Coup de Cœur avec l’Artiste Peintre Française Julie Laurenge

Diplômée d’un Master 2 Recherches en Histoire de l’Art, Julie Laurenge est historienne de l’art, assistante de galerie, commissaire d’exposition, et artiste. Dans son art, cette multicasquette, vivant et travaillant à Lille, entremêle et questionne ses souvenirs et sensibilités entre histoire de l’art, métissage culturel et liens familiaux dans un bleu qu’elle utilise à l’infini et de façon presque obsessionnelle comme un certain Yves Klein, son inspirateur premier.

Elle est notre Coup de Cœur.


Autoportrait Julie Laurenge

Asakan : Pour commencer notre entretien, pouvez-vous vous présenter ?

L’Artiste : Je m’appelle Julie Laurenge, je suis née en 1991 à Lille, en France.

Sensible aux arts plastiques, aux artisanats, aux matières et à l’Histoire depuis l’enfance, j’ai suivi une formation en Histoire de l’art à l’Université de Lille jusqu’à l’obtention d’un Master 2. Mes deux dernières années d’études m’ont notamment permis de faire de la recherche pour le Musée de Cluny – musée national du Moyen Âge à Paris.

Après ces cinq années de formation, j’ai travaillé en solo pour un galeriste d’art moderne et contemporain à Lille pendant huit ans. Aujourd’hui, je travaille à la gestion d’un fonds d’art contemporain pour un établissement public de santé mentale depuis cinq ans.


Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

Julie : L’art est un ensemble d’expressions principalement non verbales, de langages à part entière susceptibles d’être compris par tout le monde. C’est une matérialisation des émotions, des souvenirs ou de nos environnements intérieur et extérieur.

Je perçois l’art contemporain avec beaucoup de recul et de liberté. C’est l’art de notre époque. Il est multiple, complexe, une mosaïque pétrie par diverses inspirations, histoires et cultures.

Personnellement, je ne me sens rattachée à aucun courant du XXe siècle, ayant fait de plus en plus table rase du passé académique du XXe siècle en France et en Europe. Mais je suis sensible à la liberté de choix des supports et des sujets employés.


Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art ?

Julie : Hmm, cette question n’est pas simple à répondre. Je pense que c’est une quête de sens, des opportunités professionnelles, du courage, de l’investissement et beaucoup de persévérance qui ont permis cette possibilité depuis dix ans. Concernant ma pratique artistique, c’est au début de l’année 2019 qu’est vraiment née mon écriture et, à travers, mes recherches personnelles, pour me distinguer des autres artistes.


Asakan : En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?

Julie : Mon art est la matérialisation de mes profondeurs, mon histoire. Il incarne mes sensibilités, vibrations, souvenirs, une recherche d’apaisement et d’élévation de l’esprit.

Chaque matière est pensée, fait sens avec mon vécu, mon histoire familiale, mes souvenirs.

Le mélange sableux avec lequel je travaille depuis 2019 ne sert pas uniquement à créer des reliefs. Il est le symbole du temps, de l’abondance, des souvenirs que j’ai toute petite de sorties à la plage sur les côtes belges par toutes saisons.

L’enfance est ainsi la racine de mes inspirations, la base de toute réflexion car elle est une source de stabilité, de liberté et de sincérité.

Le bleu est la couleur de mon énergie. Je n’ai pas toujours travaillé en monochrome mais si cette couleur est la grande dominante, c’est parce que je m’exprime avec elle dans l’harmonie la plus pure. C’est cette harmonie qui donne autant de force à mes peintures.

Cependant, je ne pense pas être vraiment parvenue à la finalisation de mon empreinte ou de ma « patte » artistique car elle continuera d’évoluer toute ma vie. Néanmoins, depuis bientôt 7 ans, elle s’inscrit dans une logique de choix de matières, de gestes empruntés à d’autres arts, en particulier aux textiles. En cela, la série « Traits d’Humanité », grande série pensée sur toute une vie, dont « Berceau d’Humanité » est la première partie, est un ensemble de ponts artistiques dans le temps et l’espace à travers les arts du continent africain, asiatique et européen. J’y cherche ainsi, par ma sensibilité, à mettre en valeur nos diversités culturelles à une époque où, certaines personnes, souhaitent lisser l’humain. Ses thématiques sont axées sur les cosmogonies, le rapport au visible et à l’invisible, les matières, les formes, les symboles qui unissent ou marquent une divergence à travers l’Histoire comme Mami Wata portant aussi d’autres noms.


