Coup de cœur
Avec l’Artiste Peintre Française basée à Lausanne Violine Jacquot
Violine Jacquot, née et ayant grandi vers Besançon en France, est une artiste peintre autodidacte qui vit et travaille à Lausanne en Suisse. A l’instar de l’étendue du lac léman et de ses changements de lumière, ou encore des rapports entre l’eau et le ciel et cette frontière parfois presque impossible à distinguer entre les deux, l’artiste construit son travail autour d’un contraste entre de grands espaces minimalistes et de petites présences figuratives peintes d’oiseaux avec une précision déconcertante dans un flot de bleu. Une manière pour elle de ne pas chercher à imposer une émotion unique, encore moins une lecture définie, mais à construire des images suffisamment ouvertes pour que chacun puisse y projeter sa propre expérience. Elle est notre Coup de Cœur.

Asakan: Pour commencer notre entretien, voulez-vous vous présenter ?
Violine Jacquot : Je m'appelle Violine Jacquot. Je suis artiste peintre autodidacte, née en France et installée aujourd’hui à Lausanne. Aussi loin que je me souvienne, la peinture a toujours fait partie de ma vie, même si mon parcours professionnel a d’abord pris une autre direction.
Après des études en droit des affaires, j’ai travaillé quelques années comme juriste. Avec le temps, j’ai ressenti un besoin de plus en plus fort de me rapprocher d’un univers créatif, manuel et visuel. Je me suis alors tournée vers le métier de fleuriste, qui a été une première étape importante dans ce changement de vie.
La peinture continuait cependant à occuper une place centrale et j’ai fini par comprendre que je ne voulais plus la pratiquer uniquement en parallèle d’une autre activité. J’ai donc choisi de m’y consacrer pleinement. Depuis quelques années, elle est ainsi devenue mon activité principale et rythme aujourd’hui tout mon quotidien.
Asakan: Quelle définition faites-vous de l’art ? Et comment percevez-vous l’art contemporain ?
Violine : Pour moi, l’art est une manière de déplacer notre regard. Il peut partir de quelque chose de très simple ou de très familier et, par la manière dont l’artiste le transforme, nous amener à le percevoir autrement. Une œuvre peut provoquer une émotion, une surprise, une interrogation ou simplement faire naître une réflexion que l’on n’aurait pas eue autrement.
Je ne pense pas qu’une œuvre ait besoin d’être belle, ni même d’être totalement comprise, pour être forte. Ce qui m’intéresse davantage, c’est ce qu’elle déclenche chez celui qui la regarde. Elle peut nous déranger, nous intriguer, nous attirer sans que l’on sache immédiatement pourquoi. Pour moi, une œuvre réussie est une œuvre qui continue d’exister dans notre esprit après qu’on l’a quittée.
C’est particulièrement ce que j’aime dans l’art contemporain. Il permet de s’éloigner d’une représentation évidente du réel et d’explorer d’autres façons de construire une image, une sensation ou une idée. J’aime lorsqu’une œuvre ne donne pas toutes les réponses, lorsqu’elle laisse une part d’ambiguïté et une véritable place au spectateur. Chacun peut alors entrer dans l’œuvre avec sa propre expérience et en faire une lecture différente.
Je reste aussi très sensible à la manière dont une idée prend forme : au choix des matières, à la composition, au geste et à la technique. Pour moi, la force d’une œuvre vient souvent de la rencontre entre une intention et la manière très concrète dont elle est réalisée.
Asakan: Quand avez-vous su que vous consacreriez votre vie à l’art?
Violine : Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours peint. La peinture a toujours été présente dans ma vie, mais pendant longtemps elle a occupé la place que je pouvais lui laisser en dehors de mes études, de mon travail et du reste de mon quotidien.
La décision de m’y consacrer pleinement s’est faite progressivement. Ainsi, au fil de mes différentes expériences professionnelles, mon besoin de créer est devenu de plus en plus évident. J’ai fini par comprendre que je ne voulais plus que la peinture soit ce que je faisais uniquement lorsqu’il me restait du temps, mais au contraire construire mon quotidien autour d’elle.
Je pense que le véritable déclic a été là : comprendre que je ne voulais plus considérer la peinture comme une activité parallèle, mais comme mon métier et comme quelque chose que j’avais envie de développer sur le long terme. À partir de ce moment-là, la décision de lui donner toute la place s’est imposée assez naturellement.
Asakan : En tant qu’artiste, comment vous définiriez-vous ? Comment êtes-vous parvenue à la finalisation de votre empreinte ?
Violine : Je me définirais comme une artiste peintre qui cherche à faire dialoguer le minimalisme et la précision. Mon travail repose sur de grands espaces construits autour de différentes nuances de bleu, dans lesquels viennent s’inscrire de petits éléments figuratifs peints de manière très détaillée, principalement des oiseaux. J’aime particulièrement ce contraste entre une image qui paraît presque abstraite de loin et qui devient figurative et minutieuse lorsqu’on s’en approche.
Mon identité artistique s’est construite progressivement, en peignant beaucoup et en éliminant peu à peu ce qui ne me semblait pas essentiel. Les grands espaces, le bleu, les dégradés et ces petites présences figuratives sont revenus naturellement jusqu’à devenir mon langage. Ce qui m’intéresse, c’est précisément la rencontre entre ces deux approches : une composition très épurée et contemporaine, associée à une précision du geste plus figurative.
Je sais aujourd’hui où je veux aller avec ma peinture. J’ai envie de continuer à développer cet univers, tout en explorant à l’avenir de nouvelles techniques ou de nouveaux médiums qui pourront venir l’enrichir.
Asakan: Quelles sont vos inspirations artistiques, vos influences ? Les thèmes et émotions que vous essayez de transcrire dans vos œuvres ?
Violine : Mes influences viennent avant tout de ce que j’observe et de ce qui nourrit mon regard au quotidien, plus que d’un artiste en particulier. Depuis que je vis à Lausanne, le lac Léman occupe une place importante dans mon travail, sans que je cherche à le représenter directement. Ce qui m’intéresse, c’est son atmosphère : les grandes étendues, les variations de bleu, les reflets et cette limite parfois difficile à définir entre l’eau et le ciel. J’aime conserver cette ambiguïté dans mes peintures, pour qu’on ne sache pas toujours immédiatement quel espace on regarde.
Le bleu est naturellement devenu central dans mon travail. C’est une couleur que j’aime autant pour ce qu’elle évoque (l’eau, le ciel, l’espace) que pour la diversité de nuances et d’intensités qu’elle permet. Avec le temps, elle est devenue une véritable signature dans ma peinture.
Les oiseaux sont eux aussi devenus essentiels dans mon travail. Ils me permettent d’introduire une présence dans l’image sans imposer une identité ou une histoire précise. Une figure humaine orienterait beaucoup plus directement la lecture et l’émotion du spectateur ; avec l’oiseau, je peux au contraire laisser davantage de place à la projection et à l’interprétation de chacun. Souvent très petits par rapport à l’espace qui les entoure, ils donnent aussi une échelle à l’image : une surface presque abstraite peut soudain devenir une immensité. Je ne les vois pas comme perdus ou isolés, mais plutôt comme libres et pleinement à leur place.
À travers mes œuvres, je cherche également à ralentir le regard. De loin, un tableau peut sembler très simple, puis il faut s’en approcher pour découvrir l’oiseau et la précision de ses détails. Dans une époque où l’on a tendance à tout regarder très rapidement, j’aime que l’œuvre demande un peu plus de temps et que cette découverte puisse en modifier la lecture.
Je cherche moins à transmettre une émotion définie qu’à laisser chacun construire sa propre interprétation, autour de notions comme la liberté, l’espace, la présence ou une forme de solitude choisie, qui n’est jamais mélancolique.

