Coup de cœur
Avec l’Artiste Peintre Ivoirienne basée à New-York Angela Koua Houphouët
Houphouët Koua est une jeune artiste peintre née en 2002 à Abobo dans la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Alors qu’elle suivait des cours en architecture d’intérieur à l’INSAAC, elle se met en autodidacte à la peinture durant la pandémie du Covid 19. Elle s’installe deux ans après à New-York aux Etats-Unis d’où elle explore l’identité, les dynamiques invisibles des relations humaines et les transformations intérieures qu’elles peuvent provoquer. Elle est notre Coup de Cœur.

Asakan : Pour commencer notre entretien, voulez-vous vous présenter ?
Angela Koua Houphouët : Je m’appelle Houphouët Angela Koua. Je suis une artiste peintre autodidacte, née et ayant grandi en Côte d’Ivoire. Je vis aujourd’hui aux États-Unis, dans l’État de New York.
Mon parcours artistique s’est construit progressivement, entre mon histoire personnelle, mes expériences et mon envie de traduire en images des émotions ou des réalités parfois difficiles à exprimer avec des mots.
Asakan : Quelle définition faites-vous de l’art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain ?
Angela Koua : Pour moi, l’art est avant tout une manière d’exprimer mes émotions, de lâcher prise et de me libérer de ce que je peux garder à l’intérieur.
Je considère aussi l’art comme un véritable outil de dénonciation, de réflexion et d’apprentissage. L’artiste peut parfois exprimer ce que tout le monde n’arrive pas à dire. À travers une œuvre, il peut interpeller, questionner et même changer notre manière de voir certains sujets ou certaines réalités.
Concernant l’art contemporain, je trouve qu’il est aujourd’hui beaucoup plus accessible et surtout beaucoup plus vaste et libre que l’était d’autrefois. C’est justement cette liberté qui me plaît énormément : le fait de pouvoir casser les codes, expérimenter et s’exprimer avec une véritable individualité, sans forcément devoir entrer dans un cadre précis.
Asakan : Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art?
Angela Koua : Au départ, j’ai intégré l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC) à Abidjan pour étudier l’architecture d’intérieur. C’est pendant cette période que je suis littéralement tombée amoureuse de la peinture. J’ai commencé à apprendre et à me former seule, en autodidacte, et c’est véritablement à partir de là que tout a commencé.
La peinture est arrivée dans ma vie à une période assez sombre. Elle m’a permis d’exprimer certaines émotions très enfouies, de mettre en image ce que je n’arrivais pas toujours à expliquer avec des mots. Petit à petit, elle a pris une place de plus en plus importante dans ma vie jusqu’à devenir une évidence.

Angela Koua Houphouët, « L’Etreinte du vide », 2023. Acrylique sur toile, 56.5 x 71 cm Courtesy de l’Artiste

Angela Koua, « Vers l’Essence », 2023. Acrylique sur toile, 61 x 92.5 cm Courtesy de l’Artiste
Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?
Angela Koua : Je me définirais comme une artiste libre et engagée.
Libre, parce que je n’aime pas avoir l’impression d’être enfermée dans une manière précise de créer. J’aime pouvoir suivre une idée, une émotion ou une intuition et laisser chaque œuvre trouver sa propre direction.
Engagée, parce que mon travail ne cherche pas uniquement à créer quelque chose de beau. J’aime aborder des sujets humains, émotionnels et parfois sociaux. Beaucoup de mes œuvres parlent de ce que l’on ne voit pas forcément chez une personne : ses blessures, ses contradictions, ses pressions, ses peurs ou ses émotions cachées.
Mon empreinte artistique s’est construite naturellement avec le temps. Au début, je cherchais surtout à expérimenter et à comprendre ce qui me ressemblait. Puis certains éléments, certaines manières de représenter les émotions et certains symboles ont commencé à revenir dans mon travail. Mais je pense que cette empreinte continuera encore d’évoluer, parce que j’évolue moi-même en tant que personne et en tant qu’artiste.

