Coup de Cœur avec l’Artiste Plasticien Guadeloupéen Geordy Zodidat Alexis

Figure émergente de la scène artistique guadeloupéenne et française, Geordy Zodidat Alexis (né en 1986) travaille sur le langage et la mémoire, le lien intime entre histoire, mémoire collective et souvenir personnel. Réinstallé depuis quelques années dans sa Guadeloupe natale, il s’appuie sur une approche réflexive qui interroge son héritage multiple (Caraïbes, Afrique et Europe) pour faire émerger de nouvelles pensées.

Il est notre Coup de Cœur.


Geordy Zodidat Alexis
Photo : Gwendalina Makdissi.

Asakan : Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?

L’Artiste : Je suis la somme de nombreuses expériences, de choix, je continue de me construire, de m’élever, mon nom est Geordy Zodidat Alexis. J’évolue dans le domaine artistique depuis quelques années déjà, j’expérimente, je chemine, j’apprends.

En 2011, mon DNSEP a été félicité aux Beaux-arts de Montpellier. Les cinq dernières années qui ont suivi ont été d’une expérience forte et enrichissante. Elles m’ont permis de révéler des éléments qui sommeillaient en moi, de rencontrer l’autre, de dialoguer avec de nouvelles sensibilités. Intégrer une école d’art c’est aussi accepter une certaine destruction de soi, un nettoyage pour faire émerger, faire naître les premières réflexions plastiques, cela ne veut pas dire qu’avant on ne réfléchissait pas ; je fais juste l’analyse simple de mon expérience.

En 2012, j’ai effectué une résidence artistique au Canada durant deux mois et demi, une expérience magnifique. J’avais besoin de me retrouver face à la matière, pour un dialogue profond hors du temps. J’étais dans un petit village dans la région de l’Ontario, entouré de nature, lac et forêt au pas de la porte de la résidence Ateliers Topaz. S’en est suivi une exposition au Conseil des Arts de Hearst. Mais le stockage et le rapatriement des pièces réalisées ont été un obstacle de taille.  Je n’ai pas pu faire venir les pièces dans l’Hexagone, elles ont donc toutes été détruites. Ce sont les archives photographiques qui témoignent de l’exposition. Après il y a eu d’autres résidences et expositions, à Paris, dans le sud de la France, à Los Angeles, en Angleterre, aux Philippines.

Depuis 2021, je travaille sur l’île qui m’a vu naître. J’ai ainsi fait le choix il y a quatre années de revenir en Guadeloupe pour installer mon atelier de travail, construire l’environnement nécessaire, essentiel au développement de mes réflexions plastiques. J’avais besoin de cette reconnexion à la terre, à ma terre pour la bonne poursuite de mon cheminement.


Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

L’Artiste : Dans ma réflexion tout est lié à l’art, ou l’art est lié à toute chose, tout dépend du point de vue d’où on observe ce monde. La pousse d’un arbre, les feuilles qui dansent avec le vent… Dans ma conception, la nature est d’une intelligence profondément complexe et multimillénaire. Quand je rapporte cela à ce que je vis, ce que je produis comme contenu, comme pièces, les ponts sont plus nombreux que les frontières.

L’art contemporain au-delà d’être un monde, je le vois comme une entité singulière qui ne peut être compris dans toute sa complexité. Une vie ne suffit pas pour toucher son immensité. Sans douter, il persiste une liaison avec la connaissance, l’espace sensible, le pouvoir de l’image et de l’expérience. L’œuvre contemporaine est une matérialisation de la création, manifestation de la pensée. Après il y a d’autres paramètres qui peuvent parasiter, inséminer d’autres informations et influencer, modifier le processus.


Asakan : Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?

L’Artiste : J’ai commencé le dessin assez tôt, en participant à des concours de dessins quand j’étais enfant. Mon père suivait alors ce que je faisais avec le souci de l’amélioration. Puis le temps est passé et après l’obtention d’un bac scientifique, je pars pour étudier dans l’Hexagone. En 2006, j’intègre une formation de préparation aux écoles d’art, je me sentais à ma place, dans ma voie. Depuis, tout ce qui m’entoure doit converger vers ce qui m’anime, vers l’art.


Asakan : En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?