Julie Laurenge, « Petite Akua Bua », 2026.
Acrylique et pastel à huile sur papier artisanal en relief
Photo: Julie Laurenge Courtesy de l’Artiste
Julie Laurenge, « Akua Bua », 2025.
Technique mixte sur toile de lin et coton, 110 x 69 cm
Photo : Julie Laurenge Courtesy de l’Artiste
Julie Laurenge, « Asase Yaa », 2025.
Technique mixte sur toile de lin et coton, 40 x 30 cm
Photo : Julie Laurenge Courtesy de l’Artiste
Julie Laurenge, « Mami Wata », 2024.
Technique mixte sur toile de lin, 116 x 89 cm
Photo : Julie Laurenge Courtesy de l’Artiste
 Julie Laurenge, Détail « Frontières Géométriques », 2024
Technique mixte sur toile de lin, 55 x 46 cm
Photo : Julie Laurenge Courtesy de l’Artiste
Julie Laurenge, Détails « Pagne Kita #3 » & « Pagne Kita #3 », 2024
Technique mixte sur toile de lin, 40 x 40 cm x 2
Photo : Julie Laurenge Courtesy de l’Artiste
Dans les mains de Julie Laurenge, « Masque Baoulé Kple Kple Bleu », 2020
Technique mixte sur toile de lin, 60 x 59 cm
Photo : Julie Laurenge Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Julie : Mes inspirations sont d’époques et de lieux divers. Le travail artistique d’Yves Klein autour du bleu (IKB) m’inspire beaucoup pour ce qui est de la France au XXe siècle. Certaines de mes nuances s’inspirent directement de riches manuscrits français et anglais du milieu et fin du XIIIe siècle. Ces inspirations s’associent pleinement aux textiles africains dont les pagnes Adire Yoruba au Nigéria ou des Kita/Kente de la Côte d’Ivoire, du Ghana ou du Togo.

Différents genres musicaux africains m’insufflent l’énergie de mes toiles. La musique qui est un autre langage que la peinture m’aide énormément à peindre. Elle me permet d’aller toujours plus en profondeur en associant différents sens.


Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

Julie : Les regards du public et du milieu artistique mettent en avant le fait que mon travail est neuf, n’est pas fréquent. En dehors des sujets qui sont toujours clairement expliqués avec leurs origines jusqu’à garder certains titres dans la langue de l’ethnie à laquelle se rattache la création originale, tout le monde me fait part de surprise, d’originalité.

Il y a une bienveillance plutôt généralisée sur l’appréciation de mon travail. Originalité, force, minutie, technique aboutie sont des mots que j’ai souvent entendus ces dernières années.

Les quelques incompréhensions rencontrées sont souvent liées à la volonté de mettre l’art ou des artistes dans des cases. Par exemple, les toiles inspirées de motifs de pagnes sont réduites à un rattachement à l’abstraction géométrique pour un public européen de non spécialistes. Pour un public africain, ma peinture est forcément bien mieux comprise. La seule mauvaise expérience est l’association de mon travail à une appropriation culturelle parce que je suis française. L’appropriation existe là où on usurpe l’origine de son sujet et non dans son inspiration clairement signifiée.


Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

Julie : Je dirais de se lancer dans l’art de s’écouter, d’apprendre à se connaitre, se valoriser, se libérer de leurs carcans, leurs traumas, faire plein d’essais pour montrer à quel point ils sont uniques et intéressants. À travers l’art, c’est l’Humain qui s’exprime, qui s’ouvre au monde. La sensibilité n’a de limites que celles qu’on se donne par sa propre curiosité, l’écoute plus ou moins profonde du moi au milieu des autres ici, ailleurs et dans le temps. Rester sincère avec soi-même, de toute manière si vous ne l’êtes pas votre peinture vous rattrapera. En art personne ne peut tricher, encore moins dans la durée. L’art est un livre ouvert sur son créateur.

Même si c’est difficile, je leur conseillerais également de travailler en plus de leur art jusqu’à avoir une certaine reconnaissance qui leur permette de vivre dignement. C’est souvent un non-choix hélas, mais en plus de pouvoir plus ou moins facilement choisir leur matériel pour créer, ce travail nourrira leur création.

Pour plus d’informations sur le travail de Julie Laurenge,
Son compte Instagram et,
Son compte LinkedIn.  

La Rédaction.

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