Aicha Ken Sy: « Plus que jamais, nous voulons inscrire la Galerie Le Manège dans un mouvement vivant et évolutif, où l’art devient un levier de questionnement, de transmission et de transformation »

Fondatrice de Wakh’Art, une plateforme dédiée à la promotion de l’Art et de la Culture au Sénégal, et commissaire d’exposition, Aicha Ken Sy est depuis septembre dernier la nouvelle directrice de la Galerie Le Manège de l’Institut français de Dakar.

A cette occasion, nous nous sommes entretenus avec elle autour de son nouveau métier ainsi que des axes, projets et perspectives de la prestigieuse galerie.

Aicha Ken Sy

Asakan : Vous avez pris il y a quelques mois la tête de la Galerie Le Manège de l’Institut français de Dakar. Comment définissiez-vous depuis lors votre rôle de galeriste ?

Aicha Ken Sy : Prendre la direction de la Galerie Le Manège, c’est avant tout inscrire mon action dans une histoire riche et engagée, tout en y insufflant une nouvelle dynamique. Mon rôle de galeriste se construit autour de plusieurs axes essentiels : accompagner les artistes, valoriser leurs œuvres et créer des espaces de dialogue entre les scènes locales et internationales.

La galerie est un lieu de visibilité et de reconnaissance, mais aussi un laboratoire où l’expérimentation et la recherche artistique ont toute leur place. Je conçois ce rôle comme celui d’une passeuse : il s’agit de mettre en lumière des pratiques artistiques contemporaines en résonance avec les réalités sociales, politiques et culturelles du Sénégal et du monde. À travers une programmation exigeante et accessible, je souhaite que Le Manège soit un espace vivant, ancré dans la ville et ouvert à tous les publics. Enfin, il me tient à cœur de renforcer les échanges entre les institutions culturelles, les collectionneurs et les professionnels de l’art afin de mieux inscrire les artistes que nous accompagnons dans des circuits durables, en Afrique et au-delà.


Asakan : Pouvez-vous nous en dire plus sur les artistes et projets que vous soutenez ? Quels facteurs motivent leurs choix ?

Aicha Ken Sy : À la Galerie Le Manège, nous soutenons des artistes dont les pratiques interrogent les réalités contemporaines à travers des récits ancrés dans l’histoire, la mémoire et les dynamiques sociales. Nos choix se fondent sur une volonté de donner de la visibilité à des approches singulières, qu’elles soient plastiques, performatives ou conceptuelles.

L’exposition actuelle, Poétique d’une maille sociale : la Drianké, en est un parfait exemple. Elle illustre notre engagement à explorer des sujets qui font écho aux structures sociales et culturelles de notre environnement. De la même manière, nous avons récemment accompagné Maya Ines Touam, dont le travail questionne les identités et les circulations culturelles, ainsi qu’Aliha Thalien, qui explore les mémoires invisibilisées à travers la photographie et l’installation. Dans quelques mois nous accueillerons de jeunes artistes de la banlieue de Pikine et en fin d’année des artistes du Bénin, du Congo etc. Chaque projet que nous soutenons s’inscrit dans une dynamique de recherche et d’échange. Car la galerie n’est pas seulement un espace d’exposition, mais aussi un lieu de réflexion et de dialogue où les artistes peuvent expérimenter, interagir avec les publics et inscrire leur travail dans une démarche durable, en lien avec les réseaux artistiques locaux et internationaux.


Vues de l’Exposition « Diggante Taar ak Kiliftéef »

Crédit Photo: Khalifa Hussein


Asakan : Actuellement, vous présentez justement Diggante Taar ak Kiliftéef. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans le monde de l’art ?

Aicha Ken Sy : L’exposition Diggante Taar ak Kiliftéef (Poétique d’une maille sociale : la Drianké) est une réflexion sur la figure de la Drianké, femme d’influence et de transmission dans la société sénégalaise. À travers une approche à la fois plastique et sociologique, les artistes explorent les codes vestimentaires, les gestes et les récits qui entourent cette figure emblématique, entre héritage et réinvention contemporaine.

L’exposition interroge particulièrement la manière dont le vêtement et l’apparat deviennent des langages sociaux, des marqueurs d’appartenance et des outils de pouvoir au féminin.

La place des femmes dans le monde de l’art est un sujet central, et cette exposition en est une illustration. Il est essentiel de donner une visibilité aux créatrices et aux récits féminins, non seulement pour rééquilibrer une histoire souvent écrite au masculin, mais aussi pour mettre en avant des perspectives singulières et engagées.

Si les femmes sont très présentes dans la création artistique, elles restent encore sous-représentées dans les grandes institutions, les collections et les circuits de légitimation. À la Galerie Le Manège, nous avons à cœur de contribuer à cette reconnaissance en soutenant des artistes qui, par leur travail, remettent en question les structures établies et ouvrent de nouvelles voies. L’art est un espace de réflexion et de transformation, et il doit être à l’image de la diversité des voix qui le portent.


Asakan : Quels projets et perspectives nourrissez-vous pour les mois et années à venir ? 

Aicha Ken Sy : Nous préparons une grande exposition internationale autour de la thématique de l’identité, réunissant des artistes dont les pratiques explorent les notions d’appartenance, de mémoire et de métissage culturel. Cette exposition s’inscrit dans une démarche plus large visant à interroger les représentations contemporaines et les récits qui façonnent nos sociétés. Dans cette dynamique, nous mettons également en place des ateliers de formation et de transmission destinés aux artistes et aux professionnels du secteur. Ces formations aborderont des thématiques telles que la professionnalisation des artistes, la gestion de carrière, la médiation culturelle et l’écriture curatoriale. Il est essentiel pour nous de renforcer les compétences et d’accompagner les acteurs du milieu artistique dans leur structuration.

Nous continuerons aussi à développer des passerelles entre l’art et d’autres disciplines, notamment à travers des collaborations avec le cinéma, la littérature et la performance. Nos cycles de rencontres et de discussions avec des penseurs, des historiens et des artistes seront pensés pour offrir une réflexion plus large sur les pratiques artistiques et leur ancrage dans les réalités sociopolitiques. Plus que jamais, nous voulons inscrire la Galerie Le Manège dans un mouvement vivant et évolutif, où l’art devient un levier de questionnement, de transmission et de transformation.

Exposition Diggante Taar ak Kiliftéef 

Du 07 mars au 31 mai 2025

Tous les jours de 11h à 19h sauf les lundis

Galerie Le Manège

3 rue Parchappe, Dakar, Sénégal

Plus d’infos, sur leur compte Instagram ou sur le site web : https://ifs.sn/ 

La Rédaction.

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