Angela Koua, « Écho Silencieux », 2024. Acrylique sur toile, 91 x 122 cm Courtesy de l’Artiste

Angela Koua Houphouët, « Le Fret », 2025. Acrylique sur toile, 91 x 122 cm Courtesy de l’Artiste

Angela Koua Houphouët, « Spectrum », 2026. Acrylique sur toile, 91 x 122 cm Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?
Angela Koua : Je n’ai pas vraiment une influence artistique précise.
Mes premières grandes influences ont probablement été les étudiants en peinture de l’INSAAC à Abidjan. Lorsque j’étais à l’école, je les voyais travailler, expérimenter avec les couleurs, les formes et différentes techniques. Cela m’a donné envie d’explorer moi aussi la peinture.
Aujourd’hui, mon inspiration vient principalement de la vie en général et de ce qui m’entoure. Je peux m’inspirer de mes échecs, de mes victoires, de mes peines, de mes doutes ou de mes propres questionnements.
Mon inspiration peut également venir de l’histoire d’un ami, d’une conversation, d’un film, d’une simple vidéo sur les réseaux sociaux ou encore d’un fait de société. Je suis très attentive aux émotions humaines et aux choses que l’on ne dit pas toujours ouvertement.
Ma dernière série : « L’envers du décor » est une série de quatre œuvres qui explore les dynamiques invisibles des relations humaines et les transformations intérieures qu’elles peuvent provoquer. À travers différentes étapes, la série questionne d’abord la réciprocité, lorsque l’on prend conscience que ce que l’on donne ne trouve plus son équivalent chez l’autre. Elle aborde ensuite l’attente, lorsque notre bien-être ou notre valeur commence à dépendre de ce que nous espérons recevoir. Elle s’intéresse également au regard que l’on porte sur soi, à cette nécessité de prendre parfois de la distance pour mieux se comprendre et se réajuster. Enfin, elle explore le détachement, représenté comme une séparation intérieure : une présence floue qui quitte progressivement un corps auquel elle appartenait encore.
Le corps devient ainsi, tout au long de la série, un espace symbolique où prennent forme des réalités habituellement invisibles : le poids d’un déséquilibre, le manque, la prise de conscience, la distance et la transformation.
Le choix d’un style inspiré du scanner vient directement du titre même de la série « L’Envers du Décor », qui cherche à révéler ce qui est habituellement caché. Comme un scanner permet de voir au-delà de la surface du corps, je l’utilise ici comme une métaphore pour montrer ce qu’on ne peut pas observer à l’œil nu : les émotions, les comportements, les conflits intérieurs, les attachements ou encore les transformations psychologiques.

Angela Koua Houphouët, « Mutuality », 2026. Acrylique sur toile, 91 x 122 cm Courtesy de l’Artiste

Angela Koua Houphouët, « Longing », 2026. Technique: Acrylique sur toile, 91 x 122 cm Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Angela Koua : Je pense que le regard porté sur mon travail est plutôt positif. Depuis mes débuts, j’ai eu la chance de recevoir beaucoup d’encouragements, notamment de la part d’autres artistes qui apprécient mon travail et qui m’ont souvent encouragée à continuer et à ne jamais abandonner l’art.
Ce qui me touche également, c’est lorsque des personnes arrivent à se reconnaître dans une œuvre ou à ressentir quelque chose devant elle. Pour moi, à partir du moment où une œuvre réussit à créer une émotion, une réflexion ou une connexion avec quelqu’un, elle a déjà accompli quelque chose.
Asakan : Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?
Angela Koua : Je leur dirais avant tout d’oser commencer, même si ce qu’ils font au début n’est pas chose parfaite. On s’améliore avec le temps, la pratique et l’expérience. Et donc, il ne faut surtout pas laisser le perfectionnisme devenir une excuse pour ne jamais terminer ou ne jamais montrer son travail.
Je leur dirais également de ne pas toujours chercher à faire compliqué. Très souvent, les choses les plus simples sont aussi les plus fortes et les plus efficaces.
Enfin, je pense qu’il faut apprendre à ne pas trop écouter les préjugés, à croire en sa vision et surtout à se faire confiance. Parce qu’on ne sait jamais jusqu’où une idée peut nous amener. Vous pouvez être la personne qui apporte quelque chose de nouveau et qui fait tout basculer.
Pour plus d’informations sur le travail d’Angela Koua Houphouët, rendez-vous sur son site web https://houphouetart.carrd.co ou vous pouvez vous abonner à son compte Instagram @houphouet_koua.
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