Co-fondatrice et directrice de la Galerie Eureka, Sandrine Marmissolle Mesquida est notre invitée de cette semaine dans notre rubrique Entretien. Franco-Ivoirienne, elle a su bâtir, en partant de l’héritage de sa mère, l’une des galeries les plus discrètes mais des plus prestigieuses d’Abidjan qui, tous mediums confondus, a surtout fait confiance à des talents ivoiriens, maliens, sénégalais, béninois et autres qui sont aujourd’hui devenues des stars de la scène artistique contemporaine africaine.
Cette galerie majeure et impressionnante, située dans un quartier prisé de la capitale ivoirienne, franchit cette année une nouvelle étape avec une présence très marquée sur ses réseaux sociaux Instagram et Facebook pour favoriser davantage de rencontres et d’échanges autour des artistes qu’elle représente. A cette occasion, nous sommes allés à la rencontre de sa promotrice.
Entretien.

Asakan : Vous dirigez l’une des plus vieilles et prestigieuses galeries d’Abidjan. Racontez-nous un peu l’histoire de la Galerie Eureka ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Tout commence en 1981 avec ma mère, Madame Michelle Mesquida, et son atelier d’encadrement au Plateau qui devient aussi un espace d’exposition pour les artistes. Elle avait pour vision de créer un espace plus grand dédié à l’art, où les artistes d’Afrique et d’ailleurs pourraient s’exprimer librement et où leurs œuvres pourraient être exposées au public.
Riche de mon expérience académique et professionnelle, je décide, en 2007, d’ouvrir une galerie située rue Marconi, à Marcory, en Zone 4, à Abidjan.


Asakan : Que faisiez-vous avant de prendre les rênes de la Galerie ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : J’ai eu le privilège de faire des études à l’École Supérieure des Arts Modernes (ESAM à Paris) dont je suis sortie diplômée en 1991. Par la suite, je me suis perfectionnée au Louvre en Histoire de l’art et à la Sorbonne.
A la sortie de l’université, j’ai occupé le poste de coordinateur de travaux pour un grand groupe français pour lequel j’ouvrais des surfaces commerciales dans toute la France.
En 1995, je rentre à la RATP où je travaille sur différents projets architecturaux de l’entreprise. En 1999, j’intègre l’unité ingénierie culturelle du département Design et Projets culturels de l’entreprise dans le cadre du centenaire du métro. J’étais en charge de différents projets à caractère culturels comme le marquage culturel du métro, la station Saint-Germain-des-Prés dédiée à la création contemporaine, la mise en place d’une copie de « la prière » de C. Brancusi à la station Madeleine…etc.
Ayant baignée depuis longtemps dans ce domaine, j’ai toujours eu une passion profonde pour l’art et j’ai cherché à contribuer activement à sa promotion et à son développement, surtout en côte d’ivoire. C’est pourquoi je décide, en 2004, de revenir m’installer à Abidjan, terre qui a bercé mon enfance et qui m’a vu grandir.
Asakan : Comment avez-vous vécu ce changement de vie de Paris à Abidjan ? de salariée à entrepreneure culturelle ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Ce fut une expérience enrichissante et stimulante à bien des égards. Cela a été aussi une transition majeure, mais elle m’a surtout permis de d’explorer ma passion pour l’art et de redécouvrir les écritures diverses et riches des artistes.
Asakan : Quelle ligne artistique suivez-vous depuis ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Ma ligne artistique s’est construite autour de plusieurs principes fondamentaux qui guident mes choix d’artistes et d’expositions. Ma vision repose autant sur la diversité artistique que sur l’authenticité et l’émotion, tout cela autour d’un objectif bien spécifique : mettre en lumière les talents et accompagner chaque artiste dans sa démarche.
Asakan : Vous arrive-t-il donc d’intervenir dans leurs phases de création ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Oui, ayant moi-même fait des études artistiques, c’est un plaisir pour moi de parfois intervenir dans les phases de création des artistes, mais c’est toujours de manière collaborative et en respectant leur approche artistique individuelle. Mon objectif est surtout de les soutenir dans leur processus créatif en partageant mes connaissances en histoire de l’art et mes années d’expériences en tant que galeriste.
Asakan : De passage dans votre galerie en juillet dernier, on a noté que vous avez nouvellement intégré de jeunes artistes dans votre écurie. Quel regard portez-vous sur ces nouveaux talents ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Les jeunes artistes comme Aristide Kouamé, Allé Assi ou encore K. Arianne apportent une énergie nouvelle et une créativité fraîche à la galerie Eureka, ce qui est essentiel pour maintenir notre dynamisme et notre engagement envers la scène artistique émergente. Le regard que je porte sur ces jeunes artistes est empreint d’enthousiasme et de curiosité. Je crois fermement en leurs potentiels artistiques et je suis impatiente de voir comment leurs travaux évolueront au fil du temps.