Violine Jacquot, « Effleure », octobre 2025. Acrylique sur toile, 30 x 30 cm Courtesy de l’Artiste

Violine Jacquot, « Sereno », mars 2025. Acrylique sur toile, 61 x 50 cm Courtesy de l’Artiste

Violine Jacquot, « Horizon », mars 2026. Acrylique sur toile, 65 x 92 cm Courtesy de l’Artiste

Violine Jacquot, « Fenêtre », janvier 2025. Acrylique sur toile, 90 x 65 cm Courtesy de l’Artiste

Violine Jacquot, « Courant 01 », septembre 2026. Acrylique sur toile, 50 x 40 cm Courtesy de l’Artiste
Asakan : Quel est le regard porté sur votre travail par le public ? Par le milieu artistique ?
Violine : Le public réagit souvent d’abord aux nuances de bleu et à l’aspect très épuré de mes tableaux. Puis, en s’approchant, les personnes découvrent les oiseaux et les détails, ce qui crée souvent un effet de surprise. C’est quelque chose que j’aime particulièrement, parce que cela confirme cette idée d’un tableau qui ne se révèle pas complètement au premier regard.
Je trouve aussi intéressant que certaines personnes projettent dans mes œuvres des émotions ou des interprétations auxquelles je n’avais pas forcément pensé. Cela correspond assez bien à ma volonté de laisser une place importante au regard du spectateur.
Du côté du milieu artistique, les retours portent souvent sur l’identité visuelle de mon travail, ma manière d’utiliser le bleu et le contraste entre abstraction et figuration.
Mes expositions personnelles et collectives m’ont aussi permis de confronter ce langage à différents regards et de constater qu’il est aujourd’hui clairement identifiable.
Asakan: Quels conseils aimeriez-vous transmettre à d’autres jeunes désireux de se lancer dans l’art ?
Violine : Je dirais d’abord de beaucoup pratiquer et de ne pas attendre d’avoir toutes les réponses avant de se lancer. Une identité artistique ne se décide pas à l’avance : elle se construit en travaillant, en expérimentant et en comprenant progressivement ce vers quoi on revient naturellement.
Je conseillerais aussi de prendre son travail au sérieux et de lui donner une vraie place. J’ai moi-même longtemps peint dans le temps qu’il me restait à côté de mes études et de mon travail, avant de comprendre que si je voulais réellement avancer, je devais faire de la peinture une priorité.
Enfin, je pense qu’il faut rester curieux, regarder beaucoup d’art, expérimenter et se nourrir de ce qui nous entoure, sans chercher à reproduire ce qui fonctionne chez les autres. Trouver son propre langage demande du temps, mais surtout beaucoup de travail et de régularité.
Pour plus d’informations sur le travail de Violine Jacquot, rendez-vous sur son site web violinejacquot.com ou vous pouvez vous abonner à son compte Instagram @violinejcqt.
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