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A Abidjan, Julie Laurenge présente l’exposition « Bleu(s) Laurenge : Berceau de l'Humanité 2020 – 2026 » à la Galerie Tetchi

Elle apparaît presque toujours vêtue de bleu ou de couleurs avoisinantes, en agençant aussi habilement les accessoires qui accompagnent ses tenues que ses prises de parole autour de son travail. Pour Julie Laurenge, artiste peintre française, née à Lille en 1991 et notamment diplômée d’un master 2 d’histoire de l’art médiéval, le bleu n'a jamais été,  en effet, qu'une simple affaire de couleur : il est devenu, entre ses mains, le récit d'une évolution, une énergie et, plus loin encore, une identité tant physique que spirituelle, entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, deux pays auxquels la cosmogonie ashanti la relie. C'est cette connexion que célèbre l'exposition « Bleu(s) Laurenge : Berceau de l'Humanité 2020 – 2026 », présentée jusqu'au 22 septembre à la Galerie Tetchi, à Abidjan.

Elvis LALEYE · 01 octobre 2026 · Afrique de l’Ouest
A Abidjan, Julie Laurenge présente l’exposition « Bleu(s) Laurenge : Berceau de l'Humanité 2020 – 2026 » à la Galerie Tetchi
Vue de l’Exposition « Bleu(s) Laurenge : Berceau de l'Humanité 2020 – 2026 » Crédit Photo : Ange Alvine Yao

Créer à partir d’une couleur unique, de masque ancien, de pagnes tissés et surtout de l’intime… Voilà ce que propose Julie Laurenge dans sa première exposition individuelle que l’on peut admirer, depuis le 06 août dernier, à la Galerie Tetchi à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Dans cette expo, le bleu est partout, ce qui n’est pas un hasard. L'artiste le revendique comme un choix conscient, presque une discipline témoignant d'une énergie qu'elle dit reconnaître en elle avant de la reconnaître dans la couleur, celui d'un style vestimentaire qui devient extension de l'œuvre et, surtout, celui d'une profondeur qu'elle cherche à atteindre dans chaque tableau. Ainsi, le bleu, chez elle, fonctionne comme une tonalité intérieure et paisible, un fil d’histoires à partager au monde.


Une pratique autour du bleu, entre le kplé kplé goli, les Matières Précieuses et la poupée ashanti

En 2019-2020, le monde est muré par la pandémie du Covid 19. Pendant ce silence d’un instant presque éternel, l’artiste peintre française découvre le masque kplé kplé goli. C’est le premier visage du goli, une danse pratiquée par les Baoulé pour honorer les ancêtres et invoquer leur protection. Dans la tradition, le kplé kplé goli est celui qui précède, celui qui éveille. « Il ouvre le chemin. Il annonce ce qui va venir. Il prépare les esprits avec l’arrivée des masques plus imposants », nous confie le texte de l’exposition écrit par Malcom Garnier. Et comme par hasard, seule, dans sa chambre, c’est ce masque qui lui ouvre aussi le chemin. Celui de l’envie de reproduire cette peinture sous du bleu.

Julie Laurenge, « Masque Kplé Kplé Bleu sur pagne Baoulé, 2026. Techniques mixtes sur toile de lin 63 x 54 cm Courtesy de l’Artiste et de la Galerie Tetchi

Le bleu chez Julie Laurenge n’est pas une couleur, c’est un espace. C’est « la profondeur du ciel, la profondeur de l’eau. Les deux seuls lieux où l’œil humain ne voit jamais le fond ». La teinte qu'elle emploie fait écho à l'indigo du pagne kita, cette teinture qui a longtemps traversé les sociétés d'Afrique de l'Ouest comme un signe de richesse et de raffinement.

