leur donner la parole.


Julia Fumey, « Nôvi », Lomé 2025
Aquarelle, stylo, crayon sur papier
Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo: Julia Fumey
Julia Fumey, « Fo x Danse », Lomé 2025
Technique mixte sur papier
Courtesy de l’Artiste
Crédit Photo: Julia Fumey

Asakan: Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

Julia: Le plus souvent la surprise, puis des questions et traductions de ce qu’on y voit. C’est toujours intéressant de voir ses créations à travers les yeux de quelqu’un d’autre. L’encouragement et l’envie d’en voir plus s’ajoute ensuite.

Je me sens chanceuse d’avoir ce public réceptif et curieux de l’attente.


Asakan: Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer ?

Julia: Suivre uniquement son instinct, sa vision. Tout est atteignable. Ce qui émane de nous est toujours légitime. Et surtout, toujours aller jusqu’au bout de l’idée. Même dans l’inconfort, même dans la peur.

Pour plus d’informations sur le travail de Julia Fumey : 

La Rédaction.

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