Suisse : Retour sur l’entretien avec Mona Brulhart, fondatrice de la Gallery Brulhart

La Gallery Brulhart présente actuellement et ce, jusqu’au 15 juillet, « Tenir hors de la portée des enfants », la première exposition individuelle de l’artiste sud-africaine Philiswa Lila en Suisse. Dans cette exposition-installation, l’artiste interroge la sécurité concernant les histoires d’enfances, et plus particulièrement celle des jeunes filles, en y incluant les thèmes de la menstruation, de l’amour, du désir, de la douleur, du viol, de la honte, des blessures et de la résilience. 

En janvier dernier, nous avons rencontré Mona Brulhart, la fondatrice et directrice de cette galerie créée en 2020 et qui défend les intérêts de femmes artistes d’Afrique. Avec elle, nous avions sur son parcours, de sa passion pour l’art et de son travail dans le monde de l’art.

Rencontre.


Portrait de Mona Brulhart

Asakan : En quelques mots pouvez-vous nous retracer votre parcours ?

Mona Brulhart : J’ai fait mon parcours professionnel au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). Ce travail m’a amené à vivre pendant plusieurs années sur le continent africain notamment en Somalie, au Rwanda, au Burundi, en Guinée-Conakry, au Libéria, en Mauritanie et en République Démocratique du Congo, et ainsi à m’intéresser aux peuples et aux cultures de ces pays. Après 30 ans dans l’humanitaire, j’ai arrêté fin 2019 pour enfin me poser chez moi, et me tourner vers d’autres cieux.


Asakan : D’où l’intérêt pour l’univers artistique ?

Mona Brulhart : L’art moderne et contemporain m’a toujours fasciné même avant que je travaille pour le HCR. Je me rappelle que j’ai toujours admiré les œuvres de Miró, Picasso et Tinguely. Parce que justement cet art n’est pas facile à comprendre. Et c’a suscité ma curiosité, mon envie de comprendre. Ce n’est pas juste des portraits, des paysages, ce sont des choses qui font réfléchir, se demander qu’est-ce que l’artiste a voulu exprimer.

Aussi, je suis une personne politique et l’art protestataire rentre également dans l’art contemporain. L’art qui est là pour faire passer un message parfois inconfortable, soulever certains problèmes de la société ; je trouve que c’est un bon moyen pour discuter des choses qui nous concernent, qui parfois nous troublent, nous interpellent.


Asakan : Pourquoi avez-vous créé la Gallery Brulhart ?

Mona Brulhart : Si j’ai toujours apprécié l’art et suivi lors de mes pérégrinations sur le continent l’actualité de l’art contemporain, créer la galerie a été une autre chose. L’idée a pris forme pendant le Covid. Mais tout le monde me conseillait une galerie en ligne alors que moi, je voulais avoir un espace où montrer des expositions, présenter des artistes femmes. Car le féminisme est l’autre volet qui rentre dans mon agenda.

Comme dans tous les domaines, en effet, les femmes artistes sont discriminées. Elles ont plus de peine de se réaliser et sont sous-représentées dans le monde de l’art. J’ai donc trouvé simple et droit de réserver mon espace aux femmes, notamment aux femmes artistes émergentes vivant et travaillant principalement sur le continent africain pour garder le lien avec ce continent et ses peuples que j’ai toujours servis de mon mieux.



Asakan : Vous auriez pu garder ce lien en collectionnant davantage les œuvres d’artistes femmes africaines ?

Mona Brulhart : Tout à fait. Mais ce serait égoïste si je m’en étais arrêtée là. Beaucoup de femmes qui sont artistes, en début de carrière et même reconnues, bénéficient d’une visibilité moindre que les artistes hommes et cela en dépit du fait qu’elles travaillent très dures et doivent encore s’occuper, notamment en Afrique, des enfants, de la famille et des travaux domestiques.

Avec ma casquette de galeriste, je contribue à rendre plus visibles, auprès d’amateurs d’art, de collectionneurs et des divers publics, ces femmes qui ont trouvé le temps et l’énergie de construire leurs pratiques artistiques et d’apporter leurs visions au monde.


Asakan : Comment découvrez-vous vos artistes ?

Mona Brulhart : Souvent lors de mes voyages sur le continent africain. Je vais les rencontrer dans leurs ateliers, je fais le tour d’expositions et d’évènements ou tout simplement certaines artistes envoient leurs portfolios à la galerie.

Par exemple, dans le cadre de « Regarde-Moi », l’exposition actuelle à la galerie, j’ai rencontré les artistes et le commissaire d’exposition à la dernière Biennale de Dakar à l’exception de Kiné Aw dont je suis le travail déjà depuis quelques années.


Asakan : Justement, parlez-nous de l’exposition « Regarde-Moi / Look At Me » ?

Mona Brulhart : Tout a commencé avec une présélection de douze artistes femmes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale pour en arriver finalement aux artistes Kiné Aw, Amy Celestina Ndione, Mauricette Djengue et Anastasie Langu Lawinner, les quatre artistes exposées à la galerie du 19 janvier au 11 mars 2023. Les choix se sont opérés en collaboration avec le commissaire d’exposition (Olaréwadjou Elvis LALEYE alias Oba Shola Akinlabi) et en fonction de ce que je souhaite apporter au paysage artistique contemporain en Suisse.

Evidemment le féminisme, les luttes et les conditions de vie des femmes en Afrique en forment le fil conducteur. Chacune de ces quatre artistes les a abordés de manière indépendante et avec le medium de son choix. C’est ce qui explique la richesse de cette exposition et l’engouement suscité auprès des collectionneurs et du grand public.

Quelques images du vernissage du vernissagede l’expositioon « Regarde-Moi » Crédit Photos : Bertrand Rey.

On a également profité de l’occasion pour faire une conférence sur les féminismes en Afrique, avec les deux artistes présentes au vernissage, Kiné Aw et Mauricette Djengue. Car l’objectif de la galerie est aussi de dialoguer entre cultures, à travers l’art et à l’aide de l’art.


Asakan : Bien avant cette exposition en cours, vous aviez présenté récemment « Frontières de l’Illusion »…

Mona Brulhart : Alors oui c’est vrai que ma galerie est dédiée aux femmes afro-descendantes mais on peut aussi faire des exceptions. La guerre en Ukraine m’a tellement bouleversé et bouleversé tellement de gens autour de moi que je me devais de faire quelque chose pour appuyer ces réfugiées, femmes artistes qui sont en Suisse ainsi que dans d’autres pays européens.

Ce soutien à l’art ukrainien a permis à ces artistes ukrainiennes de pouvoir faire découvrir leurs œuvres, connaitre la joie d’exposer et continuer de vivre de leur passion en dépit de l’exil. Mais c’était juste une petite excursion en Europe, je suis retournée en Afrique maintenant (rires).

Exposition « Tenir hors de la portée des enfants » jusqu’au 15 juillet 2023 à la Gallery Brulhart, Genève, rue des Vollandes 21.

La galerie est ouverte le mercredi, jeudi et vendredi de 12 H à 18 H et le samedi de 10 H à 18 H.

Plus d’informations, gallerybrulhart.ch

Propos recueillis par: Olaréwadjou Elvis LALEYE.

Article publié pour la première fois en janvier 2023 et actualisé ce 1er juillet 2023.

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