L’Artiste : La phase de recherche fait œuvre, elle raconte, témoigne du processus qui mène à la maturité. Les pièces que j’élabore, je les visualise comme les chapitres d’un livre. La progression se fait en phase avec l’évolution de mon travail de recherche. La maturité vient avec la réflexion et la pratique. J’ai également effectué un long travail de déconstruction, d’autocritique, d’introspection.

Dans le processus, l’histoire que transportent les matériaux que j’utilise, leur composition suscite grandement mon intérêt. La notion de guérison, la spécificité de chaque élément animal, végétal, cosmique, humain me permet d’élaborer des travaux de l’ordre du protocole de sacralisation. Il est pour moi question de matière dans sa forme visible et invisible.

Dans ma relation avec l’art, j’explore l’idée d’une nouvelle sacralisation. Je vois la feuille de papier d’abord comme résultat d’un procédé, un enchevêtrement de fibres végétales, bois, coton, chanvre, lin. J’accorde une importance particulière à la fibre. J’aime la sensation que me procurent les bâtons de pastel à l’huile quand je travaille.  Ils me rappellent le contact avec la terre. Avec ma terre, celle de mon île chargée d’histoire et de vibration.

J’ai une approche véritablement organique dans ma pratique.


Geordy Zodidat Alexis, « La correspondance des règnes », mai 2024.
Pastel à l’huile, graphite, crayon de couleur, 135 x 150 cm © ADAGP
Courtesy de l’Artiste
Geordy Zodidat Alexis, « La protection des mondes, la kaz une entité à purifier. Véhicule. Corps. Correspondance », juin 2024.
Pastel à l’huile, graphite, crayon de couleur, 124 x 150 cm
© ADAGP Courtesy de l’Artiste
Geordy Zodidat Alexis, « Théorie de la métaphore », août 2023.
Pastel à l’huile, graphite, crayon de couleur, 122 x 150 cm © ADAGP
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

L’Artiste : Cy Twombly, je me rappelle encore de la force vibratoire qui a parcouru mon corps lorsque je contemplais une peinture de la série Bacchus. Je citerai également le spirituel dans l’art de Wassili Kandinsky, la peinture allemande, la performance chinoise, les mouvements culturels Voukoum et Akiyo.

Je ramène des histoires à ma contemporanéité. Je vois des corrélations entre les Histoires du Monde et la science qui les sous-tend.

Je questionne l’harmonie entre les éléments, la compréhension de la vibration et des liens.

Je m’enfonce dans la noirceur du sol pour atteindre le seuil vibratoire du milieu où j’évolue.

La Caraïbe.

Lumière interne. Jaillissement.

Vibration haute. Enracinement.

A travers le prisme caribéen, je commence à percevoir l’immensité des univers.

Je vois, chemine et propose au monde mes analyses cartographiques.


Geordy Zodidat Alexis, « En présence des eaux, j’habite le monde des sans yeux. Velleité. Fin. Connexion », avril 2024.
Pastel à l’huile, graphite, peinture à l’huile, crayon de couleur sur papier, 120 x 150 cm © ADAGP
Courtesy de l’Artiste
Geordy Zodidat Alexis, « Le centre intérieur est cosmique. Je suis le tout intérieur, nous sommes le reflet », mai 2024.
Pastel à l’huile, graphite, peinture à l’huile, crayon de couleur sur papier, 125 x 150 cm © ADAGP
Courtesy de l’Artiste
Geordy Zodidat Alexis, « L’espace entre les lignes », juillet 2023.
Pastel à l’huile, graphite, crayon de couleur sur papier, 100 x 150 cm © ADAGP
Courtesy de l’Artiste
Geordy Zodidat Alexis, « Processus de reconfiguration », 2020.
Installation (racines de figuier maudit, bois, plâtre, morceau de grillage, acrylique, calebasse, argile, pigment, vase, polypropylène tissé), 458 x 336 x 60 cm © ADAGP
Courtesy de l’Artiste

Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

L’Artiste : Les personnes qui ont déjà vu mon travail répondront avec plus d’aisance à cette question.

Je vous invite à lire :


Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

L’Artiste : Soyez profondément ancré dans ce que vous voulez contre vent et marée, voyez loin en mettant un système en place qui vous permettent d’atteindre vos objectifs, de vivre comme vous le souhaitez, prenez les bonnes décisions pour vous. Soyez bienveillant. On peut faire beaucoup dans ce domaine et comme dans tout on peut se perdre.

Pour plus d’informations sur le travail de Geordy Zodidat Alexis,

La Rédaction.

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