Le parcours de l’exposition convoque aussi le pagne baoulé, ainsi que diverses séries de peintures dont les noms parlent pour elles-mêmes : « Les Transcendances », « Amour Spirituel » et « Mondes ». On retrouve également, au cœur de ce projet, les poupées ashantis « akua'ba ». Ces figures à la tête en disque, portées autrefois par les femmes en quête de maternité, incarnaient un idéal de beauté et un geste de soin. En les faisant entrer dans sa peinture, Julie Laurenge rappelle la fonction de l’objet d'art traditionnel et la prolonge en celle d'un objet de transmission, qui traverse le temps et les mains successives pour continuer à porter du sens.

Le bleu de l’artiste, en venant se déposer sur ces figures, confère une lisibilité particulière, plus intime et plus profonde, détournée du regard habituel. On sent, dans cette manière de faire, l’ambition de dialoguer une teinte contemporaine et des objets hérités, une recherche de l'infini plus que du fini : alors le bleu, dans ce qu'il a de nocturne et d'insondable, devient la matière même de ce pont entre les continents et les temporalités que l'artiste dit vouloir construire.

Julie Laurenge, « Petite Poupée de Fécondité Ashanti N°1, 2026. Acrylique aux pigments et pastels à l'huile sur papier coton artisanal, 74 x 64 cm Courtesy de l’Artiste et de la Galerie Tetchi


Tout comme la connexion spirituelle qu’elle a construite avec l’artiste peintre ivoirien Zopapi

L’un des points forts de l'exposition tient à la collaboration entre Julie Laurenge et l'artiste peintre de la scène émergente ivoirienne Zopapi. Avant d'être un dialogue de techniques, cette rencontre est un duo spirituel.

Si Julie Laurenge avait envisagé plusieurs collaborations, c'est avec Zopapi que l'alchimie artistique s'est vite imposée, donnant naissance à la série « Mondes ». Une rencontre évidente : les deux artistes évoluent dans une même sphère de recherche où le peuple Akan est au cœur de leurs pratiques. Les komians chez Zopapi ; le pagne tissé kita et le masque kplé kplé goli chez Laurenge.

Né en 1998, Zopapi est une figure montante de la scène ivoirienne dont le processus de création presque chorégraphique, est fait de jets répétitifs sur la toile et de l’usage du modoua, un fouet rituel utilisé par les prêtresses Komian. Habitué à une écriture chromatique vive, il s’est essentiellement concentré dans cette collaboration sur ses bleus à lui pour développer avec l'univers bleuté de Laurenge un langage visuel vivant qui témoigne d’un dialogue passionnant entre passé et présent.

Julie Laurenge et Zopapi, « Identité d'Êloia ET Êba N'Ada, 2026. Techniques mixtes sur toile de coton, 120.5 cm de diamètre Courtesy des Artistes et de la Galerie Tetchi


Une rétrospective avant tout des œuvres de Julie Laurenge

Il faut le préciser pour bien situer l'exposition : « Bleu(s) Laurenge » se pense principalement comme la rétrospective de la deuxième série de l'artiste, « Traits d'Humanité », débutée au début de l'année 2020, dont « Berceau de l'Humanité » constitue le premier volet et un hommage rendu au continent africain. La trentaine de travaux présentés sur divers supports, comme le papier coton artisanal, la toile et le pagne tissé, datent pour la plupart de l’année 2026, ce qui donne à l'accrochage l'allure d'un bilan autant que d'un nouveau départ.

On ressort de « Bleu(s) Laurenge » avec une sensation : celle du calme, du silence, d'un bleu qui ne cherche pas à s'imposer, mais à apaiser le public. C'est une exposition à voir surtout pour cette manière qu'a l'artiste de faire tenir, dans une seule couleur, l'énergie personnelle, l'héritage textile akan et la cosmogonie ashanti, sans jamais que l'un écrase les autres et loin de regards ethnocentriques sur les cultures africaines.



Exposition « Bleu(s) Laurenge »

A la Galerie Tetchi, à Abidjan, en Côte d’Ivoire

Jusqu’au 22 septembre 2026

Plus d’infos : https://www.instagram.com/galerietetchi/

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