Coup de Cœur avec l’Artiste Basque Juan Aizpitarte

Exposé dans le monde entier, le travail de Juan Aizpitarte propose des projets in situ à travers des relations mêlant sculpture et installation, peinture murale et art public, actions performatives et projets éditoriaux, écriture, photographie et installation vidéo pour examiner la manière dont l’histoire, l’économie et la politique nous influencent en tant qu’individus, ainsi que la manière dont ces phénomènes contiennent les histoires qui construisent nos mythes culturels.

Coup de Cœur.

Portrait Juan Aizpitarte
Exposition Fetxh. Marienia. Guethary. 2021 Crédit Photo: Oscar Olivia

Asakan : Pour commencer notre entretien, pouvez –vous vous présenter ?

Juan Aizpitarte : Je m’appelle Juan Aizpitarte, je suis né en 1974 à Saint-Sébastien, une petite ville du littoral atlantique entre la France et l’Espagne.

J’ai commencé mes études de Beaux-Arts à Bilbao en 1993, avec une spécialisation en Sculpture, et grâce au programme Erasmus, je les ai finies à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux où j’ai été diplômé en 1998.

J’ai toujours aimé voyager, à travers les résidences artistiques ou simplement pour le plaisir d’explorer le monde. Cette curiosité m’a motivé à travailler sur des sites spécifiques et l’espace public. Plus tard, j’ai pris plaisir à travailler dans les espaces sacrés de l’art dans une démarche relationnelle.


Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Comment percevez-vous l’art contemporain ?

Juan Aizpitarte : Même si le concept de contemporain est paradoxal, je me sens identifié à l’idée de créer en relation au monde actuel, à imaginer l’art, y compris contemporain, comme un outil d’exploration existentielle, un véhicule dans le voyage de la vie.

La création est l’acte qui m’a ouvert à l’apprentissage personnel ainsi que du monde. C’est un champ de travail émotionnel, intellectuel et phénoménologique. C’est la forme la plus intense de la vie.


Asakan : Quand avez-vous su que vous consacriez votre vie à l’art ?

Juan Aizpitarte : Depuis ma jeunesse, je suis curieux sur le sens même de l’existence. Ma période scolaire m’a énormément déçu car elle ne faisait que proposer des points de vue fixes. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il fallait trouver une méthodologie pour saisir au mieux la réalité. 

Une nouvelle conscience m’a permis de comprendre que dans le monde physique tout avait été créé comme un système d’objets, de règles et d’idées. Que l’art pouvait jouer un rôle décisif dans la capacité de changement du monde, et même si c’était une illusion, il avait tout au moins la capacité de faire changer mon interprétation.


Asakan : En tant qu’artiste, comment décririez-vous votre art ? Comment êtes-vous parvenu à la finalisation de votre empreinte ?

Juan Aizpitarte : Je pratique une sorte de geste multidisciplinaire qui produit des éléments modulaires capables de se connecter entre eux et créer des environnements psycho intellectuelles. Toute idée peut commencer par un cheminement différent. Un dessin peut devenir une maquette, et ensuite une œuvre monumentale. Ou un vidéo, peut devenir la source d’inspiration d’une série de photos. L’importance pour moi c’est d’activer l’énergie et suivre le chemin qui propose le sujet.

En cela, l’œuvre n’est jamais fini, tant que l’énergie est présente. À la fin du processus les traces se retrouvent en salle, dans une sorte d’espace de réunion. La lecture de ces traces, peut se faire dans différents sens. La narration est ouverte à la circulation dans l’espace et est toujours en relation au contexte. Je suis très sensible à l’idée d’installation et de Site Specific. L’œuvre pour moi est un dispositif qui est relié à une action, passé ou futur.  Ainsi le public est invité à suivre les actions qui ont mené à créer une œuvre dans une ligne temporaire.

Car de toutes ces qualités d’une œuvre, celle qui m’intéresse le plus c’est celle du pouvoir proposer une nouvelle interprétation des choses.


Juan Aizpitarte, Plipipe / Museo Bellas Artes Bilbao 2002. Commissaires: Bartomeu Mari, Guadalupe Echevarria
Crédit Photo: Juan Aizpitarte
Juan Aizpitarte, Plipipe / Torrence Museum. Los Angeles 2013. Comissaire Max Presley
Crédit Photo: Juan Aizpitarte

Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?

Juan Aizpitarte : Mes inspirations viennent autant de références culturelles, artistiques, littéraires au musicales, que de l’observation de la nature et notre monde au quotidien.

Au début de ma carrière, je me suis intéressé à la dimension urbaine comme construction sociale conceptuel, architectural et politique. Cette étape était indispensable pour la compréhension des limites dans le cadre de la notion de civilisation.

La performance, les actions urbaines et les interventions dans l’espace public ont été alors mes moyens d’expression de la ville.

Maintenant je fais une transition vers le monde naturel et plus intime. Dans mon dernier projet, je me suis intéressé aux phénomènes lumineux, qui touchent toutes les formes d’art. Sans laisser de côté le son qui se propage invisible, comme la lumière, à travers des ondes.

Dans cette étape, j’ai intégré de manière plus permanente la photographie, et la vidéo dans mes installations.


Juan Aizpitarte, Belle Epoque / Bienale D’Anglet 2009. Commissaire Didier Arnaudet Crédit Photo: Juan Aizpitarte

Juan Aizpitarte, Hub Islands 1/2/ Bienal d’architecture Mugak. San Sebastian 2019. Commissaire: Perdro Astigarraga Crédit Photo: Juan Aizpitarte

Juan Aizpitarte, Piro 1 / 2 /  Maxi III. Labenne. France. Commissaire: Francois Loustau

Crédit Photo: Juan Aizpitarte

Juan Aizpitarte, Reflex / Exposition Nature Element, Chateau de láas, 2015
Crédit Photo: Juan Aizpitarte
Juan Aizpitarte, Midi/Auña. Exposition Ex_Ile. Galerie Altxerri. 2021
Crédit Photo: Oscar Olivia

Juan Aizpitarte, Lux / Serie Photographique. Galerie Sakana. San Sebastiaqn.  2024

Crédit Photo: Juan Aizpitarte


Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?

Juan Aizpitarte : Mon choix de ne pas devenir un artiste reconnaissable par le style des œuvres m’a construit différemment dans le regard des autres. Pour le public qui attend la répétition d’un geste esthétique, je suis un artiste étrange qui fuit les étiquettes. Pour un public qui a appris à lire entre les lignes, je suis une énigme qui propose un travail ludique autour de la perception de l’art et du monde.

Comme certaines choses dans la vie, mon travail n’est pas très facile à médiatiser, à traduire en mots. Les références sont croisées, entre intuitions vitales et gestes cryptiques.

J’avoue également avoir été dans une dimension critique pendant beaucoup de temps. Avec l’impression de me retrouver dans la résistance d’un monde complètement surréaliste. Actuellement, je retrouve un certain équilibre en travaillant avec des concepts plus lumineux.


Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?

Juan Aizpitarte : Je vois l’art et la vie comme un acte de foi. Chaque étape de la vie change plus vite que le temps d’adaptation. Toujours en déséquilibre, on doit trouver le mouvement qui nous permet d’avancer. Comme un miracle, le geste artistique nous connecte à cette possibilité. Telle est la nature créatrice. Notre rôle est peut-être d’accepter cette nature et de se mettre à sa disposition.

Pour plus d’informations sur le travail de Juan Aizpitarte,

La Rédaction.

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