Asakan : Quel regard portez-vous aussi sur le marché de l’art contemporain en Afrique et dans le monde ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Il est indéniable que les artistes africains gagnent en visibilité sur la scène internationale. Parmi eux, je peux citer Pascal Konan ou Yéanzi qui par leurs univers artistiques sont de plus en plus sollicités par les foires et les collectionneurs du monde entier. Je remarque surtout un véritable essor de ces artistes et cela renforce la reconnaissance de la créativité du continent à l’international.


Asakan : Dans ce contexte, la participation aux foires semble devenir indispensable pour les galeries. Mais à Lagos, Marrakech, Johannesburg, Cape Town, Paris, Londres, Berlin, Bruxelles, New-York, Miami, … on ne voit nulle part trace de la Galerie Eureka. Pourquoi ce désintérêt à aller vers d’autres marchés autres que celui de la Côte d’Ivoire ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Je comprends les interrogations concernant notre absence apparente sur d’autres marchés artistiques internationaux. Mais je mets un point d’honneur sur le fait que le choix de la galerie Eureka est axé sur un focus du marché de l’art ivoirien.
La première priorité a été de soutenir et de promouvoir la scène artistique en Côte d’Ivoire. En tant que galerie basée à Abidjan, nous nous sommes engagés à mettre en avant les artistes locaux et en favorisant leur reconnaissance nationale. Pour ce qui est de l’international, nous encourageons l’essor des artistes à travers d’autres galeries extérieures de leur choix afin de toujours leur permettre une certaine liberté que je trouve capitale à l’évolution et à l’accomplissement de tout artiste.
Asakan : L’autre bouleversement actuellement en cours dans le marché de l’art est la place de plus en plus prépondérante des nouvelles technologies. Comment votre métier de galeriste évolue-t-il face à cet enjeu ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : En tant que galeriste, j’ai compris l’importance de m’adapter à ces changements tout en préservant l’essence de mon métier. C’est pour cela que j’œuvre pour qu’Eureka Galerie ait une solide présence en ligne, notamment à travers les réseaux sociaux. Il s’agit principalement d’Instagram et de Facebook où je présente virtuellement les œuvres et où je communique sur les expositions et l’actualité des artistes de la galerie.
Asakan : Quels sont vos projets à court terme ? Comment envisagez-vous le futur de la Galerie Eureka ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Eureka Galerie continuera d’organiser des expositions tout le long de l’année. La prochaine exposition au programme est celle de Tamsir Dia, en novembre 2023. C’est une nouvelle série de peintures de l’artiste pour nous faire plonger dans sa philosophie et dans son univers.


Asakan : Pour finir cet entretien, quels conseils aimeriez-vous transmettre à des jeunes désireux de se lancer dans les industries culturelles et créatives en lien avec l’art ?
Sandrine Marmissolle Mesquida : Je tiens à rappeler à tous ceux qui désirent se lancer dans l’art (jeunes ou non) que l’art est une passion avant d’être une profession. Cultivez votre amour pour l’art, explorez différentes formes d’expression artistique et restez curieux. Votre passion sera votre moteur tout au long de votre carrière.
Galerie Eureka
Rue Marconi – Zone 4, Marcory, Abidjan, Côte d’Ivoire
Tél : + (225) 0709378901
Site web : https://eureka.gallery
Instagram: https://www.instagram.com/galerie_eureka/
Facebook: https://www.facebook.com/galerieeureka/
La Rédaction