Alors que se tient actuellement et ce jusqu’au 22 septembre prochain, la 10ème édition de la Rencontre Internationale d’Art Contemporain (RIAC) de Brazzaville, Asakan est allé à la rencontre de la Brazzavilloise la plus active du monde de l’art à Dakar autour de son parcours, de ses activités et de la scène artistique contemporaine africaine.
Entretien avec une passionnée qui engage ses compétences, son geste raffiné et sa voix fluette au service des tout-petits.

Asakan : Présentez-vous, dites-nous ce que vous faites dans la vie ? Votre parcours ?
Urielle Kouk : Je suis Urielle Kouk, médiatrice culturelle, assistante de projet culturel et initiatrice d’activités et projets créatifs pour la petite enfance. J’ai récemment créé l’Atelier des P’tits, un espace créatif et ludique conçu spécialement pour les enfants.
Question parcours, je suis diplômé design graphique et d’un master en arts plastiques de l’Ecole des Beaux-Arts de Dakar. J’ai commencé à travailler avec différentes institutions et galeries de la place comme la Galerie Cécile Fakhoury, La Galerie de Mon Père, l’Atelier Céramiques Les Almadies, le Partcours, le Secrétariat Général de la Biennale de Dakar et certains festivals. Puis, je me suis mise à monter divers projets pour la petite enfance selon la période, le programme proposé et la tranche d’âge.
Asakan : Vous étiez connue comme artiste photographe. Aujourd’hui, vous excellez comme organisatrice et animatrice de projets artistiques en rapport avec de très jeunes publics. Expliquez-nous comment s’est passée cette transition ?
Urielle Kouk : Il n’y a pas eu vraiment de transition, je me suis juste dit que je vais aller regarder de l’autre côté du miroir, c’est-à-dire voir comment ça se passe chez les organisateurs des évènements, des expositions et tout le reste et puis il s’est avéré que j’aimais ça plus qu’être artiste.
Asakan : Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans ce travail avec les enfants?
Urielle Kouk : Je crois que c’est le fait de les voir épanouir ou étonner du résultat de ce qu’ils ont produit, de ce qu’ils découvrent ou de ce qu’ils apprennent et de ce que j’apprends moi aussi à travers eux. J’apprécie surtout de pouvoir ouvrir le domaine artistique et culturel aux enfants parce que, généralement, pour découvrir ce monde-là, il faut attendre que tu sois adulte, ou que tu aies des parents qui fréquentent ces espaces pour pouvoir y avoir accès. Et je pense que mon but est de susciter une passion en leur faisant découvrir qu’il y a d’autres métiers dans la vie en dehors des marketing et actions commerciales, gestion des ressources humaines, banque et finance, et consorts.

Asakan : Comment décriez-vous un projet typique de travail ?
Urielle Kouk : Ca dépend de la tranche d’âge et du projet. Mais la base, c’est toujours se présenter, créer un lien, faire un point sur le projet, l’expliquer et ensuite le mettre en œuvre avec tous les enfants concernés. Par exemple, si les enfants doivent réaliser un travail collectif sur la faune, l’idée est de demander aux enfants de développer ce thème : qu’est-ce que ça leur inspire ? Qu’est-ce qu’ils voient derrière ? Qu’est-ce qu’on peut y ajouter ou y retrancher ?
Pour cela, je travaille avec des enfants de 3 à 11 ans, parfois par tranche d’âge ou parfois en groupe unique.


Asakan : Quels retours avez-vous des enfants que vous encadrez ? Et de leurs parents ?
Urielle Kouk : Les enfants ont envie de revenir ou n’ont pas envie de partir. Pour les parents, il y a un truc qui m’a marqué, un parent m’a dit un jour : « mon enfant est rentré, il a repris une feuille et il a reproduit ce que vous avez fait ». Pour les visites d’expo, il y a un enfant qui est venu aussi une fois faire une visite avec son père. C’était pendant l’exposition de la Galerie 19m où nous avons passé beaucoup de temps sur une carte de Dakar qui était en train d’être brodé. Une fois qu’il est rentré chez lui, il a reproduit la carte à sa façon, comment il la sentait, comment il avait vécu l’expérience et l’avait comprise puis il est revenu le lendemain matin avec son père pour me la donner. Quand il est arrivé, je n’étais pas en service, je reprenais l’après-midi. Mes autres collègues lui ont demandé de laisser son dessin et quand elle viendra, on lui donnera. Il a refusé et il est revenu l’après-midi, toujours accompagné de son père pour me remettre le dessin.
Quand j’ai vu ça, j’ai compris qu’il a pu retenir quelque chose de sa visite et que c’a été un échange qui l’a vraiment marqué. Et qu’un parent raccompagne son enfant par deux fois, cela montre l’engagement de beaucoup de parents.
Asakan : Mis à part l’art et les enfants, quelles sont vos autres passions ?
Urielle Kouk : Accompagner des projets, aider d’autres organisateurs, beaucoup plus dans la culture que dans d’autres domaines maintenant, à réaliser leurs projets. J’ai fait gestion des projets avant d’être dans le domaine des arts.
Asakan : Et donc, c’est fini avec l’artiste photographe ?
Urielle Kouk : Je ne sais pas. La photographie, c’est mon premier amour mais franchement, il se peut que j’arrête, il se peut que je continue.
Asakan : Quels sont vos projets à court terme ?
Urielle Kouk : Il y a un projet de médiation qui est en train d’être discuté avec un des espaces qui participera au Partcours 2023 afin que les très jeunes publics puissent être intégrés à cette exposition, la visiter avec une médiation adaptée à leur âge et ainsi pouvoir interagir avec les œuvres qui seront présentées.
J’aimerais aussi aller voir ailleurs en dehors du Sénégal, notamment à Ségou, à Bamako ou à Abidjan.
Asakan : Pour vous, quel est le plus grand défi auquel l’art africain contemporain aura à faire face dans les années à venir ?
Urielle Kouk : Les parents africains et notre génération ont une image clichée de l’art et de la culture et le plus grand défi, pour moi, sera de faire tourner la balance.
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans les industries culturelles et créatives en lien avec l’art ?
Urielle Kouk : Ils devraient être curieux. S’ils ne savent pas exactement ce qu’ils veulent faire, il faut texter divers choses jusqu’à trouver, sortir, aller à des expositions, des festivals, des manifestations artistiques, discuter avec des artistes, lire beaucoup sur les courants artistiques africains, et d’ailleurs voir ce qui se fait dans la branche ou l’on souhaite évoluer, s’instruire sur l’art en général, voir des pays si c’est possible mais surtout ouvrir son esprit, ne jamais cesser de s’émerveiller.
Asakan : Un mot de fin ?
Urielle Kouk : Merci de m’avoir reçu. Likez, partagez, commentez !
Pour plus d’informations sur le travail d’Urielle Kouk, n’hésitez pas à la contacter par mail à : uriellekouk8@gmail.com.
Propos recueillis par : Olaréwadjou Elvis LALEYE.